A l’Est, des villes américaines contrastées

Publiée à l’origine dans l’article consacré à Charlotte et au travail d’animation vidéo de Rob Carter, nous isolons ici, pour un usage libre, une version décontextualisée de la carte sur le dynamisme démographique des villes de l’Est des États-Unis. Pour rappel, nous nous étions intéressés à l’échelle des municipalités pour coller au plus près du sujet des fonctions métropolitaines traité dans le cas de Charlotte. Le périmètre de la population communale reste donc le cadre statistique utilisé ici, en y ajoutant une représentation de la population des aires métropolitaines ; façon d’appréhender rapidement le poids de la suburbanization dans les régions métropolitaines américaines (voir notamment Miami).

Syrie : 3 années de guerre civile = 2,5 millions de réfugiés

Carte des réfugiés syriens au 15 mars 2014

Le 15 mars 2011 est souvent identifié comme le point de départ[1] du mouvement de contestation du gouvernement syrien et du conflit armé qui en suivi. Après 3 années de guerre civile, nous proposons ici une mise à jour de la carte régionale du déplacement de réfugiés, publiée à l’origine dans l’article consacré au camp de Zaatari.

Sources :

Données du UNHCR consultées en mars 2014 (http://data.unhcr.org/syrianrefugees/)

Cartographie de la crise syrienne par Fabrice Balanche – Gremmo (http://www.gremmo.mom.fr/recherche/cartographie-de-la-crise-syrienne)

Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) – février 2014

Rapport du Comité International de la Croix-Rouge (CICR)


[1] Des manifestations quotidiennes se succèdent à Deraa à partir du 15 mars, et plusieurs bâtiments symboliques du pouvoir (siège du Parti Baas, tribunaux) sont alors incendiés. Une manifestation a lieu le même jour à Damas.

Faudrait pas froisser Charlotte

Pour ceux qui comme moi ont d’abord connu Charlotte par son équipe de basket, et feu le petit frelon bleu des Charlotte-Hornets, force est de constater qu’aujourd’hui encore ça bourdonne pas mal dans la plus grande ville de Caroline du Nord [1]: la croissance démographique y est de manière continue l’une des plus forte des États-Unis (réf. United States Census Bureau [2]) et son développement urbain semble frénétique. C’est cet aspect urbanistique que le travail d’animation-vidéo de Rob Carter traite de manière pédagogique et engagée. En permettant au spectateur de suivre en 9 minutes une histoire abrégée de la ville (à travers un processus de narration original mettant en mouvement des images aériennes de la ville), l’artiste fait revivre les strates de l’histoire urbaine de Charlotte, pour recréer le paysage de l’expansion d’une métropole américaine, jusqu’à son dénouement apocalyptique.

Lien Vidéo. Metropolis by Rob Carter – Last 3 minutes from Rob Carter on Vimeo.

L’intégralité de la vidéo est consultable sur le site internet de l’artiste.

http://www.robcarter.net/Vid_Metropolis.html

Tectonique des plaques urbaines à Charlotte

Vue dans le cadre de l’exposition « Rêves d’Icare » au centre Pompidou-Metz, qui traitait de l’influence de la vue aérienne sur la perception que les artistes ont du monde [3], l’animation de Rob Carter fait commencer l’histoire de la ville à partir des années 1750, sur un chemin forestier du territoire des indiens de Catawba [4] où l’on assiste à la construction de la première maison de colons (ce que ne renieraient pas les fans de Civilization…). De là, nous voyons la ville se développer avec dans un premier temps la prospérité de la ruée vers l’or, puis l’émergence d’une multitude d’églises (ce qui a rendu la ville célèbre), et enfin la naissance des infrastructures d’une ville moderne. Le film s’attarde alors tout particulièrement sur les effets du boom économique des 20 dernières années sur l’architecture urbaine, avant d’envisager sa chute.

Une dynamique qui fait exception à l’échelle de l’Est Américain

Avant de s’attarder sur cette aventure urbanistique qui suscite de nombreuses interrogations sur les modalités sociales et environnementales du développement d’une métropole, il faut noter que le cas de Charlotte retenu par Rob Carter fait exception à l’échelle américaine. La ville est située à la limite Nord-Est de la fameuse Sun-Belt américaine (notion dont on a déjà discuté ici), dans un territoire que les prospectivistes américains [5] nomment la “megaregion“ de “Piedmont Atlantic“ (pour former une espèce de grande conurbation avec la ville d’Atlanta) dans le cadre du programme « America 2050″, outil de planification régionale, qui publie cette carte de l’organisation de l’espace américain en 2050. Mais dans cette dynamique métropolitaine, Charlotte connait un destin particulier, qui fait d’elle l’une des villes les plus dynamiques des États-Unis aujourd’hui ; et ce principalement en raison de l’afflux continu d’établissements bancaires (« Bank of America », la deuxième banque des États-Unis, y a notamment installé son siège social). Devenue un centre névralgique de la finance américaine, au point d’être considérée comme le centre bancaire le plus important derrière New York City, Charlotte, carrefour commercial du Centre-Est américain, attire continuellement de nouvelles populations, au point que l’on observe un retour des habitants qui partaient s’installer en Floride [6] – parfois désabusés par les risques climatiques de la péninsule floridienne [7]).

