It follows : horreur géographique


HORREUR GÉOGRAPHIQUE


It follows-Detroit


Dans It follows sorti en 2015 sur les écrans français et qui a fait sensation auprès des amateurs de films d’épuvante ou d’horreur, le scénariste et réalisateur David Robert Mitchell nous parle d’une certaine actualité puisqu’en choisissant Détroit comme décor (lui vient de Clawson dans la banlieue nord de la ville), il fait de Motor City le catalyseur de toutes les contaminations possibles d’une réalité socio-économique : par les différentes allées et venues effectuées des quartiers bourgeois et préservés de la crise (au moins en apparence) vers ces enfilades de pavillons fantômes, il n’est pas difficile de penser à la contamination par la misère dans un premier temps et à celle opérée ensuite (grâce à l’emprise nouvelle d’un ou deux milliardaires) par la reprise économique. La lente mais sûre ruine immobilière a traduit morphologiquement toute la décrépitude économique d’une métropole en crise depuis des décennies et qui a finalement été déclarée en faillite en 2013. Les maisons abandonnées aux façades inquiétantes, parfois même éventrées depuis le temps, ont-elles appartenu à ces spectres terrifiants qui dans le film cheminent solitaires et lents vers leurs victimes ? Qui sont ces ombres tant redoutées par Jay (Maika Monroe) et ses amis ? Des chômeurs, des endettées, des nécessiteux délaissés ? Ces quartiers que certains citoyens aujourd’hui ne veulent plus voir et qu’ils démontent maison après maison, planche par planche sont à la marge. Une des filles dans It follows évoque même l’idée d’une frontière établie entre les quartiers bourgeois et les banlieues pauvres, entre le centre-ville et la périphérie, le centre commercial indiquant la limite que ses parents, petite, lui interdisait de franchir (« Je me disais que c’était vraiment dégueulasse et tordu »).



« Which Detroit buildings are owned by Mike Ilitch and Dan Gilbert? » dans Detroit Free Press, 26 juillet 2014 .



Centre-ville progressivement racheté depuis les années 2010, non pas par Dick Jones, le PDG d’OCP (dans le Robocop de Verhoeven en 1987), mais par Dan Gilbert, homme d’affaires désormais propriétaire de soixante-dix bâtiments qui tous, bureaux de quelques étages ou gratte-ciel (comme le One Detroit Center, le Qube ou le Compuware Building), sont situés en plein quartier d’affaires. On parle par conséquent volontiers de contamination car, downtown, les « blocs » de rue sont rachetés les uns après les autres, par Dan Gilbert ou Mike Ilitch (autre businessman qui investit de façon massive dans l’immobilier) et, à l’extérieur, les pavillons de banlieue (« detached single family house ») sont eux aussi la proie d’agences immobilières européennes qui ont fini par flairer le filon et proposent désormais des maisons individuelles à des sommes dérisoires (dont peut-être celle du vieux Walt Kowalski s’il s’est décidé à passer le pas, voir Gran Torino d’Eastwood, 2008). Le territoire anciennement industriel était gangrené par une terrible maladie, le voilà à présent en voie de rémission ; à moins qu’un autre mal plus secret, plus pernicieux, ne s’en empare, quartier par quartier, cellule après cellule, contagieuses spéculations, insidieuses mutations, reconversion tertiaire pour cadres enrichis par des start-ups spécialisées dans l’innovation et la communication (« downtown Detroit feels very much like a Silicon Valley corporate campus transposed onto the body of an old city » dans Liz Gannes, « Detroit Is Dan Gilbert Territory », sur Re/Code dans un dossier spécial sur Détroit publié en février 2015)… Entre crise destructrice et lente reprise des activités (en 2015 la ville est officiellement sortie de sa faillite), Détroit la moribonde, Détroit la lazaréenne (Detroit vs everybody) en appelle alors au fantastique cinématographique : ne seyait-elle déjà pas à d’autres morts-vivants en 2013 (Only lovers left alive, Jarmush) ? Spectres et vampires circulent dans ses rues et, puisqu’ils sont à la mode et de toutes les métaphores, surprenons-nous de ne pas y avoir encore croisé de zombies.


