Un an de plus en Syrie… une cartographie actualisée des réfugiés syriens

La date du 15 mars a été une nouvelle fois le point d’orgue médiatique de l’attention internationale autour du conflit syrien. C’est en effet en mars 2011 que s’enclenche une mécanique de contestation pacifique dans les rues de Deera, dont on connait aujourd’hui les rouages destructeurs, et la tragédie sans fin à laquelle sont exposés les syriens. Après 4 années de guerre civile dans l’antique pays de Cham, nous sommes malheureusement tentés, comme beaucoup d’autres, d’entretenir cette mécanique cyclique d’une empathie pour le sort des réfugiés syriens, en opérant une actualisation de nos publications antérieures. Nous proposons donc ici une mise à jour de la carte régionale du déplacement des réfugiés déjà actualisée en 2014, et publiée à l’origine dans l’article consacré au camp de Zaatari, qui racontait la naissance de ma « curiosité » géographique pour les enjeux humains de ce conflit mondial.

Carte des réfugiés syriens 2015-01-01

Une crise régionale

En l’absence d’une solution politique en vue pour le conflit, ce sont aujourd’hui plus de 3,9 millions de réfugiés syriens – qui se trouvent en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte – qui ne voient aucune perspective de retour dans leur pays d’origine dans un proche avenir. Face à cet afflux, le quotidien de leur nouvelle vie en exil se dégrade – plus de la moitié des réfugiés syriens au Liban vivent dans des lieux d’habitation précaires, contre un tiers l’année dernière – ce qui pose un problème constant pour assurer leur sécurité et leur bien-être, selon une mise en garde lancée ce 12 mars par le HCR : « C’est la pire crise humanitaire de notre époque et elle devrait générer un soutien à l’échelle mondiale. Au lieu de cela, l’aide décroit, et il n’y a pas assez de soutien au développement pour les pays hôtes qui sont mis à rude épreuve sous la charge représentée par tant de réfugiés », a développé António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Les chiffres régulièrement actualisés par le UNHCR attestent en effet d’un flot toujours continus de nouveaux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie – jusqu’à représenter au Liban un flux équivalent à plus de 25% de la population locale -, même si certains pays d’accueil ont imposé des restrictions qui ont limité les passages dans les derniers mois de l’année 2014. Ainsi, au Liban, il y a davantage de réfugiés en âge d’être scolarisés que l’ensemble des places disponibles dans les écoles publiques du pays, et de fait, seulement 20% des enfants syriens y sont inscrits. Des chiffres similaires sont observés parmi les réfugiés vivant hors des camps en Turquie et en Jordanie. Mais malgré les restrictions et les conditions difficiles, les partants sont toujours nombreux et les frontières poreuses face à l’urgence humanitaire ; notamment en Turquie qui a connu un afflux massif de réfugiés syriens ces six derniers mois (+171% sur un an), devenant ainsi le plus important pays hôte de réfugiés au monde.

Azraq RégionParmi les pays concernés, je m’étais particulièrement intéressé fin 2013 à la situation en Jordanie, et en particulier au camp géant de Zaatari. Depuis son ouverture, en 2012, le camp de Zaatari a évolué au rythme de l’arrivée des résidents (avec un pic à 130 000 réfugiés) jusqu’à devenir une ville de 84 000 âmes. Mais dans l’actualité jordanienne, il faut noter que l’ouverture officielle du camp d’Azraq, à 120 km à l’Est de Amman, a eu lieu le 30 avril 2014. Sa conception est sensée avoir tenu compte des expériences des réfugiés de Zaatari. Ce camp immense (voir photos satellites – cliquez dessus pour agrandir) Azraq Localest prévu pour accueillir jusqu’à 130.000 réfugiés (et dépasser celui de Zaatari qui représente déjà l’équivalent de la cinquième ville du pays avec sa population avoisinant les 90.000 personnes). Cependant, selon le HCR, près d’un an après son ouverture, le camp n’accueille que 17.000 réfugiés ; des chiffres qui alimentent l’idée que l’accueil dans des camps est une solution très imparfaite. Et de fait, en Jordanie, environ 20% seulement des réfugiés syriens vivent dans des camps de réfugiés, tandis que le reste réside dans des installations différentes, comme les communautés d’accueil que l’on trouve dans les zones Italian Foreign Ministry Hands Over Hospital for Syrian Refugeesurbaines. Mais face aux loyers chers et à la baisse des aides alimentaire et de santé, la paupérisation y est croissante. Certains réfugiés n’ont alors d’autre choix que de retourner dans les camps situés en plein désert. Au final, en Jordanie, l’afflux de réfugiés reste constant, même si les arrivées à grande échelle du premier semestre 2013 ont considérablement diminué depuis, en raison notamment de la difficulté d’accéder à la Jordanie à travers les territoires en litige le long de la frontière sud de la Syrie.

