Des géants et des briques : le monde à l’envers de la république libre d’Outremeuse. (Nausica Zaballos*)

Depuis une dizaine d’années, je parcours la Wallonie et les Flandres afin d’immortaliser des bâtiments en briques. Certains sont en ruines, d’autres, pimpants ou patinés par le temps. Ils peuvent abriter demeures privées, usines, musées ou volumes vides. Vestiges d’un passé ouvrier, les briques belges, dorées par le soleil estival, se parent de couleurs chatoyantes et mordorées. Elles me transportent dans un royaume magique peuplé de géants, de sorcières, d’hommes feuilles, et de diablotins…

En Wallonie, le temps de la fête abolit les frontières temporelles et géographiques. A Liège, le 15 août, des mineurs ouvrent la marche tandis que les soldats napoléoniens accompagnent Charlemagne et Marianne. Le patrimoine littéraire est aussi à l’honneur. L’impassible et débonnaire commissaire Maigret, sa légendaire pipe à la main, flâne du côté de l’église Saint-Pholien, chère à Simenon.[1] Dix jours plus tard, pour la Ducasse, un aigle bicéphale tournoiera sur la grande place d’Ath, ne sachant plus s’il est autrichien ou espagnol.[2]


Macrale, Liège, 15 août
La montgane de Bueren, gigantesque escalier de 374 marches, Liège.
Géant Maigret près de l’église Saint Pholien, Outremeuse.

A notre arrivée à Liège, au petit matin du 13 août, le quartier natal du grand Georges semble endormi, voire vidé de ses habitants. Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Certains liégeois ont peut-être quitté leur domicile pour un lieu de villégiature estival mais plus de 200 000 personnes vont bientôt confluer en Outremeuse où se concentrent bars et scènes en plein air. Pour se rendre sur l’île naturelle formée par la Meuse, il faut traverser l’un des ponts de la cité ardente. Passée cette frontière naturelle, le quidam est sous la protection de la Vierge Noire, de sortie le 15 août.

Potale, rue des écoliers, Liège.
A Liège, Outremeuse.

Chaque été, de l’autre côté du fleuve, on réaffirme sa dévotion à la Vierge Noire qui ne craint pas la concurrence malgré la présence d’une quarantaine de potales. Ces petites niches jalonnent le dédale de ruelles et impasses d’Outremeuse : elles abritent un Saint ou une Sainte protecteurs.[1] Elles font partie du quotidien des habitants de ce faubourg populaire et, à part un-e petit-e plaisantin-e qui osa, sacrilège, décapiter il y a quelques années la Vierge du Boulevard Saucy, tout le monde veille à les entretenir et à les fleurir deux jours avant le 15 août.

Mais l’Outremeuse n’est pas qu’un quartier où la dévotion mariale s’exprime avec ferveur. C’est aussi paradoxalement au cœur du Royaume belge, une République libre ! En face du café Le Petit Bougnat, à côté d’une Marie à l’enfant Jésus, nous lisons la plaque qui rappelle qu’à l’instar des artistes montmartrois qui se constituèrent en République libre de Montmartre un soir d’hiver morose de 1920, les habitants d’Outremeuse décidèrent de mettre un terme à leur allégeance au couple royal et de faire la même chose en 1927, date du premier jumelage entre Montmartre et l’île liégeoise.

Vers midi, on s’active à la préparation de la célébration du jour : la saint Måcrâwe, en l’honneur d’un drôle de bougre du folklore local, Tchantchès, un personnage de marionnette mi saint mi démon. Pour s’armer de force avant les processions, on descend non pas du vin ou de la bière, mais une eau de vie aromatisée aux baies de genévrier, le pékèt, élixir liégeois par excellence. Ça tombe bien, il paraît que dès sa naissance, Tchantchès en réclamait. Devenu adulte il arbore le nez rouge de ceux qui ont toujours soif.[2]


[1] Karin Depicker, Mikhaël de Thyse, Yves Hanosset et Christina Marchi, Petit patrimoine sacré : Potale, borne-potale, réposoir, croix et calvaire, Éditions du Perron, coll. « Héritage de Wallonie », 1991.