Détroit, une infographie de la crise :



[…] Pour revenir sur le bâti, en dehors des suburbs résidentiels, quelques-uns des édifices historiques de Détroit apparaissent également dans It follows, par exemple le High Lift Building (la piscine publique en fin de film) ou ceux impressionnants de la friche du Packard Plant. C’est devant les ruines de ces anciennes usines de montage automobile que Jay et Hugh font l’amour pour la première fois ensemble… dans une voiture. Comme s’il s’agissait d’œuvrer en cet endroit pour une sorte de renaissance. C’est aussi devant ces ruines que Hugh contamine Jay de ses cauchemars. Comme si la renaissance en cours à Motor City (Détroit 2.0 ?), dont est exclue la population et qui ne semble pas vraiment pensée pour la communauté, se doublait d’un destin funeste.



L’article intégral à lire sur La Kinopithèque.

Mondes arctiques, fond de carte muet

L’Arctique est au programme d’histoire-géographie de la classe de 2nde. Les mondes arctiques sont au centre de plusieurs enjeux. Cette notion d’enjeu est difficile à comprendre pour les élèves, alors qu’elle est mobilisée de façon permanente par les discours scientifiques, dans les manuels, et les documents. Il s’agit tout simplement d’analyser ce qui est « en jeu » : ce qu’il y a à gagner et ce qu’il y a à perdre. Analyser les enjeux c’est analyser les perdants et les gagnants (les peuples premiers ? Les entreprises pétrolières et de transport ?) et ce qu’il y a à gagner ou à perdre collectivement pour l’humanité, c’est-à-dire les défis à relever, économiques, sociaux, et environnementaux. L’Arctique est une bonne clé pour comprendre le principe du développement durable (penser global, agir local) et pour montrer que les impacts du réchauffement climatique ne sont pas négatifs pour tout le monde. Ce chapitre offre un bon entraînement au croquis de synthèse du baccalauréat parce qu’il est le seul du programme à ne pas porter sur l’échelle mondiale, difficile à mettre en cartes. Avec l’Arctique au contraire, la relative unité de lieu facilite les typologies, et cela permet également de se familiariser avec une projection polaire. Pour croquis de synthèse classe de 2nde

Document libre de droit pour tout usage pédagogique non commercial. Toute reproduction sur internet doit s’accompagner d’une citation de la source avec lien vers la Géothèque.

Un an de plus en Syrie… une cartographie actualisée des réfugiés syriens

La date du 15 mars a été une nouvelle fois le point d’orgue médiatique de l’attention internationale autour du conflit syrien. C’est en effet en mars 2011 que s’enclenche une mécanique de contestation pacifique dans les rues de Deera, dont on connait aujourd’hui les rouages destructeurs, et la tragédie sans fin à laquelle sont exposés les syriens. Après 4 années de guerre civile dans l’antique pays de Cham, nous sommes malheureusement tentés, comme beaucoup d’autres, d’entretenir cette mécanique cyclique d’une empathie pour le sort des réfugiés syriens, en opérant une actualisation de nos publications antérieures. Nous proposons donc ici une mise à jour de la carte régionale du déplacement des réfugiés déjà actualisée en 2014, et publiée à l’origine dans l’article consacré au camp de Zaatari, qui racontait la naissance de ma « curiosité » géographique pour les enjeux humains de ce conflit mondial.

Carte des réfugiés syriens 2015-01-01

Une crise régionale

En l’absence d’une solution politique en vue pour le conflit, ce sont aujourd’hui plus de 3,9 millions de réfugiés syriens – qui se trouvent en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte – qui ne voient aucune perspective de retour dans leur pays d’origine dans un proche avenir. Face à cet afflux, le quotidien de leur nouvelle vie en exil se dégrade – plus de la moitié des réfugiés syriens au Liban vivent dans des lieux d’habitation précaires, contre un tiers l’année dernière – ce qui pose un problème constant pour assurer leur sécurité et leur bien-être, selon une mise en garde lancée ce 12 mars par le HCR : « C’est la pire crise humanitaire de notre époque et elle devrait générer un soutien à l’échelle mondiale. Au lieu de cela, l’aide décroit, et il n’y a pas assez de soutien au développement pour les pays hôtes qui sont mis à rude épreuve sous la charge représentée par tant de réfugiés », a développé António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Les chiffres régulièrement actualisés par le UNHCR attestent en effet d’un flot toujours continus de nouveaux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie – jusqu’à représenter au Liban un flux équivalent à plus de 25% de la population locale -, même si certains pays d’accueil ont imposé des restrictions qui ont limité les passages dans les derniers mois de l’année 2014. Ainsi, au Liban, il y a davantage de réfugiés en âge d’être scolarisés que l’ensemble des places disponibles dans les écoles publiques du pays, et de fait, seulement 20% des enfants syriens y sont inscrits. Des chiffres similaires sont observés parmi les réfugiés vivant hors des camps en Turquie et en Jordanie. Mais malgré les restrictions et les conditions difficiles, les partants sont toujours nombreux et les frontières poreuses face à l’urgence humanitaire ; notamment en Turquie qui a connu un afflux massif de réfugiés syriens ces six derniers mois (+171% sur un an), devenant ainsi le plus important pays hôte de réfugiés au monde.