Les réfugiés de l’intérieur, la face cachée de la crise syrienne

À l’intérieur de la Syrie, la situation se détériore rapidement. Des déplacés internes partagent des salles bondées avec d’autres familles ou campent dans des bâtiments abandonnés. D’après le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), se sont près de huit millions de syriens qui ont été forcées de quitter leurs maisons, et 4 autres millions de personnes ont besoin d’une aide urgente pour assurer leur survie en Syrie (rappelons que la Syrie comptait 20 millions d’habitants en 2011) – pour en savoir plus, lire « Éléments sur la géographie des déplacés dans le contexte de la crise syrienne » dans le carnet de recherche de « Proche-Orient et crise syrienne ». Par ailleurs, selon les estimations du SCPR (Syrian Centre for Policy Resarch), l’espérance de vie en Syrie est passée de 75,9 ans en 2010 à 55,7 ans en 2014. Un décrochage qui s’explique en grande partie par la hausse des morts violentes. L’Observatoire syrien des droits de l’homme – que l’on peut suivre sur ces chiffres, même si sa neutralité est contestée par les journalistes -, estime en effet que près de 220 000 personnes ont été tuées dans le pays depuis le début du conflit. Pour la seule année 2014, les violences ont fait 76 000 morts et au total, et selon les décomptes du SCPR, ce sont 6 % des Syriens qui ont péri, et ont été blessés ou mutilés ces dernières années. La situation à l’intérieur du pays se dégrade donc inexorablement (en 2014, quatre Syriens sur cinq vivaient en situation de pauvreté du fait des violences et de la hausse des prix des denrées de base, de l’essence et des services, avec un chômage croissant qui toucherait 57,7 % de la population, selon le SCPR).

Avant-Après Syrie Quartier HomsPour pallier l’impuissance des mots à rendre compte de la tragédie, le programme 2015MENA_Syria_lights_Presser2Unosat de l’institut de recherche onusien Unitar publie des images qui témoignent de ces quatre années de souffrance humaine. Des images satellites prises avant et depuis le début du conflit permettent d’appréhender visuellement l’étendue du désastre sur l’ensemble du territoire syrien, comme sur cette infographie réalisée par un journal suisse. Par ailleurs, la coalition mondiale d’organisations humanitaires #withSyria a diffusé récemment le travail de chercheurs de l’Université de Wuhan en Chine, qui ont constaté, par l’analyse d’images satellites, une diminution de 83 % des lumières visibles dans le ciel syrien depuis mars 2011.

Au delà de la mondialisation du conflit, une crise humanitaire à l’échelle mondiale

Caricature de Juan Zero publiée dans le journal en ligne syriemdl

Caricature de Juan Zero publiée dans le journal en ligne Syrie Mdl

Face à cette situation, un nombre croissant de Syriens recherchent en effet désormais la sécurité dans des pays situés au-delà des États voisins de la Syrie. Beaucoup tentent « des voyages longs et périlleux en quête de sécurité, notamment pour retrouver des proches déjà établis en Europe », a indiqué Melissa Fleming, porte-parole du HCR, lors d’un point de presse à Genève en juillet 2014. Des milliers de syriens ont en effet tenté de rejoindre l’Europe en empruntant des voies terrestres ou maritimes souvent onéreuses et meurtrières. Et ceux qui arrivent à rejoindre l’Europe font face à une hostilité croissante en tant que réfugiés et sont confrontés à des problèmes de sécurité dans un climat de panique croissante : « Les réfugiés sont les boucs émissaires par rapport à certains problèmes allant du terrorisme aux difficultés économiques et à des menaces perçues par rapport au mode de vie de leurs communautés hôtes. Mais nous devons nous rappeler que la menace principale ne provient pas des réfugiés, mais qu’elle se dirige contre eux », a indiqué António Guterres, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Depuis le début du conflit en mars 2011, ce sont 150 000 Syriens qui ont demandé asile en Europe, hors Turquie, soit à peine 4 % des réfugiés par rapport aux quelques 3,9 millions de personnes qui ont trouvé refuge dans les pays immédiatement voisins de la Syrie. Pour le moment seules 35.000 demandes ont été acceptées, même si les pays européens ont promis d’augmenter leur nombre à 100.000 en 2015. On notera qu’à travers l’Europe les situations sont très variées d’un pays à l’autre : on peut identifier cinq pays d’accueil principaux (la Suède, l’Allemagne, la Bulgarie, la Suisse et les Pays-Bas) qui drainent près de 80% des demandes d’asile. À titre de comparaison, l’Allemagne s’est à terme engagée à accueillir un total de 70.000 réfugiés syriens fin 2015, contre seulement 1.000 en France.