En dépit du climat économique actuel, Charlotte connait ainsi une expansion urbanistique et démographique exceptionnellement rapide que l’artiste a entreprit de représenter en se focalisant sur les transformations du centre-ville.  C’est pourquoi notre attention s’est ici portée sur la population des municipalités plutôt que sur les aires métropolitaines (metropolitan area) : dans le cas de Charlotte, son aire métropolitaine englobe une population de 2.296.000 habitants. Ce choix a alors tendance à minorer la place de certaines agglomérations comme Miami par exemple (5.565.000 habitants à l’échelle métropolitaine contre 399.000 à l’échelle de la municipalité), mais il permet de coller au plus près des dynamiques spatiales observées par Rob Carter avec l’émergence de nouvelles fonctions urbaines métropolitaines dans les centres-villes.

D’une problématique d’expansion urbaine à une critique de l’économie urbaine

Ainsi, Rob Carter ne traite pas dans son travail d’une problématique d’expansion urbaine, bien connue dans le cas de la ville de Las Vegas par exemple [8], avec son Gif animé [9] qui a fait le tour des réseaux sociaux (voir notre site facebook), ses images aériennes de lotissements, ou celles d’Alex MacLean et notamment ce parcours de Golf en plein désert du Nevada. Ces images spectaculaires illustrent et attirent l’attention sur l’impact de l’urbanisation dans un contexte de pénurie d’eau décrit dans de nombreux articles [10]. Ces problématiques existent aussi à Charlotte (même si les images d’expansion sur le gif de notre fabrication sont moins probantes qu’à Las Vegas…), et là aussi l’enjeu est à la maitrise de ses zones périphériques devenues l’espace préférentiel d’installation des nouvelles populations [11]. Cependant Rob Carter traite principalement dans sa vidéo des changements qui affectent le centre-ville d’une cité qui assume pleinement son épanouissement capitalistique [12].

Une critique de la métropolisation financière

Rob Carter montre en effet l’apparition successive des fonctions dites « métropolitaines » dans l’espace urbain de Charlotte. L’animation représente ainsi l’émergence de ce nouveau centre-ville de « Metropolis » soumis aux caprices du marché international et à l’intérêt des grandes entreprises qui choisissent d’y faire des affaires. Mais sa réalisation à partir d’images imprimées sur papier suggère la fragilité de ce rêve urbanistique, à travers une vision déshumanisée et mercantile d’un centre-ville devenu une allégorie de « Sim-city ». Cela n’est pas sans nous interpeler, car si l’on peut lire que Charlotte est une « ville à vivre » [13], la première approche que l’on peut en avoir est celle d’une énième métropole mondiale avec ses attributs à promouvoir comme dans tout bon exercice de marketing territorial (tels qu’ils apparaissent avec une recherche image sur Wikipedia Communs) : une sky-line d’immeubles d’affaire, une rue déshumanisée et sécuritaire, une université reconnue et attractive, un équipement de loisirs pour divertir la population, un musée d’art contemporain pour ne pas rater le tournant de l’économie culturelle…

La mondialisation des images urbaines

Cette vision marketing de l’urbanité et finalement arrogante du développement urbain n’échappe pas au regard critique de l’artiste qui finit sa vidéo dans un futur imaginé où les gratte-ciels et les centres sportifs finissent par étouffer la ville… On retiendra donc que mieux qu’un gif animé, l’animation artistique des images aériennes permet de nous interroger sur la place du développement durable et humain dans le cadre de la métropolisation frénétique d’un centre-ville.  D’où ma question : après avoir détourné les lolcats pour faire des .gif de la croissance urbaine, le géographe va-t-il bientôt intégrer l’animation-vidéo-papier à sa palette d’outils… ? A suivre…

 


[1] Et non pas capitale, puisque c’est Raleigh le pôle administratif de cet État.

[4] voir l’histoire de la ville ici : http://www.cmhpf.org/educhargrowth.htm

[5] The emerging megaregions : 11 mégalopoles, nommées « megaregions » se dessinent sur plusieurs États et relient en réseau les régions métropolitaines. Une des ambitions de cette étude est de pousser à la construction d’infrastructures ferroviaires à grande vitesse à l’intérieur des mégalopoles. http://www.america2050.org/content/megaregions.html

[6] Also contributing to the area’s growth is the « half-back » phenomenon. North Carolina receives a large number of former Northerners who first retire to Florida, but later decide to leave the state”. Source : http://plancharlotte.org/story/urban-growth-rural-population-loss-nc-sc-2011

[7] « They get hit by their second or third hurricane and they move halfway back to their old homes »  said Morgan”. Source : http://plancharlotte.org/story/urban-growth-rural-population-loss-nc-sc-2011

[8] 580.000 habitants dans une aire métropolitaine de 2 millions d’habitants qui a connu une croissance démographique similaire à Charlotte entre 1990 et 2010 (+120%).