Azraq RégionParmi les pays concernés, je m’étais particulièrement intéressé fin 2013 à la situation en Jordanie, et en particulier au camp géant de Zaatari. Depuis son ouverture, en 2012, le camp de Zaatari a évolué au rythme de l’arrivée des résidents (avec un pic à 130 000 réfugiés) jusqu’à devenir une ville de 84 000 âmes. Mais dans l’actualité jordanienne, il faut noter que l’ouverture officielle du camp d’Azraq, à 120 km à l’Est de Amman, a eu lieu le 30 avril 2014. Sa conception est sensée avoir tenu compte des expériences des réfugiés de Zaatari. Ce camp immense (voir photos satellites – cliquez dessus pour agrandir) Azraq Localest prévu pour accueillir jusqu’à 130.000 réfugiés (et dépasser celui de Zaatari qui représente déjà l’équivalent de la cinquième ville du pays avec sa population avoisinant les 90.000 personnes). Cependant, selon le HCR, près d’un an après son ouverture, le camp n’accueille que 17.000 réfugiés ; des chiffres qui alimentent l’idée que l’accueil dans des camps est une solution très imparfaite. Et de fait, en Jordanie, environ 20% seulement des réfugiés syriens vivent dans des camps de réfugiés, tandis que le reste réside dans des installations différentes, comme les communautés d’accueil que l’on trouve dans les zones Italian Foreign Ministry Hands Over Hospital for Syrian Refugeesurbaines. Mais face aux loyers chers et à la baisse des aides alimentaire et de santé, la paupérisation y est croissante. Certains réfugiés n’ont alors d’autre choix que de retourner dans les camps situés en plein désert. Au final, en Jordanie, l’afflux de réfugiés reste constant, même si les arrivées à grande échelle du premier semestre 2013 ont considérablement diminué depuis, en raison notamment de la difficulté d’accéder à la Jordanie à travers les territoires en litige le long de la frontière sud de la Syrie.

Les réfugiés de l’intérieur, la face cachée de la crise syrienne

À l’intérieur de la Syrie, la situation se détériore rapidement. Des déplacés internes partagent des salles bondées avec d’autres familles ou campent dans des bâtiments abandonnés. D’après le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), se sont près de huit millions de syriens qui ont été forcées de quitter leurs maisons, et 4 autres millions de personnes ont besoin d’une aide urgente pour assurer leur survie en Syrie (rappelons que la Syrie comptait 20 millions d’habitants en 2011) – pour en savoir plus, lire « Éléments sur la géographie des déplacés dans le contexte de la crise syrienne » dans le carnet de recherche de « Proche-Orient et crise syrienne ». Par ailleurs, selon les estimations du SCPR (Syrian Centre for Policy Resarch), l’espérance de vie en Syrie est passée de 75,9 ans en 2010 à 55,7 ans en 2014. Un décrochage qui s’explique en grande partie par la hausse des morts violentes. L’Observatoire syrien des droits de l’homme – que l’on peut suivre sur ces chiffres, même si sa neutralité est contestée par les journalistes -, estime en effet que près de 220 000 personnes ont été tuées dans le pays depuis le début du conflit. Pour la seule année 2014, les violences ont fait 76 000 morts et au total, et selon les décomptes du SCPR, ce sont 6 % des Syriens qui ont péri, et ont été blessés ou mutilés ces dernières années. La situation à l’intérieur du pays se dégrade donc inexorablement (en 2014, quatre Syriens sur cinq vivaient en situation de pauvreté du fait des violences et de la hausse des prix des denrées de base, de l’essence et des services, avec un chômage croissant qui toucherait 57,7 % de la population, selon le SCPR).