Carte : la France à grande vitesse

Depuis la première version de cette carte en 2008, la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Dijon-Mulhouse a été achevée sur une grande partie de son tracé. La France des LGV est une France est inégalités et de l’effet-tunnel. Rares sont les métropoles dotées de la LGV, et l’axe central Nord-Sud relie les quatre premières unités urbaines du pays : Lille, Paris, Lyon et Marseille. Si des villes moyennes comme Le Mans, Reims, Tours ou Valence ont profité d’un « effet TGV » et des fameux navetteurs qui s’installent dans ces villes pour travailler dans des métropoles lointaines, d’autres grandes villes comme Bordeaux, Toulouse et Nice sont encore à l’écart de la France à grande vitesse. Dans ces trois villes, c’est l’aéroport qui assure une liaison rapide avec la capitale. La ligne Tours-Bordeaux est prévue pour 2017. Ailleurs, c’est l’effet tunnel qui domine : la ligne TGV crée une coupure dans les territoires locaux sans participer à leur dynamisme, en particulier dans le cas de gares construites en rase campagne comme la « gare des betteraves » en Picardie.

Comme dans tous les réseaux viaires construits en France, c’est le plan en étoile qui est mis en œuvre : la seule liaison transversale prévue est la ligne Bordeaux-Toulouse-Montpellier, qui est loin de voir le jour. C’était le plan adopté lors de la construction du premier réseau ferré français (plan Legrand) et celui des premières autoroutes. La France ferroviaire compte encore d’importants angles morts, équipés en lignes classiques non-électrifiés ; ce sont les blancs de la carte : la Basse-Normandie, les plateaux lorrains et les Vosges, le Massif central et les Alpes du Sud.

Carte des LGV TGVfrance-grande-vitesse-NB

 

Ci-dessous, la version précédente (2008) :

Etonnantes superficies

Il est difficile de trouver un titre accrocheur pour une image portant sur la superficie de quelques circonscriptions administratives. Et pourtant, ces faits peuvent surprendre. On sait souvent qu’Arles est la plus grande commune de France métropolitaine, parce qu’elle comprend une grande partie de la Camargue, mais on oublie parfois que c’est Maripasoula qui détient le record absolu du territoire français. Cette commune de Guyane comprend une grande partie du principal massif forestier français : la Forêt amazonienne. Ses 7500 habitants lui donnent une densité exceptionnellement faible de 0,41 habitants par kilomètre carré. Si Arles est plus grand qu’un petit département comme le Territoire de Belfort, Maripasoula est plus grande qu’une région française comme la Corse ou le Limousin. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles cette dernière est vouée à la disparition, ou plutôt à la fusion, dans le courant de l’année 2015. Cette comparaison a aussi une vocation pédagogique : elle permet de se représenter plus facilement les superficies. On sait que les héros des romans de Zola ou Maupassant traversent Paris à pied ; les touristes d’aujourd’hui savent qu’il faut de bonnes chaussures : 10 kilomètres séparent la Porte Maillot et la Porte de Vincennes. Pour sillonner Arles, il est préférable de chevaucher l’un de ces chevaux blancs qui font la renommée du pays. C’est d’ailleurs le cheval qui a servi d’étalon (pardon) pour déterminer la taille des départements français. Ils ont été pensés, selon la vulgate, pour permettre aux citoyens d’accéder au chef-lieu depuis n’importe quelle localité en une journée de cheval. Cette règle a été peu ou prou respectée malgré quelques exceptions, et cela place aujourd’hui la préfecture à un peu plus d’une heure d’automobile des points les plus éloignés du département. Pour circuler à Maripasoula en revanche, la voiture ne sera que peu d’utilité puisqu’il n’y a pas d’autre voie terrestre pour s’y rendre que la piste qui la relie à sa voisine Papaichton (source Wikipédia). La commune est dotée d’un aérodrome et des liaisons sont assurées par Air Guyane vers Cayenne, Saint Laurent du Maroni, Grand Santi et Saül. La pirogue en revanche peut s’avérer utile pour circuler sur la Lawa, un affluent du Maroni, et même se rendre sur l’autre rive, au Suriname. Finalement, on peut rêver d’aventures, de frontières lointaines et de forêts luxuriantes, à partir d’une comparaison des superficies de quelques circonscriptions administratives.