[13] http://www.villes.co/etats-unis/ville_charlotte_28201.html

 

Une carte de la Tasmanie

tasmanie carteLa carte générale de la Tasmanie, qui a servi de support à la première géodevinette de La Géothèque sur les réseaux sociaux, est une entreprise artistique. Évidemment, le mot est très prétentieux, dans la mesure où prétendre faire de l’art équivaut à revendiquer le statut d’artiste. Je n’en suis pas là du tout. Mais il s’agirait d’art dans la mesure où cette carte est inutile, et ne sert qu’à procurer du plaisir à son auteur et à ses lecteurs ou spectateurs (une carte se lit-elle avant tout, ou se regarde-t-elle plutôt, d’ailleurs ?). Elle est inutile, parce que personne n’a besoin de moi pour se procurer une carte de la Tasmanie, à l’heure de Google Maps. Toutefois, elle met en lumière ce territoire : ce n’est pas parce qu’on peut obtenir la carte de la Tasmanie à tout moment qu’on le fait. J’ai donc voulu forcer à regarder cette carte, à regarder cette Tasmanie. L’idée vient d’un article du Monde.fr qui m’a forcé à jeter un œil sur cette terre méconnue.(1) Tout est fait pour attirer le regard, à commencer par la taille des caractères. Ça a quelque chose de la carte murale, faite pour pénétrer les têtes des enfants de toponymes qu’ils ne devront plus oublier. (Paris, Lille, Haute-Volta, Tananarive). A l’échelle de la Tasmanie, une ville aussi insignifiante que Launceston peut étaler fièrement ses dix lettres. L’autre méthode, un peu violente, pour accrocher le regard, est l’inversion des couleurs. Comme le logo de la Géothèque, le rouge proclame une géographie différente, une géographie qui n’est pas bleue et verte. Le but est aussi de questionner un code bien ancré de la cartographie : les terres sont vertes ou brunes comme la terre ou la végétation qui la recouvre, et les mers en bleu (cyan 15% en CMJN, pour la plupart de mes cartes). Mais la terre n’est pas que verte, brune et bleue, pas plus que les rivières de la réalité ne sont cyan. Puisque le choix des couleurs est un parti pris, pourquoi ne pas pousser jusqu’au bout en choisissant une autre gamme chromatique ? La Tasmanie, avec sa forme de toison pubienne, comme manifeste d’une géographie charnelle, une géographie « près du corps » ?

La carte ne dit rien d’autre. Elle n’apprend rien sur la Tasmanie, sauf la localisation de quelques lieux habités, des routes et des lacs. Le cartouche permet aussi de la situer par rapport au mainland australien et au port de Melbourne. Comme Rostand le fait dire à Cyrano : « C’est bien plus beau lorsque c’est inutile. »

(1) Je ne retrouve plus le lien. Tant pis, vous pouvez toujours lire ça.

Ma rencontre avec Zaatari : chronique d’une curiosité géographique

Il y a 6 mois, le camp de réfugiés de Zaatari devenait mondialement connu et médiatisé à la suite de la visite de John Kerry[1]. Il y a 6 mois, le camp de réfugiés de Zaatari devenait le centre de mes attentions alors que ma sœur s’y rendait dans le cadre d’une mission humanitaire[2]. C’est la chronique de ce « même temps », fruit des aller-retour entre les informations disponibles sur internet, le vécu tout personnel d’une expérience familiale, et les interrogations géographiques qu’il a soulevées que je me décide enfin à partager.

Sources : Mandel-Ngan/AFP/Getty-Images ; Clémence-Georges/2013

Comment parler de si loin de la guerre en Syrie

Une remarque liminaire s’impose : il est délicat d’écrire sur cette histoire qui croise l’actualité internationale sans interroger ma propre légitimité. Comment, en effet, écrire sur un « objet » si conflictuel et multiple que la guerre en Syrie, sans la profondeur d’analyse des experts en géopolitique[3] ? Comment écrire sur un « sujet » si balayé par les tempêtes successives d’actualités instantanées que celui du « dossier syrien », sans les outils des sources de l’enquête journalistique ? Comment écrire sur une « réalité » sociale si alarmante et sensible que le destin des populations civiles, sans en maîtriser ni la complexité humaine et culturelle, ni les codes propres aux situations humanitaires ?

La question est donc aussi de savoir si l’on peut décrire une situation sans déployer un appareillage méthodologique précis et conceptualisé ? Peut-on retranscrire une réalité de terrain, sans faire de terrain ? Annoncer ces questions, c’est prendre une part de précautions quant aux limites de la validité de l’exercice entrepris. Mais c’est aussi prendre des libertés et pointer du doigt l’intérêt des outils du géographe et la capacité heuristique d’un exercice à portée certes limitée, mais fruit d’un vécu et de sa mise à distance. C’est à ce courant d’air frais sur un sujet balisé de toutes parts que cet article invite, en suivant mon cheminement, celui qui m’a permis de découvrir de près une réalité lointaine.