Avant-Après Syrie Quartier HomsPour pallier l’impuissance des mots à rendre compte de la tragédie, le programme 2015MENA_Syria_lights_Presser2Unosat de l’institut de recherche onusien Unitar publie des images qui témoignent de ces quatre années de souffrance humaine. Des images satellites prises avant et depuis le début du conflit permettent d’appréhender visuellement l’étendue du désastre sur l’ensemble du territoire syrien, comme sur cette infographie réalisée par un journal suisse. Par ailleurs, la coalition mondiale d’organisations humanitaires #withSyria a diffusé récemment le travail de chercheurs de l’Université de Wuhan en Chine, qui ont constaté, par l’analyse d’images satellites, une diminution de 83 % des lumières visibles dans le ciel syrien depuis mars 2011.

Au delà de la mondialisation du conflit, une crise humanitaire à l’échelle mondiale

Caricature de Juan Zero publiée dans le journal en ligne syriemdl

Caricature de Juan Zero publiée dans le journal en ligne Syrie Mdl

Face à cette situation, un nombre croissant de Syriens recherchent en effet désormais la sécurité dans des pays situés au-delà des États voisins de la Syrie. Beaucoup tentent « des voyages longs et périlleux en quête de sécurité, notamment pour retrouver des proches déjà établis en Europe », a indiqué Melissa Fleming, porte-parole du HCR, lors d’un point de presse à Genève en juillet 2014. Des milliers de syriens ont en effet tenté de rejoindre l’Europe en empruntant des voies terrestres ou maritimes souvent onéreuses et meurtrières. Et ceux qui arrivent à rejoindre l’Europe font face à une hostilité croissante en tant que réfugiés et sont confrontés à des problèmes de sécurité dans un climat de panique croissante : « Les réfugiés sont les boucs émissaires par rapport à certains problèmes allant du terrorisme aux difficultés économiques et à des menaces perçues par rapport au mode de vie de leurs communautés hôtes. Mais nous devons nous rappeler que la menace principale ne provient pas des réfugiés, mais qu’elle se dirige contre eux », a indiqué António Guterres, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Depuis le début du conflit en mars 2011, ce sont 150 000 Syriens qui ont demandé asile en Europe, hors Turquie, soit à peine 4 % des réfugiés par rapport aux quelques 3,9 millions de personnes qui ont trouvé refuge dans les pays immédiatement voisins de la Syrie. Pour le moment seules 35.000 demandes ont été acceptées, même si les pays européens ont promis d’augmenter leur nombre à 100.000 en 2015. On notera qu’à travers l’Europe les situations sont très variées d’un pays à l’autre : on peut identifier cinq pays d’accueil principaux (la Suède, l’Allemagne, la Bulgarie, la Suisse et les Pays-Bas) qui drainent près de 80% des demandes d’asile. À titre de comparaison, l’Allemagne s’est à terme engagée à accueillir un total de 70.000 réfugiés syriens fin 2015, contre seulement 1.000 en France.

Carte : la France à grande vitesse

Depuis la première version de cette carte en 2008, la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Dijon-Mulhouse a été achevée sur une grande partie de son tracé. La France des LGV est une France est inégalités et de l’effet-tunnel. Rares sont les métropoles dotées de la LGV, et l’axe central Nord-Sud relie les quatre premières unités urbaines du pays : Lille, Paris, Lyon et Marseille. Si des villes moyennes comme Le Mans, Reims, Tours ou Valence ont profité d’un « effet TGV » et des fameux navetteurs qui s’installent dans ces villes pour travailler dans des métropoles lointaines, d’autres grandes villes comme Bordeaux, Toulouse et Nice sont encore à l’écart de la France à grande vitesse. Dans ces trois villes, c’est l’aéroport qui assure une liaison rapide avec la capitale. La ligne Tours-Bordeaux est prévue pour 2017. Ailleurs, c’est l’effet tunnel qui domine : la ligne TGV crée une coupure dans les territoires locaux sans participer à leur dynamisme, en particulier dans le cas de gares construites en rase campagne comme la « gare des betteraves » en Picardie.

Comme dans tous les réseaux viaires construits en France, c’est le plan en étoile qui est mis en œuvre : la seule liaison transversale prévue est la ligne Bordeaux-Toulouse-Montpellier, qui est loin de voir le jour. C’était le plan adopté lors de la construction du premier réseau ferré français (plan Legrand) et celui des premières autoroutes. La France ferroviaire compte encore d’importants angles morts, équipés en lignes classiques non-électrifiés ; ce sont les blancs de la carte : la Basse-Normandie, les plateaux lorrains et les Vosges, le Massif central et les Alpes du Sud.