Comparaison des superficies de plusieurs circonscriptions administratives : Maripasoula, le Limousin, l'Aube, Arles et Paris.

Comparaison des superficies de plusieurs circonscriptions administratives : Maripasoula, le Limousin, l’Aube, Arles et Paris.

PS : les suiveurs de la Géothèque sur Facebook avaient eu un avant goût de cette image, elle a été mise à jour depuis.

Ville et développement durable à Nairobi

Le Parc National de Nairobi. A l'arrière, la skyline du CBD. Photographie Le Monde / Phil Moore

Le Parc National de Nairobi. A l’arrière, la skyline du CBD. Photographie Phil Moore / Le Monde

 

 

Un récent article d’Audrey Garric, paru dans Le Monde, offre un bon exemple de conflit d’usage pour un espace protégé. Il s’inscrit au cœur des problématiques étudiées en histoire-géographie en classe de 2nde. Un conflit d’usage est, en géographie, une tension entre plusieurs acteurs spatiaux qui cherchent à utiliser la même ressource ou le même espace, ces utilisations étant contradictoires. Ici, l’existence d’un Parc National protégé aux portes d’une ville, est fragilisée à la fois par les pollutions d’origine urbaine et par la pression urbaine. L’habitat informel, l’autre nom des bidonvilles (slums en anglais), autoconstruit et par définition illégal, tend à se développer dans les interstices et les marges urbaines. La progression de l’habitat informel ne touche pas le parc, mais réduit l’espace disponible autour de la ville : la zone protégée est de plus en plus considérée comme une réserve foncière. Les autorités kényanes ont déjà autorisé la construction d’infrastructures routières et ferroviaires à l’intérieur des limites du parc.

L’article d’Audrey Garric illustre les enjeux du développement durable dans les villes du Sud. La rapidité de l’urbanisation (Nairobi, 3 millions d’habitants en 2009, a été fondée en 1899) entraîne une forte artificialisation des surfaces agricoles (ici plutôt pastorales) et naturelles. Il s’agit aussi d’une urbanisation de très faible densité à l’exception du CBD (dont la disposition conforme ici au modèle théorique de la ville africaine tel qu’on l’enseignait il y a dix ans, ci-dessous).

Nathan 2006 skyline ville africaine

Le modèle de la ville africaine, Manuel de géographie de Seconde, Nathan, 2006

La périurbanisation s’étend presque à l’infini autour de Nairobi, et même l’espace rural, pastoral et parcouru par les itinéraires migratoires des grands mammifères, est mité par l’habitat. Ce mitage pose problème aux circulations animales, qu’il s’agisse des troupeaux des bergers Massaïs ou de la faune sauvage. La présence de cette faune sauvage n’est pas seulement un enjeu écologique mais aussi économique : elle attire des flux touristiques nombreux, en particulier si près d’une si grande métropole africaine. Lorsque le tourisme dépend de la nature, la disneylandisation de cette dernière n’est jamais loin. Ce mot de Sylvie Brunel décrit la mise en tourisme d’un espace s’appuyant sur une mise en scène destinée à offrir au public les images qu’il a en tête et qui correspondent au cliché, ou au folklore, plutôt qu’à la réalité. Les problèmes d’eau sont aussi à noter à cette latitude où la saison sèche est longue : de nombreuses piscines privées sont visibles dans la banlieue aisée sur les vues aériennes. Les questions environnementales et économiques sont profondément imbriquées aux problèmes sociaux. La présence d’un habitat informel, dont les autorités tiennent compte face au fait accompli, rappelle que 46% des Kényans vivent sous le seuil de pauvreté, et que la prévalence du SIDA chez les 15-49 ans y est de 7,8%, d’après l’UNICEF.

J’ai eu envie après lecture de cet article de réaliser une carte de synthèse présentant la situation à Nairobi. L’idée est de réutiliser le vocabulaire appris en classe de 6e (bidonville ou habitat informel, CBD, périurbanisation) en développant les problématiques des programmes du lycée : pression urbaine, densité du bâti, explosion urbaine des villes du Sud et difficulté à mettre en œuvre, sinon une ville intelligente, au moins une ville durable.

Nairobi

A lire : Audrey Garric, « Au Kenya, le parc national de Nairobi au bord de l’asphyxie », Le Monde, 07/02/2015, cliquez ici.

L’Outre-Mer français : ressources pour la classe

Mise à jour des planisphères de l’Outre-Mer français.

planisphère outre mer

planisphère outre mer NB

Après la fin des DOM TOM, des statuts juridiques variés et complexes.