Regarder avec l’œil de la curiosité géographique.

Ainsi, alors que le monde entier s’écharpe sur les modalités géopolitiques d’une intervention en Syrie, que d’autres décrivent brillamment les enjeux socio-ethniques de la guerre civile, que les images de guerre servent d’accessits au « mal » et au « bien » incarné par chaque camp…, une vision moins clivante de la réalité du conflit syrien peut apparaître sous nos yeux : l’image d’une ville qui naît, ici et maintenant. Et grâce au jeu d’échelle, instrument essentiel de la boîte à outils du géographe, cette emprise urbaine nouvelle devient un enjeu spatial. En permettant de « voir de loin pour découvrir de près » et son inverse, jouer sur les échelles donne corps à un dialogue entre les effets de situation et de contexte pour expliquer la nature de l’objet observé.

On a déjà montré sur ce blog l’intérêt de « faire de la géographie depuis son fauteuil » en observant l’inscription spatiale d’une réalité géographique pourtant totalement anonyme et inhabituelle. Faire du terrain à distance grâce aux outils d’exploration cartographique permet de progressivement ouvrir les yeux sur une réalité lointaine en posant un premier regard descriptif et analytique. C’est à cet exercice de curiosité que je me suis prêté pour « rencontrer » Zaatari avant même d’en saisir les enjeux humains à travers le vécu de ma sœur.

Une ville-camp apparait sur la carte

Lorsque l’on zoome progressivement avec Google-Maps sur l’emplacement du camp (coordonnées : 32.29,36.32), la couche de données d’images satellite laisse tout à coup apparaître une vaste zone aménagée au milieu des plateaux jordaniens. Cette « apparition » est à la base de notre curiosité.

Sur un vaste plateau aride situé à 15 kilomètres de la frontière syrienne, balayé par le vent (ou par la pluie et la neige en hiver[4]), le camp de réfugiés Syriens d’El Zaatari est sorti de terre à partir de juillet 2012 ; soit plus d’un an après les révoltes et le siège en avril 2011 de la ville de Deraa[5] ,située à quelques 40km de Zaatari et point de départ de la guerre civile syrienne. Décidé et aménagé par le gouvernement Jordanien avec l’aide du Haut commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), le camp a été conçu pour accueillir entre 80 et 100.000 réfugiés, pour finalement recevoir à son maximum plus de 150.000 personnes en exil en juillet 2013[6]. C’est donc de la naissance en moins d’un an d’une véritable ville dont il s’agit. Une « zone urbaine » qui, avec aujourd’hui environ  115.000 « habitants » stabilisés, en fait la cinquième plus importante ville de Jordanie par sa population. Cette situation, malgré la généralisation de l’afflux de réfugiés dans les pays voisins de la Syrie, apparaît assez unique à l’échelle du Moyen-Orient.

Voir une mise à jour de la carte au 15 mars 2014

Carte des réfugiés syriens et situation du camp de Zaatari

Un cas unique et des configurations complexes à l’échelle régionale

Ainsi, pendant que la France s’engageait péniblement à accueillir 500 réfugiés en novembre 2013[7], plus de 2,2 millions de syriens avaient déjà fui le conflit qui déchire leur pays. Une très large majorité d’entre eux trouve refuge dans les pays limitrophes, au premier rang desquels figure le Liban, avec près de 1 réfugié pour 5 habitants[8]. En n’ayant jamais véritablement fermé ses frontières, le Liban se caractérise par l’absence notoire de camp de grande envergure, les réfugiés étant principalement accueillis grâce à divers liens familiaux et tribaux, même si la pression est telle que des camps d’infortune apparaissent, où vivent des réfugiés dans des situations très précaires[9]. La Turquie au Nord a quant à elle développé (sans s’appuyer sur le HCR) une stratégie d’accueil basée sur la multiplication des camps de petites tailles le long de la frontière, tandis que la Jordanie au Sud a pris le parti de s’appuyer sur un camp principal (Zaatari) en relais des deux postes-frontière sur la route de Deraa. En attendant l’ouverture d’un prochain camp pour canaliser l’afflux de réfugiés, la situation en Jordanie et à Zaatari est donc assez exceptionnelle, avec ce camp de grande envergure qui sert d’interface entre la frontière et le reste du pays, et qui n’a cessé de s’agrandir.