Carte des LGV TGVfrance-grande-vitesse-NB

 

Ci-dessous, la version précédente (2008) :

Etonnantes superficies

Il est difficile de trouver un titre accrocheur pour une image portant sur la superficie de quelques circonscriptions administratives. Et pourtant, ces faits peuvent surprendre. On sait souvent qu’Arles est la plus grande commune de France métropolitaine, parce qu’elle comprend une grande partie de la Camargue, mais on oublie parfois que c’est Maripasoula qui détient le record absolu du territoire français. Cette commune de Guyane comprend une grande partie du principal massif forestier français : la Forêt amazonienne. Ses 7500 habitants lui donnent une densité exceptionnellement faible de 0,41 habitants par kilomètre carré. Si Arles est plus grand qu’un petit département comme le Territoire de Belfort, Maripasoula est plus grande qu’une région française comme la Corse ou le Limousin. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles cette dernière est vouée à la disparition, ou plutôt à la fusion, dans le courant de l’année 2015. Cette comparaison a aussi une vocation pédagogique : elle permet de se représenter plus facilement les superficies. On sait que les héros des romans de Zola ou Maupassant traversent Paris à pied ; les touristes d’aujourd’hui savent qu’il faut de bonnes chaussures : 10 kilomètres séparent la Porte Maillot et la Porte de Vincennes. Pour sillonner Arles, il est préférable de chevaucher l’un de ces chevaux blancs qui font la renommée du pays. C’est d’ailleurs le cheval qui a servi d’étalon (pardon) pour déterminer la taille des départements français. Ils ont été pensés, selon la vulgate, pour permettre aux citoyens d’accéder au chef-lieu depuis n’importe quelle localité en une journée de cheval. Cette règle a été peu ou prou respectée malgré quelques exceptions, et cela place aujourd’hui la préfecture à un peu plus d’une heure d’automobile des points les plus éloignés du département. Pour circuler à Maripasoula en revanche, la voiture ne sera que peu d’utilité puisqu’il n’y a pas d’autre voie terrestre pour s’y rendre que la piste qui la relie à sa voisine Papaichton (source Wikipédia). La commune est dotée d’un aérodrome et des liaisons sont assurées par Air Guyane vers Cayenne, Saint Laurent du Maroni, Grand Santi et Saül. La pirogue en revanche peut s’avérer utile pour circuler sur la Lawa, un affluent du Maroni, et même se rendre sur l’autre rive, au Suriname. Finalement, on peut rêver d’aventures, de frontières lointaines et de forêts luxuriantes, à partir d’une comparaison des superficies de quelques circonscriptions administratives.

Comparaison des superficies de plusieurs circonscriptions administratives : Maripasoula, le Limousin, l'Aube, Arles et Paris.

Comparaison des superficies de plusieurs circonscriptions administratives : Maripasoula, le Limousin, l’Aube, Arles et Paris.

PS : les suiveurs de la Géothèque sur Facebook avaient eu un avant goût de cette image, elle a été mise à jour depuis.

Ville et développement durable à Nairobi

Le Parc National de Nairobi. A l'arrière, la skyline du CBD. Photographie Le Monde / Phil Moore

Le Parc National de Nairobi. A l’arrière, la skyline du CBD. Photographie Phil Moore / Le Monde

 

 

Un récent article d’Audrey Garric, paru dans Le Monde, offre un bon exemple de conflit d’usage pour un espace protégé. Il s’inscrit au cœur des problématiques étudiées en histoire-géographie en classe de 2nde. Un conflit d’usage est, en géographie, une tension entre plusieurs acteurs spatiaux qui cherchent à utiliser la même ressource ou le même espace, ces utilisations étant contradictoires. Ici, l’existence d’un Parc National protégé aux portes d’une ville, est fragilisée à la fois par les pollutions d’origine urbaine et par la pression urbaine. L’habitat informel, l’autre nom des bidonvilles (slums en anglais), autoconstruit et par définition illégal, tend à se développer dans les interstices et les marges urbaines. La progression de l’habitat informel ne touche pas le parc, mais réduit l’espace disponible autour de la ville : la zone protégée est de plus en plus considérée comme une réserve foncière. Les autorités kényanes ont déjà autorisé la construction d’infrastructures routières et ferroviaires à l’intérieur des limites du parc.