D’un point de vue européen, ces territoires sont des RUP (Régions Ultra-Périphériques) ou des PTOM (Pays et Territoires d’Outre Mer). Mais la République Française, après des siècles de colonialisme et de centralisme, a tardivement cédé à ses territoires ultramarins l’autonomie relative qu’ils ont aujourd’hui. Le demi-siècle de décolonisation qui vient de s’achever a maintenu sous souveraineté française de nombreux territoires caractérisés par une très grande variétés de situation et de rapport à la métropole, et donc une variété de statuts juridiques. Trois voies se distinguent : certains territoires obtiennent plus d’intégration au sein de la République, tout en bénéficiant de la décentralisation des compétences de l’Etat vers les Collectivités : ce sont les DROM (Départements et Régions d’Outre-Mer). Mayotte en est un exemple puisque après avoir refusé de suivre les Comores vers l’indépendance, elle a obtenu la départementalisation. D’autres collectivités ont obtenu une large autonomie, et sans être souveraines, elles peuvent appliquer la coutume locale dans certains domaine au lieu du droit français. Il s’agit des COM (Collectivités d’Outre-Mer) par exemple de la Polynésie Française. Enfin, la troisième voie, qui est celle de l’hésitation entre l’autonomie et l’indépendance, est incarnée par la Nouvelle Calédonie. Le processus d’indépendance, en cours, est entre les mains de sa population.

Voir aussi notre carte de l’Europe et ses RUP

Cartes du site de la Confluence à Lyon

ConfluenceConfluence en 1914Ces deux cartes, réalisées à la demande d’un professeur de collège, pourront par exemple dépanner des enseignants souhaitant travailler avec leurs élèves sur le site de la Confluence à Lyon.

La juxtaposition avec la carte de 1914 montre bien le basculement qui s’est opéré en un siècle (un pas de temps un peu long pour l’analyse des faits urbains mais j’ai été un peu contraint par la documentation). La Confluence de 1914 est l’espace de la relégation urbaine, on peut parler d’exurbanisation pour ce phénomène consistant à reléguer sur les marges urbaines les structures consommatrices d’espaces (gare, arsenal) ou productrices de nuisances (prison, usine à gaz), et souvent les deux. C’est aussi bien sûr l’espace de la relégation sociale (prolétaires, détenus), et pour beaucoup le quartier de Perrache évoque encore aujourd’hui une prostitution mal cachée. En 2014 à l’inverse la dynamique est celle de la création d’une nouvelle centralité et ce terme revient souvent dans les documents produits par les acteurs publics et privés. La séparation nette des usages a fait son temps et l’enjeu n’est plus de produire de l’urbain mais de créer de la ville, c’est à dire un espace de mixité et de densité. Le vert étant à l’ordre du jour, cela ne va pas sans la création de nombreux parcs urbains. On voit en effet que la confluence n’est plus une marge urbaine, le bâti a gagné du terrain partout autour. Enfin, le siècle écoulé a été celui d’une transition économique entre une France vouée à l’industrie, et aujourd’hui le rôle prépondérant accordé aux fonctions commerciales, culturelles et de loisirs.

Le développement durable, en tant qu’objectif, est également présent sur la carte de 2014, avec ses trois piliers (social, environnemental et économique), mais également dans une dimension plus actuelle intégrant un quatrième pilier culturel.

Voici les versions Noir et Blanc pour photocopies :

Confluence1914-NBConfluence-NB

Montreuil, « Carnet in situ » de Mehdi Zannad

Les artistes qui s’intéressent à la ville aujourd’hui sont légion. Qu’ils la prennent pour sujet (Dreamworld de Léo Fabrizio si l’on veut en citer un dont le travail nous a récemment séduit) ou bien pour support (graffitis, collages, stencil ou yarn bombing : Banksy, Invader, Miss.Tic… et une myriade de plus). A propos de la ville sujet et support (Los Angeles), on reverra également avec intérêt Mur Murs d’Agnès Varda (1981).

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Mehdi Zannad lui aussi prend la ville comme sujet et, d’une certaine façon, tout autant comme support. Il ne fait pas du graphe à Lyon ou à Toulouse, ni ne filme séduit et curieux une métropole américaine ou une mégapole asiatique. Debout dans un coin de rue de Montreuil, quelque part en bord de route, il dessine la ville sur un petit carnet qu’il remplit. Selon ce qu’il écrit dans « sa règle », lui en tant que personne intègre même le paysage. Littéralement. Le temps du croquis, le temps long de sa pose (une, deux, trois heures ou plus ?), il est aussi figé que du mobilier urbain : « Le corps devient présence, s’enracine, relie le spectacle de la rue à sa projection sur la feuille ». D’ailleurs il précise que son « street art est contemplatif et solitaire ». Un urban sketcher qui réfléchit à sa condition.