[2] Maurice Piron, Histoire d’un type populaire. Tchantchès et son évolution dans la tradition liégeoise, Bruxelles, Palais des académies 1950.

Géant Tchantchès.

Avant de regagner l’hôtel pour une sieste salutaire, nous errons à la recherche d’un lieu où se sustenter, ventre vide crie famine ! Nous tombons sur une enseigne au drôle de nom : le Chat qui pète ! C’est l’une des rares friteries ouvertes et il faut faire la queue. Nous ne regrettons pas d’avoir attendu. La frite n’est pas un commerce, c’est un art. Le « blanc de bœuf » ou graisse de bœuf rend la pomme de terre moelleuse. Mais pour que la frite soit réussie, il faut qu’elle reste croustillante sous la dent. Les friteries dignes de ce nom pratiquent ainsi la double cuisson.

Au Chat qui pète, on déguste les patates les plus élégantes de la profession : aériennes, savoureuses et fondantes en bouche, et comble de bonheur, super croquantes ! La friterie est pleine à craquer, on y sert aussi des fricandelles (saucisses panées) et des mitraillettes (demi-baguettes garnies de viandes et de frites). La quantité de sauces disponibles donne le tournis ! Durant cette fête, nous allons vraiment de liste en liste. Pour les pékèts, nous avions la possibilité de goûter au vieux liégeois, au zimzim zoin, au cuberdon, au sang du dragon, à la violette, au vieux système… Ici, les traditionnelles ketchup, mayonnaise et moutarde côtoient les sauces curry, Dallas, Hawaï, mammouth, andalouse… Si en France, la frite, servie en accompagnement, est généralement synonyme de cuisine de brasserie, ou réservée aux menus pour enfants, en Belgique, elle est un met à part entière, et bon nombre de clients attablés au Chat qui Pète consomment un unique cornet de frite en guise de déjeuner.

A 14h30, on s’arrête au musée Tchantchès pour admirer les spectacles de marionnettes. Transmuées par une mystérieuse opération en géants le 15 août, elles deviendront les vedettes du défilé. A 18h, parents et enfants se pressent place Delcour. Endroit stratégique car situé près de la rue Pitteurs et la rue Saint Jean d’Outremeuse, on s’y rassemble entre deux ateliers. Rue Pitteurs, l’école de coiffure éponyme propose des séances de maquillage. C’est la journée des familles : ça tombe bien, l’orchestre La musique à Papa entraîne petits et grands dans une farandole endiablée. Dans le soleil qui darde ses derniers rayons sur les fresques de l’académie Pitteurs et les maisons aux murs pastel, le quartier prend des teintes méditerranéennes. D’ailleurs les enfants ont fini de confectionner leurs lanternes vénitiennes.

Près de la rue Pitteurs.

Près de la rue Pitteurs. © Nausica Zaballos

Tout à coup, un petit garçon au visage noirci, juché sur un âne, fait son apparition. Il se fraie un chemin entre les personnalités de la Commune libre de Roture, créée en 1979. Le Mayeur, la clef de la commune autour du cou, et ses échevins ont fière allure. Mais tous les regards convergent vers ce petit bonhomme au chapeau noir et aux joues tâchées de suie. La région liégeoise est une terre de terrils mais ce n’est pas en Outremeuse qu’il faut chercher des traces de ce passé minier. Les familles de mineurs habitaient traditionnellement le quartier de Sainte Marguerite, de l’autre côté du fleuve, tout à l’ouest. Chaque année, jusqu’à la fin du XIXe siècle, ils fêtaient saint Måcrâwe, patron des enfants chétifs, en paradant un jeune mineur au visage noirci avec du bouchon brûlé sur une chaise à porteur.[1]

En Outremeuse, on a récupéré et recyclé cette tradition, peut-être parce que Tchantchès est décrit comme un enfant au visage déformé. On raconte que le jour de son baptême, il reçut tellement de coups de baptistère sur le nez que celui-ci s’allongea. Quelques années plus tard, il avala un fer à cheval qui lui resta coincé dans le gosier. Victime de quolibets, il osa braver la foule une veille de l’assomption en endossant les vêtements de saint Måcrâwe. Le visage noirci et porté en triomphe, il surmonta toutes ses appréhensions pour devenir l’une des figures d’Outremeuse les plus respectées.