L’article d’Audrey Garric illustre les enjeux du développement durable dans les villes du Sud. La rapidité de l’urbanisation (Nairobi, 3 millions d’habitants en 2009, a été fondée en 1899) entraîne une forte artificialisation des surfaces agricoles (ici plutôt pastorales) et naturelles. Il s’agit aussi d’une urbanisation de très faible densité à l’exception du CBD (dont la disposition conforme ici au modèle théorique de la ville africaine tel qu’on l’enseignait il y a dix ans, ci-dessous).

Nathan 2006 skyline ville africaine

Le modèle de la ville africaine, Manuel de géographie de Seconde, Nathan, 2006

La périurbanisation s’étend presque à l’infini autour de Nairobi, et même l’espace rural, pastoral et parcouru par les itinéraires migratoires des grands mammifères, est mité par l’habitat. Ce mitage pose problème aux circulations animales, qu’il s’agisse des troupeaux des bergers Massaïs ou de la faune sauvage. La présence de cette faune sauvage n’est pas seulement un enjeu écologique mais aussi économique : elle attire des flux touristiques nombreux, en particulier si près d’une si grande métropole africaine. Lorsque le tourisme dépend de la nature, la disneylandisation de cette dernière n’est jamais loin. Ce mot de Sylvie Brunel décrit la mise en tourisme d’un espace s’appuyant sur une mise en scène destinée à offrir au public les images qu’il a en tête et qui correspondent au cliché, ou au folklore, plutôt qu’à la réalité. Les problèmes d’eau sont aussi à noter à cette latitude où la saison sèche est longue : de nombreuses piscines privées sont visibles dans la banlieue aisée sur les vues aériennes. Les questions environnementales et économiques sont profondément imbriquées aux problèmes sociaux. La présence d’un habitat informel, dont les autorités tiennent compte face au fait accompli, rappelle que 46% des Kényans vivent sous le seuil de pauvreté, et que la prévalence du SIDA chez les 15-49 ans y est de 7,8%, d’après l’UNICEF.

J’ai eu envie après lecture de cet article de réaliser une carte de synthèse présentant la situation à Nairobi. L’idée est de réutiliser le vocabulaire appris en classe de 6e (bidonville ou habitat informel, CBD, périurbanisation) en développant les problématiques des programmes du lycée : pression urbaine, densité du bâti, explosion urbaine des villes du Sud et difficulté à mettre en œuvre, sinon une ville intelligente, au moins une ville durable.

Nairobi

A lire : Audrey Garric, « Au Kenya, le parc national de Nairobi au bord de l’asphyxie », Le Monde, 07/02/2015, cliquez ici.

L’Outre-Mer français : ressources pour la classe

Mise à jour des planisphères de l’Outre-Mer français.

planisphère outre mer

planisphère outre mer NB

Après la fin des DOM TOM, des statuts juridiques variés et complexes.

D’un point de vue européen, ces territoires sont des RUP (Régions Ultra-Périphériques) ou des PTOM (Pays et Territoires d’Outre Mer). Mais la République Française, après des siècles de colonialisme et de centralisme, a tardivement cédé à ses territoires ultramarins l’autonomie relative qu’ils ont aujourd’hui. Le demi-siècle de décolonisation qui vient de s’achever a maintenu sous souveraineté française de nombreux territoires caractérisés par une très grande variétés de situation et de rapport à la métropole, et donc une variété de statuts juridiques. Trois voies se distinguent : certains territoires obtiennent plus d’intégration au sein de la République, tout en bénéficiant de la décentralisation des compétences de l’Etat vers les Collectivités : ce sont les DROM (Départements et Régions d’Outre-Mer). Mayotte en est un exemple puisque après avoir refusé de suivre les Comores vers l’indépendance, elle a obtenu la départementalisation. D’autres collectivités ont obtenu une large autonomie, et sans être souveraines, elles peuvent appliquer la coutume locale dans certains domaine au lieu du droit français. Il s’agit des COM (Collectivités d’Outre-Mer) par exemple de la Polynésie Française. Enfin, la troisième voie, qui est celle de l’hésitation entre l’autonomie et l’indépendance, est incarnée par la Nouvelle Calédonie. Le processus d’indépendance, en cours, est entre les mains de sa population.