Zaatari est cependant une « ville » qui connaît un étonnant va-et-vient. Si entre 1 500 et 2 000 nouveaux réfugiés arrivent chaque jour de la frontière, beaucoup quittent le camp pour trouver refuge dans les villes jordaniennes (voir encart infra sur la carte régionale) ; tandis que trois ou quatre bus, soit quelques 300 personnes, repartent quotidiennement vers la Syrie[10]. Les candidats au retour sont divers : des familles averties par un voisin d’une accalmie des combats ; des paysans soucieux de veiller sur leurs champs ou leurs troupeaux ; des combattants qui repartent après s’être refait une santé dans le camp. Mais une majorité trouve refuge dans les villes jordaniennes, et la population du camp cesse, de fait, d’augmenter (Zaatari ne représentant finalement qu’un quart des réfugiés syriens recensés dans le royaume hachémite). Cet afflux commence à créer des conflits avec les populations locales, et notamment avec les 12.000 habitants du village de Zaatari situé à proximité immédiate du camp (voir encart supra sur carte locale), qui ont manifesté leur hostilité vis-à-vis de la « ville-camp »[11]. La nouvelle pression démographique des réfugiés modifie en effet fortement les économies locales – le niveau des loyers à Mafraq, à côté de Zaatari, a triplé – et les ONG sur place constatent la hausse d’un racisme anti-syrien, face au spectre d’une menace sur les faibles ressources en eau et sur la cohésion du tissu social du pays.

Zaatari est donc une ville-enclave d’habitants aux profils migratoires variés qui cohabitent non sans tension. Mais la situation se pérennisant, le campement provisoire s’institue progressivement comme un espace de vie à part entière où chacun essaye de se projeter en y recréant une activité quotidienne.

De véritables problématiques urbaines

Aujourd’hui, 115.000 Syriens s’entassent à Zaatari, et chacun semble se résoudre, hélas, à ce que la situation s’éternise, voir s’amplifie (l’ONU prévoit un afflux supplémentaire de 2 millions de réfugiés en 2014[12]). Cette humanité fragile (photo 5) et fourmillante[13] « ressemble par certains côtés aux favelas du Brésil »[14], constate Kilian Tobias-Kleinschmidt, le coordinateur du HCR sur place. « Il faut désormais gérer ce camp comme une ville », insiste-t-il ; ce à quoi contribue le zonage des douze districts (voir carte du camp), avec ses commissariats de police, ses postes de sécurité (photo 12), ses rues et un système d’adresses.

Le camp temporaire s’est donc organisé, et les tentes sont peu à peu remplacées par des préfabriqués en plastique et en aluminium (photo 13). Les réfugiés se sont même connectés (souvent illégalement) au réseau d’électricité du camp pour alimenter environ 3 000 magasins et 580 restaurants[15] et étals de nourriture (photo 9) qui bordent les quelques rues bitumées. Les réfugiés syriens ont d’ailleurs baptisé avec ironie la principale artère, « Champs-Elysées » (photo 6), où se sont installés des dizaines d’échoppes en tôle (photo 8), autour desquelles l’exil s’organise, les réfugiés pouvant ainsi boire un thé, acheter des chaussures, ou marchander un climatiseur pour équiper leurs logements, dont nombre sont munis d’antennes satellitaires (photo 10). Mais la vie du camp reste rythmée par l’impératif de se fournir en eau auprès des multiples points d’eau (photo 7) alimentés quotidiennement par des camions-citernes. On retrouve ainsi progressivement un ensemble de fonctions urbaines variées à l’intérieur du camp, que des contributeurs du site de cartographie en ligne OpenStreetMap actualisent en ligne[16].

Mais c’est la coopération internationale qui permet au camp d’être doté de structures nécessaires pour assurer l’accès des réfugiés aux services essentiels de soin et d’éducation : trois hôpitaux, quatre écoles, et d’importants centres de distribution de nourriture sont dispersés dans le camp, qui est aussi équipé de cinq terrains de football et d’aires de jeux avec des toboggans et balançoires (photos 11) afin d’occuper les 60 000 enfants du camp[17], parmi lesquels seuls 5 000 sur les 30 000 en âge d’être scolarisés, suivent des cours. Symbole de cette vie quotidienne « normale » qui suit son cours, quinze à vingt bébés naissent en moyenne chaque jour dans le camp[18].

Une ville-monde éphémère ? 

Ainsi naît cette « ville-monde-éphémère », une ville fragile de l’urgence, immédiate et sans avenir, mais concrète et contemporaine, et dont l’échelle des nombres et des distances permet de se rendre compte de l’importance. Pour finir de s’en convaincre, un petit jeu de comparaison : prenons Nancy dont la population municipale de 110.000 habitants est similaire à Zaatari. Le périmètre de la ville moyenne de Lorraine permet de mesurer la densité du camp (autant de population sur un espace plus réduit ; soit 7.000 hab/km² à Nancy contre 23.000 hab/km² à Zaatari). Superposer ensuite les deux « Champs-Élysées » permet de mesurer l’emprise spatiale de Zaatari (pour des densités comparables avec 22.000 hab/km² dans Paris intra-muros).