En plus de ce qui fait l’originalité de la démarche, l’état de « méditation urbaine » dans laquelle Zannad peut se trouver, ce qui peut intéresser (l’amateur de géographie notamment) c’est qu’il n’y a aucun spectacle, ni dans le rendu, ni dans la façon de faire, ni dans le sujet. Aucune préparation : un stylo, un carnet, le bonhomme et son regard. Aucun prestige des lieux : une banlieue parisienne, ni miteuse, ni vraiment touristique (même si Montreuil est de plus en plus réputée pour « ses » artistes ; voir les accroches et les visites d’ateliers mis en avant sur le site de la commune, « Montreuil est la 1ère ville après Paris à accueillir le plus grand nombre d’artistes » nous dit-on).

Zannad croque ainsi les paysages variés de Montreuil : quartiers bourgeois ou barres d’immeubles, carrefours quelconques ou rues commerçantes, pavillons de banlieue ou friches industrielles. Bas Montreuil ou Haut Montreuil, Bobillot, Solidarité Carnot, cité du Bel-Air ou des Grands-Pêchers ? Quand les architectures sont significatives, on parvient à retrouver les lieux (près de la mairie ou d’un parc) mais l’exercice n’est pas évident si l’on est étranger à la ville.

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Sous le trait de Mehdi Zannad, les paysages gagnent en unité, s’harmonisent. Habitat, bureaux, loisirs, commerces, industries… Tout devient noir et blanc et, sur le papier, malgré la précision de l’architecte (sa formation), les fonctions des quartiers, des zones choisies (au hasard d’une promenade ?) sont plus difficiles à identifier que sur des photos prises au sol ou par satellites. En outre, jamais personne n’apparaît sur les dessins. Pas un passant, pas une voiture. Les panneaux publicitaires et la signalétique urbaine restent blancs. Rien de lisible sur les enseignes. On ne s’y trompe pas et des adolescents à qui on a montré les dessins (même s’ils n’ont travaillé que brièvement dessus) parlent spontanément de ville déserte, de lieux ternes et tristes, d’ambiance sinistre, de ville fantôme (l’artiste est en outre l’auteur d’un essai photographique, principalement noir et blanc, intitulé « Fantômes de Londres »).

L’humain resurgit toutefois et avec humour très souvent dans les remarques qu’il laisse ou les propos qu’il rapporte dans son carnet, hors dessins (on pense un peu aux commentaires de Laurent Chavouet quand il décrit Tokyo mais lui ses dessins sont colorés et ses lieux fréquentés). L’humain est à côté : à côté de la banlieue fantôme, dans les marges amusantes, cocasses ou drôlement inquiètes.

Le site de Mehdi Zannad : http://zannad.fr/

La démocratie participative en une image

democratie participative

Résultat du vote sur le budget participatif de Paris publié sur Facebook par Anne Hidalgo, saisie d’écran, septembre 2014.

Les programmes d’histoire-géographie et d’éducation civique incitent à s’intéresser à la démocratie locale et à ses nouvelles formes d’expression. Les documents proposés par les manuels scolaires sont parfois peu satisfaisants. Cette image m’a intéressé car elle montre deux aspects de la démocratie participative, emboîtés : la participation directe des citoyens à la prise de décision, et la communication directe des élus par les réseaux sociaux.

Le document montre la participation des citoyens, via internet, à une partie de la prise de décision à l’échelle locale. L’initiative porte le nom de « Budget participatif » et le logo de la Mairie de Paris. Le contenu des proposition vise clairement les jeunes, considérés comme des utilisateurs massif d’internet mais dépolitisés et absentionnistes. La charte graphique vivement colorée confirme cette cible. Le contenu des proposition reflète aussi les préoccupations des urbains de centre-ville, en particulier les étudiants et les jeunes actifs avec enfants. (catégorie très imparfaitement recouverte par le galvaudé « bobo »). On peut nuancer l’aspect participatif en comparant les initiatives au budget total (2 millions d’euros représentent 0,03% des dépenses annuelles de la ville qui dépassent les 6 milliards), et en comparant la participation (40 000) à la population électorale parisienne (1,3 million d’électeurs inscrits) soit 3% de participation…

Le deuxième aspect est la communication directe des élus avec leurs administrés, via les réseaux sociaux. Il s’agit ici d’Anne Hidalgo, élue socialiste ayant remporté les municipales de 2014. La saisie d’écran permet de se référer à l’univers, familier pour les élèves, d’un célèbre réseau social. Le nombre de personne qui jaiment* et le nombre de partages ont une signification pour eux (et peut de nouveau être rapporté à la population parisienne, 2 millions d’habitants). De même, ils peuvent s’interroger sur la réelle portée du message : les électeurs de droite sont-ils amis avec Anne Hidalgo sur les réseaux sociaux ? Et les électeurs dépolitisés ? On peut supposer que ce sont d’abord les sympathisants qui seront touchés par le message.