Voir aussi notre carte de l’Europe et ses RUP

Cartes du site de la Confluence à Lyon

ConfluenceConfluence en 1914Ces deux cartes, réalisées à la demande d’un professeur de collège, pourront par exemple dépanner des enseignants souhaitant travailler avec leurs élèves sur le site de la Confluence à Lyon.

La juxtaposition avec la carte de 1914 montre bien le basculement qui s’est opéré en un siècle (un pas de temps un peu long pour l’analyse des faits urbains mais j’ai été un peu contraint par la documentation). La Confluence de 1914 est l’espace de la relégation urbaine, on peut parler d’exurbanisation pour ce phénomène consistant à reléguer sur les marges urbaines les structures consommatrices d’espaces (gare, arsenal) ou productrices de nuisances (prison, usine à gaz), et souvent les deux. C’est aussi bien sûr l’espace de la relégation sociale (prolétaires, détenus), et pour beaucoup le quartier de Perrache évoque encore aujourd’hui une prostitution mal cachée. En 2014 à l’inverse la dynamique est celle de la création d’une nouvelle centralité et ce terme revient souvent dans les documents produits par les acteurs publics et privés. La séparation nette des usages a fait son temps et l’enjeu n’est plus de produire de l’urbain mais de créer de la ville, c’est à dire un espace de mixité et de densité. Le vert étant à l’ordre du jour, cela ne va pas sans la création de nombreux parcs urbains. On voit en effet que la confluence n’est plus une marge urbaine, le bâti a gagné du terrain partout autour. Enfin, le siècle écoulé a été celui d’une transition économique entre une France vouée à l’industrie, et aujourd’hui le rôle prépondérant accordé aux fonctions commerciales, culturelles et de loisirs.

Le développement durable, en tant qu’objectif, est également présent sur la carte de 2014, avec ses trois piliers (social, environnemental et économique), mais également dans une dimension plus actuelle intégrant un quatrième pilier culturel.

Voici les versions Noir et Blanc pour photocopies :

Confluence1914-NBConfluence-NB

Montreuil, « Carnet in situ » de Mehdi Zannad

Les artistes qui s’intéressent à la ville aujourd’hui sont légion. Qu’ils la prennent pour sujet (Dreamworld de Léo Fabrizio si l’on veut en citer un dont le travail nous a récemment séduit) ou bien pour support (graffitis, collages, stencil ou yarn bombing : Banksy, Invader, Miss.Tic… et une myriade de plus). A propos de la ville sujet et support (Los Angeles), on reverra également avec intérêt Mur Murs d’Agnès Varda (1981).

carnet-PAGE-WEB-9

Mehdi Zannad lui aussi prend la ville comme sujet et, d’une certaine façon, tout autant comme support. Il ne fait pas du graphe à Lyon ou à Toulouse, ni ne filme séduit et curieux une métropole américaine ou une mégapole asiatique. Debout dans un coin de rue de Montreuil, quelque part en bord de route, il dessine la ville sur un petit carnet qu’il remplit. Selon ce qu’il écrit dans « sa règle », lui en tant que personne intègre même le paysage. Littéralement. Le temps du croquis, le temps long de sa pose (une, deux, trois heures ou plus ?), il est aussi figé que du mobilier urbain : « Le corps devient présence, s’enracine, relie le spectacle de la rue à sa projection sur la feuille ». D’ailleurs il précise que son « street art est contemplatif et solitaire ». Un urban sketcher qui réfléchit à sa condition.

En plus de ce qui fait l’originalité de la démarche, l’état de « méditation urbaine » dans laquelle Zannad peut se trouver, ce qui peut intéresser (l’amateur de géographie notamment) c’est qu’il n’y a aucun spectacle, ni dans le rendu, ni dans la façon de faire, ni dans le sujet. Aucune préparation : un stylo, un carnet, le bonhomme et son regard. Aucun prestige des lieux : une banlieue parisienne, ni miteuse, ni vraiment touristique (même si Montreuil est de plus en plus réputée pour « ses » artistes ; voir les accroches et les visites d’ateliers mis en avant sur le site de la commune, « Montreuil est la 1ère ville après Paris à accueillir le plus grand nombre d’artistes » nous dit-on).