Ainsi s’achève ce petit exercice géographique, initié par ma curiosité pour l’expérience vécue par une personne proche. Après avoir croiser les observations et quelques données chiffrées relatives à l’émergence d’une ville éphémère avec tous les paradoxes urbanistiques et humains que cette expression peut sous-entendre, je laisse le dernier mot à celle qui, par ses nouvelles régulières, a alimenté cette curiosité :

Le 25/07/2013

Bonjour à tous,

Je vous noie de mails, mais je continue… ! Finalement ce matin, alors qu’on luttait contre le sommeil pour être prêtes pour l’exercice d’évacuation, on nous a prévenus à 10h, qu’on ferait l’exercice d’évacuation dimanche matin… Du coup on a filé se coucher et n’avons donc pas vu l’ambassadrice et toute son escorte! (ni ses Ferrero…). Après 3h30 de sommeil (car de 11h30 à 14h, c’est très hard de dormir), c’est en mode limaçon que la journée s’est poursuivie. Là, on revient d’être allés se balader dans le camp, et cette fois sans militaire avec nous. On était donc un peu plus discrets. Les gens sont adorables. Ils sont super nombreux à demander à ce qu’on les prenne en photo, du coup je mitraille pour leur et mon plus grand bonheur. Je vous referai un mail avec les photos de notre tente de vie, du camp militaire (une partie), de nos salles d’accouchement, du camp de réfugiés, des syriens… Bref, un petit échantillon de la vie à Zaatari. À cette heure-ci, c’est l’heure du footing. Étant donné que le camp militaire n’est pas très grand, on voit passer sans cesse les gens courir. Moi, je pianote sur mon clavier! Allez (yallah!), je vais peut-être me motiver à aller faire du vélo! À la maternité, les échanges sont toujours aussi merveilleux. Les femmes sont attachantes à souhait. Certaines sont épanouies, d’autres porte le deuil. Certaines crient, d’autres sont parfaitement silencieuses. Certaines ont 15 ans, d’autres 40. Certaines accouchent de leur premier bébé, d’autres de leur 9ème. Hier soir, nous avons eu une patiente qui accouchait pour la 7ème fois d’une fille, et qui nous a dit qu’il faudrait qu’elle refasse encore un bébé pour avoir un garçon… La maternité est un espace 100% féminin, toutes les femmes sont accompagnées par une femme. Une belle-mère, une belle-sœur, une voisine pour celles qui se retrouvent totalement seule ici. Les pères sont ensuite prévenus par l’accompagnante de la naissance, et la nouvelle circule très vite si c’est un garçon! Pour communiquer avec toutes ces femmes, nous avons des interprètes avec nous, jour et nuit. Elles sont parfaites! Et du coup, comme elles sont débordées, on apprend un peu à parler syrien. Généralement les femmes sourient à nos maladresses, mais certaines nous croient bilingues, et commencent de longues conversations. Le langage des signes est très appréciable dans ces moments-là, mais c’est mieux de vite trouver une interprète! Ici, il est 19h40, le muézine appelle à la fin du jeun du ramadan, et ça sonne pour moi également la fin de ce mail.

Et la fin de cet article…


[2] Sage-femme de profession, elle y a travaillé pendant 1 mois sous l’égide de Gynécologie Sans Frontière. Je m’autorise aujourd’hui à faire référence librement à cette mission, puisque aujourd’hui GSF et son équipe tournante de 2 gynécologues et de 4 sages-femmes n’est plus présent à Zaatari depuis le retrait du détachement militaire français et de l’ensemble du groupe médical français de l’opération « Tamour » (l’actualisation de la carte demanderait donc à soustraire la mention « camp français », qui a depuis été remis aux autorités jordaniennes) http://www.ambafrance-jo.org/Ceremonie-de-retrait-du-groupe.

[3] Voir les travaux des chercheurs en sciences sociales spécialisés sur ces thématiques, notamment et entre autres, Fabrice Balanche (http://www.gremmo.mom.fr/recherche/cartographie-de-la-crise-syrienne) et  Bénédicte Tratnjek (http://geographie-ville-en-guerre.blogspot.fr/2013/11/syrie-cartographie-dune-guerre.html).

[4] http://www.kipa-apic.ch/index.php?na=0,0,0,0,f&ki=249687

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_syrienne

[6] http://www.fil-info-france.com/fil_info_18_juillet_2013_fil_info_jordanie_le_secretaire_d_etat_americain_visite_le_camp_de_refugies_syriens_de_zaatari.htm

[7] http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/10/16/la-france-s-engage-a-accueillir-500-refugies-syriens_3496954_823448.html

[8] Les réfugiés représentent donc au Liban 17% de la population. Le parallèle est inutile, mais notons qu’en France la population Roms tant stigmatisée ne représente que 0,03% de la population métropolitaine (http://rue89.nouvelobs.com/2013/09/24/3-millions-chomeurs-20-000-roms-question-francaise-246007).