Ce document permet donc d’apporter un regard critique sur la démocratie participative, c’est-à-dire d’en souligner les points positifs, tout en relevant les limites.

*Le verbe jaimer se conjugue à tous les temps et modes : Il se félicitait que tant d’internautes jaimassent la page de son idole.

 

 

 

Où trouver de mauvaises cartes ?

L’un des chapitres de géographie des nouveaux programmes de Terminale, intitulé Des cartes pour comprendre le monde, invite à mener une « réflexion critique sur les modes de représentation cartographique ». On peut pour cela s’appuyer sur les compétences acquises par les élèves depuis le collège dans l’utilisation et la production de représentations graphiques de l’espace. A cette occasion, les enseignants pourraient avoir besoin de trouver des exemples de mauvaises cartes. Ce n’est pas si facile à trouver, sauf à exagérer la critique et à jouer aux inquisiteurs cartographiques, comme il existe sur internet des inquisiteurs orthographiques qui ne sont parfois que des formes perverses de trolls. On peut toujours trouver à redire sur une carte, et les règles de la cartographie, comme celles de la langue française, sont faites pour être transgressées. De même qu’une rupture de construction syntaxique dans une phrase peut passer pour une figure de style qui porte le doux nom d’anacoluthe, de même le cartographe emploiera-t-il avec malice des figurés figuratifs, une ancre, une grappe de raisin, proscrits par nos maîtres qui exigeaient des figurés géométriques (et pourtant employés, certes avec parcimonie, par les dessinateurs-cartographes de l’Institut Géographique National). Encore faut-il connaître les règles pour bien les transgresser.

Un débat engagé récemment sur la liste de diffusion Géotamtam qui met en lien les acteurs de la géographie universitaire francophone, et à laquelle je conseille de s’abonner, m’a permis de découvrir une mine de mauvaises cartes. Il s’agit du SRADDT, Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire, de la région Bourgogne. On pourrait disserter sur ce sigle, en lui même tout un poème. Ce débat prend des tournures politiques dans la mesure où ce type de document est facturé par des entreprises privées, manifestement peu compétentes, à des collectivités territoriales, manifestement peu regardantes. C’est d’autant plus rageant que d’autres entreprises privées font un excellent travail et que des universitaires et leurs étudiants, à compétence bien supérieure, demanderaient probablement une rétribution moindre pour nouer un partenariat avec un conseil régional.

Laissons de côté le débat et laissons parler les cartes. Elles ne seront pas commentées (pourquoi tirer sur l’ambulance) mais vous pouvez nous retrouver sur les réseaux sociaux pour proposer d’autres mauvaises cartes trouvées au cours de vos pérégrinations sur les internets.

mauvaise-carte-SRADDT-1Une mauvaise carteMauvaise carte

Cliquez pour agrandir. Source des trois cartes : charte du SRADDT Bourgogne, Conseil Régional de Bourgogne, RCT Territoires, mai 2014

L’ensemble du document fourmille d’exemples de « tout ce qu’il ne faut pas faire » ; vous pouvez le télécharger à partir de cette page du site de la région Bourgogne. Je remercie le collègue qui a déniché ce filon.

Je rappelle, pour relever le niveau, cet excellent blog (en anglais) sur les cartes anciennes et récentes, souvent surprenantes voire déconcertantes (et parfois mauvaises, mais critiquées intelligemment !) : Strange Maps.

Les collectivités territoriales à l’heure des réformes

NB : Le sujet étant complexe et l’erreur étant humaine, si vous en être un(e) spécialiste et que vous repérez une erreur ou une imprécision, n’hésitez pas à nous contacter pour nous le faire savoir !