Zannad croque ainsi les paysages variés de Montreuil : quartiers bourgeois ou barres d’immeubles, carrefours quelconques ou rues commerçantes, pavillons de banlieue ou friches industrielles. Bas Montreuil ou Haut Montreuil, Bobillot, Solidarité Carnot, cité du Bel-Air ou des Grands-Pêchers ? Quand les architectures sont significatives, on parvient à retrouver les lieux (près de la mairie ou d’un parc) mais l’exercice n’est pas évident si l’on est étranger à la ville.

carnet-PAGE-WEB-13

Sous le trait de Mehdi Zannad, les paysages gagnent en unité, s’harmonisent. Habitat, bureaux, loisirs, commerces, industries… Tout devient noir et blanc et, sur le papier, malgré la précision de l’architecte (sa formation), les fonctions des quartiers, des zones choisies (au hasard d’une promenade ?) sont plus difficiles à identifier que sur des photos prises au sol ou par satellites. En outre, jamais personne n’apparaît sur les dessins. Pas un passant, pas une voiture. Les panneaux publicitaires et la signalétique urbaine restent blancs. Rien de lisible sur les enseignes. On ne s’y trompe pas et des adolescents à qui on a montré les dessins (même s’ils n’ont travaillé que brièvement dessus) parlent spontanément de ville déserte, de lieux ternes et tristes, d’ambiance sinistre, de ville fantôme (l’artiste est en outre l’auteur d’un essai photographique, principalement noir et blanc, intitulé « Fantômes de Londres »).

L’humain resurgit toutefois et avec humour très souvent dans les remarques qu’il laisse ou les propos qu’il rapporte dans son carnet, hors dessins (on pense un peu aux commentaires de Laurent Chavouet quand il décrit Tokyo mais lui ses dessins sont colorés et ses lieux fréquentés). L’humain est à côté : à côté de la banlieue fantôme, dans les marges amusantes, cocasses ou drôlement inquiètes.

Le site de Mehdi Zannad : http://zannad.fr/

La démocratie participative en une image

democratie participative

Résultat du vote sur le budget participatif de Paris publié sur Facebook par Anne Hidalgo, saisie d’écran, septembre 2014.

Les programmes d’histoire-géographie et d’éducation civique incitent à s’intéresser à la démocratie locale et à ses nouvelles formes d’expression. Les documents proposés par les manuels scolaires sont parfois peu satisfaisants. Cette image m’a intéressé car elle montre deux aspects de la démocratie participative, emboîtés : la participation directe des citoyens à la prise de décision, et la communication directe des élus par les réseaux sociaux.

Le document montre la participation des citoyens, via internet, à une partie de la prise de décision à l’échelle locale. L’initiative porte le nom de « Budget participatif » et le logo de la Mairie de Paris. Le contenu des proposition vise clairement les jeunes, considérés comme des utilisateurs massif d’internet mais dépolitisés et absentionnistes. La charte graphique vivement colorée confirme cette cible. Le contenu des proposition reflète aussi les préoccupations des urbains de centre-ville, en particulier les étudiants et les jeunes actifs avec enfants. (catégorie très imparfaitement recouverte par le galvaudé « bobo »). On peut nuancer l’aspect participatif en comparant les initiatives au budget total (2 millions d’euros représentent 0,03% des dépenses annuelles de la ville qui dépassent les 6 milliards), et en comparant la participation (40 000) à la population électorale parisienne (1,3 million d’électeurs inscrits) soit 3% de participation…

Le deuxième aspect est la communication directe des élus avec leurs administrés, via les réseaux sociaux. Il s’agit ici d’Anne Hidalgo, élue socialiste ayant remporté les municipales de 2014. La saisie d’écran permet de se référer à l’univers, familier pour les élèves, d’un célèbre réseau social. Le nombre de personne qui jaiment* et le nombre de partages ont une signification pour eux (et peut de nouveau être rapporté à la population parisienne, 2 millions d’habitants). De même, ils peuvent s’interroger sur la réelle portée du message : les électeurs de droite sont-ils amis avec Anne Hidalgo sur les réseaux sociaux ? Et les électeurs dépolitisés ? On peut supposer que ce sont d’abord les sympathisants qui seront touchés par le message.

Ce document permet donc d’apporter un regard critique sur la démocratie participative, c’est-à-dire d’en souligner les points positifs, tout en relevant les limites.

*Le verbe jaimer se conjugue à tous les temps et modes : Il se félicitait que tant d’internautes jaimassent la page de son idole.