[9] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/12/19/au-liban-premier-pays-d-accueil-pour-les-syriens-les-refugies-manquent-de-tout_4337235_3218.html

[10] http://www.lemonde.fr/international/article/2013/05/17/en-jordanie-les-mafias-dictent-leur-loi-aux-refugies-syriens-de-zaatari_3289203_3210.html

[11] http://www.irinnews.org/fr/report/98495/le-conte-de-deux-zaatari

[12] http://fr.ria.ru/world/20131008/199498868.html

[13] http://international.blogs.ouest-france.fr/archive/2013/12/07/syrie-enfants-hcr-10813.html

[14] http://www.lemonde.fr/international/article/2013/05/17/en-jordanie-les-mafias-dictent-leur-loi-aux-refugies-syriens-de-zaatari_3289203_3210.html

[15] http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Jordanie-le-camp-de-refugies-syriens-Zaatari-devient-une-ville-2013-07-19-988232

[16] http://www.openstreetmap.org/#map=12/32.2751/36.3277&layers=Q

[17] http://www.videos-football.com/video-612041-foot-al-zaatari-le-foot-comme-lueur-despoir-15.html

Etats-Unis, deux cartes de l’agriculture niveau collège

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Deux cartes des fameuses « Belts » et des espaces ruraux et agricoles aux Etats-Unis. Une carte en couleurs pour vidéoprojecteur, une carte muette en noir et blanc à faire compléter par les élèves. La carte est pensée pour localiser les paysages ruraux étudiés en classe de sixième : les types d’orientation agricole sont donc simplifiés, mais même dans leur forme actuelle, ils restent trop complexes pour des 6e, à moins de nécessiter de longues explications. Les trous de la légende portent donc sur quelques mots-clés en lien avec l’étude des paysages ruraux. En revanche, cette carte peut constituer un point de départ à une étude plus approfondie en classe de Seconde. Notez que depuis le début des années 2000, la célèbre Corn Belt est devenue la Corn and Soy Belt. Cartes téléchargeables gratuitement pour usage pédagogique et non lucratif. Pour toute utilisation en ligne, merci de citer vos sources…

 

Ma part du gâteau : les espaces de la mondialisation mis en image

En dépit du jeu plutôt correct des acteurs et de nos sourires occasionnels, on s’agace devant les personnages trop caricaturaux et on désespère assez vite de dégager du film autre chose que l’idée déjà rebattue d’une rupture entre les centres de décisions et les lieux de production. Pourtant, si Klapisch rate l’histoire de France et de Steve (devenant n’importe quoi sur le dernier quart d’heure), il propose une mise en images des espaces qui, elle, suscite davantage d’intérêt.

 

 

Il distingue tout d’abord les lieux de vie de ses protagonistes. Plutôt que le travail peu original effectué avec sa chef décoratrice sur les intérieurs (lumineux et froid chez le trader, plein de vie chez France), retenons une autre distinction spatiale. Depuis les hautes tours des quartiers d’affaires de La City ou de la Défense, ou bien sur les balcons d’un hôtel à Venise, le trader ne quitte pas les hauteurs. Il croit avoir la « les pieds sur terre » mais pour dominer a perdu tout contact avec l’humain : « il vit sur Mars ». La petite employée, elle, parcourt les routes entre Dunkerque et Paris, longe les quais ou les plages. Klapisch travaille l’horizon et la ligne de fuite avec France comme pour lui ouvrir les yeux sur d’autres perspectives ou, du moins, alors qu’il l’enferme dans un fourgon de police en toute fin de film, laisser au spectateur espérer une autre issue.

 


 

Par ailleurs, situés aux extrémités du système, les acteurs du marché et les ouvriers s’ignorent, une totale virtualité ayant gagné la représentation que chacun se fait de l’autre. Ainsi, pour les ouvriers, les salles de marché se résument à des courbes incompréhensibles sur des écrans et, à l’opposé, les opérateurs financiers prennent les manutentionnaires pour de très amusants « playmobils ». Toute cette virtualité vole en éclat lorsque France décide d’enlever le fils de Steve (nous sommes dans le dernier quart d’heure) et l’intention de Klapisch de ramener brutalement le trader au sol n’était pas mauvaise en soi. Pourtant le moyen est raté. Réussissant mieux ses métaphores spatiales, entre la capitale et Dunkerque, il se sert d’un plan sur un échangeur autoroutier pour marquer le lieu de transition entre le monde des décideurs et celui des exécutants.

Article à lire dans sa version complète sur La Kinopithèque : Ma part du gâteau de C. klapisch (2011).

Qu’est-ce qu’un milieu ?

Un milieu est un espace caractérisé par des données naturelles et aménagé par les Hommes.

Un milieu est un espace caractérisé par des données naturelles et aménagé par les Hommes.La notion de milieu ou milieu « naturel » est difficile à appréhender. En France métropolitaine, il n’existe aucun espace entièrement naturel. Certains travaux montrent que même la forêt amazonienne a été aménagée depuis des siècles par ses habitants qui, en sélectionnant et en favorisant certaines espèces, ont modifié la composition de la couverture végétale.

La notion de milieu associe donc étroitement l’homme et la nature. On parle de données naturelles, mais elles ne sont pas nécessairement antérieures à l’action humaine. En effet, par son action sur le milieu, l’homme modifie la nature et peut aussi contribuer à favoriser la biodiversité. Par exemple, le bocage traditionnel offre une plus grande diversité d’habitats pour les espèces animales que la forêt qui le remplacerait s’il disparaissait.