Pendant des décennies, enseigner les collectivités territoriales hexagonales était simple : l’État jacobin concédait des compétences territoriales selon trois échelles allant du local au régional : trente-six mille communes, quatre-vingt-seize départements, et vingt-deux régions. En réalité, les complications ne sont pas nouvelles. Les départements révolutionnaires ont été redécoupés (par exemple, le Rhône et Loire). Certains ont été ajoutés (le Territoire de Belfort…). En 1964, au mépris de la numérotation et au grand dam de nos grands-mères-qui-avaient-appris-leurs-départements, la Seine et la Seine-et-Oise ont été charcutées pour donner naissance aux célèbres 75, 78, 91, 92, 93, 94 et 95. Les régions, créées sous la IVe République, ont donné lieu à des découpages variés avant que la loi Defferre les érigeât en collectivités à part entière en 1982. (On se souvient du référendum sur la décentralisation en 1969, dont le rejet aboutit à la démission de De Gaulle et retarda la réforme.) A la même date, la Corse obtint un statut particulier qui la dota d’une assemblée élue au suffrage universel. Les 22 régions sont aujourd’hui jugées trop petites, pas par rapport à leurs homologues allemands comme on le dit parfois (certains länder sont minuscules) mais par rapport à une moyenne européenne. Il est prévu d’en faire fusionner certaines pour aboutir au chiffre de 13 régions, toujours en métropole.

Il faudrait ajouter à cela les départements d’outre-mer, devenus des régions mono-départementales, mais nous en avons déjà parlé : pour tout savoir sur les RUP, DROM et PTOM, c’est ici.

Les bonnes vieilles communes, trop petites et trop nombreuses (36 000, dans le langage familier, est synonyme de beaucoup), ont été rassemblées en structures intercommunales à partir de 1992. D’abord, il y eut foisonnement et on se rappelle ces syndicats intercommunaux, SIVU et autres SIVOM chargés de transformer les POS (aujourd’hui PLU) en SCOT.* On y mit de l’ordre en 1999 en imposant aux structures intercommunales de se ranger dans trois catégories selon leur taille : à partir de 5 000 habitants pour les communautés de communes, de 50 000 pour les communautés d’agglomération, et au delà de 450 000 pour les communautés urbaines. Pour ne rien simplifier, certains élus locaux proches du pouvoir central obtinrent des dérogations et ainsi Alain Lambert fit de l’agglomération d’Alençon, 54 000 habitants en 2011, une Communauté Urbaine. Les trois types de structures citées plus haut (communautés de communes, d’agglomération, et urbaines) sont des EPCI, des Établissements Publics de Coopération Intercommunale. Contrairement à d’autres structures dont nous ne parlerons pas, ils sont à fiscalité propre, c’est-à-dire qu’ils prélèvent directement les impôts pour financer leurs compétences.

Aujourd’hui, certaines communautés urbaines doivent être transformées en métropoles. Le problème est que certaines communautés d’agglomération, dans un souci de marketing territorial, utilisent déjà le mot « métropole » dans leur nom officiel, comme Saint-Étienne Métropole. Des élèves de sixième interrogés dans cette ville ont ainsi affirmé connaître la définition d’une métropole : c’est « ce qui est écrit sur les poubelles ». Ce serait trop simple si trois métropoles n’avaient pas été dotées d’un statut particulier : Paris, Lyon et Marseille… et d’un statut différent (avec des conséquences différentes) pour chacune de ces trois villes.

En raison de toutes ces complications, il m’a paru utile de mettre en ligne mon kit de survie destiné aux élèves de lycée. Les enseignants, les citoyens et les curieux géographiques y trouveront peut-être aussi des éclaircissements sur une situation dans laquelle on se perd parfois. Rappelons qu’à l’heure actuelle, le projet de réunir les conseillers régionaux et départementaux (ex-généraux) en conseillers territoriaux, émis sous Nicolas Sarkozy, a été abandonné par le gouvernement socialiste. Le département, auquel beaucoup de Français témoignent encore de l’attachement, ne devrait pas (encore) disparaître avec cette réforme.kit-de-survie-collectivites-territorialesJe vous invite à visiter cette page wikipédia sur les circonscriptions de la France, plus complète, et assez bien faite, comme souvent lorsqu’il s’agit d’établir des nomenclatures complexes :

Téléchargez ici le fichier au format PDF : Kit de Survie Collectivités Territoriales

*Cette phrase ne veut pas dire grand-chose. Les POS, plans d’occupation des sols, sont devenus PLU, plans locaux d’urbanisme, et sont une compétence de la commune souvent transférée à l’intercommunalité. (Il s’agit d’établir un zonage, c’est ce document par exemple qui établit les zones inconstructibles, à partir du PPR, plan de prévention des risques). Les SCoT sont des schémas de cohérence territoriale instaurés par la loi SRU pour harmoniser les décisions en matière d’urbanisme à l’échelle intercommunale. C’est cette même loi SRU, dite loi Gayssot et votée en 2000 sous le gouvernement de Lionel Jopsin, qui a introduit le principe des 20% de logements sociaux pour toutes les communes.

Octobre 2014.