Les actions de l’homme visent à exploiter les ressources du milieu. Ce faisant, il peut le menacer : c’est-à-dire déséquilibrer son fonctionnement. Les actions de protection doivent alors être mises en place, de préférence avant la dégradation. L’abandon d’un milieu qui cesse d’être exploité peut aussi le menacer. Ainsi, les paysages des montagnes sèches méditerranéennes sont d’origine anthropique (humaine) : elles sont le résultat de siècles de pâturage. Le recul de l’élevage peut conduire à un enfrichement des pentes et accroître le risque d’incendie.

Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil.

Italie carte qualité de vieItalie carte ensoleillementOn associe, souvent de manière systématique, l’ensoleillement à la qualité de vie. La notion de sun belt, à ce titre, est l’un des concepts les plus durablement ancrés dans la géographie scolaire des États-Unis. La sun belt est inventé par le journaliste K. P. Phillips en 1969 pour expliquer… le vote républicain !(1) Aujourd’hui, elle désigne des espaces du sud et de l’ouest des États-Unis ayant une forte attractivité. Elle est liée tout naturellement à la notion d’héliotropisme, l’attractivité pour les espaces ensoleillés. La notion est cependant nuancée : Seattle est placé dans cette ceinture ensoleillée, alors que le climat y est notoirement brumeux et pluvieux. Cette sun belt finit même par être appliquée à la France : les régions de la façade atlantique jusqu’au midi méditerranéen sont plus attractives pour les activités et la population que les anciens espaces industriels et les espaces ruraux sur l’intérieur. L’héliotropisme est, là encore, présenté comme une composante de cette attractivité, et tant pis pour le crachin breton.

Ces deux cartes de l’Italie permettent de questionner ce lien presque évident entre soleil et attractivité. La première présente la qualité de vie dans les régions italiennes, réalisée à partir de 36 indicateurs (pas un de moins !) et montre une Italie du Nord verte, où il fait bon vivre, et un invivable Mezzogiorno écarlate. La seconde présente les potentialités du territoire pour l’énergie solaire. Il s’agit d’un secteur porteur, envisagé comme une piste pour un développement durable s’appuyant sur l’économie verte. L’auteur est la Commission Européenne. On voit au premier coup d’œil que le Mezzogiorno est bien l’espace d’avenir pour cette énergie renouvelable en Italie, la Sicile battant les records d’ensoleillement. Les deux cartes sont facilement superposable, montrant une Italie du Nord peu ensoleillée mais dotée d’une excellente qualité de vie, et une Italie du Sud où l’énergie solaire a de l’avenir, mais pas la population.

On a donc une corrélation parfaitement inverse entre l’ensoleillement et la « qualité de vie ». Il reste néanmoins à interroger cette notion : quels indicateurs ont été privilégiés ? Quelle est la méthodologie adoptée ? La carte de la qualité de vie n’est pas seulement superposable avec celle de l’ensoleillement, mais aussi avec celle du PIB/habitant. (Ci-dessous, à l’échelle de l’Union). A-t-on interrogé les habitants, leur a-t-on demandé s’ils étaient heureux, ou bien s’est-on appuyé sur le pouvoir d’achat et le taux de chômage ? On sait que les Afghans se déclarent volontiers plus heureux et plus optimistes que les Français, et que le Bhoutan a proposé de créer un indicateur du « Bonheur National Brut ». On voit bien la limite de ces comparaisons : le pessimisme des Français est peut-être un problème de riches qui ont tout à perdre, et l’optimisme des Afghans un espoir de peuple démuni qui a tout à gagner (?). Pour autant, peut-on résumer le bonheur à la productivité économique ?

PIB par habitant Union Européenne

(1) Pour le journaliste, la croissance des espaces périphériques ensoleillés explique en partie la victoire de Nixon. Lire à ce sujet cet excellent article :
Marielle Wastable, « La notion de belt dans la géographie scolaire française des Etats-Unis », Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Epistémologie, Histoire de la Géographie, Didactique, document 495, mis en ligne le 14 avril 2010, consulté le 27 juin 2013. URL : http://cybergeo.revues.org/23009

Aux origines de la huerta valencienne : organigramme

organigramme-huerta-valencienne-facteursHop, on commence déjà à préparer le programme de l’an prochain pour les prépas BCPST avec cet organigramme en noir et blanc sur la huerta valencienne.

La huerta de la région de Valencia en Espagne est un modèle de système agraire, dont on retrouve des avatars dans d’autres espaces comme le Midi français, dans le Comtat Venaissin par exemple. Il s’agit d’un espace de colutra promiscua associant des cultures fragiles et rentables comme les agrumes avec la trilogie méditerranéenne. Elle puise dans les héritages historiques de la région, notamment la culture arabo-musulmane qui a permis l’introduction de plantes nouvelles et la maîtrise de l’irrigation par gravité. On peut également la considérer comme un géosystème, en ce qu’elle est le produit de l’adaptation des sociétés humaines au milieu méditerranéen.