[1] Joseph Dejardin, Dictionnaire des spots et proverbes wallons, F. Renard Editeur, LIÈGE : 1863.

Enfant de saint Macrawe.

Les habitants de la République d’Outremeuse sont réputés pour leur ouverture d’esprit. Ils préfèrent les unions d’amour aux mariages religieux. Le soir du 13 août, après la procession des enfants en l’honneur de saint Måcrâwe, les couples en union libre, amants et maîtresses, qu’ils soient hétérosexuels, gays, lesbiennes ou trans, sont invités à prononcer ou renouveler des vœux. Sur l’estrade, duos et parfois même trios se succèdent, certains vêtus de vêtements et coiffes extravagants dans une parodie outrancière de l’institution matrimoniale.

Nous n’avons pas très bien compris les différents régimes nuptiaux en vigueur en Outremeuse. En sus du mariage, valable un an sur les terres de la Commune libre de Roture, il existe aussi la possibilité de « s’applaquer » ou de se mettre « à la colle. » Avant d’apposer leurs noms sur le registre des nouveaux mariés, les amoureux s’acquittent d’une taxe. Ils écoutent ensuite l’échevin lire leurs droits et devoirs, aussi farfelus qu’irrévérencieux, mais dont les unions qui battent de l’aile pourraient s’inspirer pour retrouver un peu de joie de vivre. Il est donc rappelé qu’il faut « s’offrir au moins quatre fois par an du pékèt », sans oublier des bouquettes, ces crêpes de sarrasin servies avec du sirop de Liège. Vers 22h, les derniers mariés quittent le podium : la foule se disperse en direction de stands qui ont pris les teintes multicolores des pékèts.

Pékèts.

Mais, l’Eglise veille au grain et ne rate pas une opportunité de rappeler à ses brebis égarées que le véritable bonheur réside dans l’amour du Christ. L’alcool rendrait heureux… un certain temps seulement. « Vous qui avez soif » : une banderole accrochée à l’un des murs de l’église Saint Nicolas invite les fêtards à assister à la bénédiction des fiancés. Le 15 août, ils recevront en partage les petits pains bénis récoltés par les scouts chez les boulangers du quartier.

Le matin du 15, les confréries se rassemblent sur les différentes places d’Outremeuse. On continue de se désaltérer le gosier, et même si la nuit fut courte pour beaucoup, on se masse déjà dans les rues, dans l’attente du départ de la Vierge Noire du 16e siècle. Elle sortira de l’église Saint Nicolas, portée par 6 scouts à 10 heures précises. J’observe, amusée, les faux évêques de la confrérie de Tchantchès descendre des litres de bière. Difficile de les distinguer des vrais évêques venus de toute la Wallonie concélébrer la messe en wallon à la fin de la procession. Le carnaval cloue le bec aux puissants, permet aux fous d’être écoutés. Les figures d’autorité sont moquées et les humbles troquent leurs oripeaux pour revêtir, le temps compté d’un monde à l’envers, les parures des plus riches.

Un roulement de tambour nous annonce que le cortège est sur le point de s’élancer. Les soldats napoléoniens ouvrent la marche, le visage grave. Les hommes, le torse bombé, ont fière allure. Les plus gradés portent le bicorne, et on reconnaît les grognards à leur haute coiffe en poil d’ours noir.

Confréries de soldats napoléoniens.

Une femme ferme l’escorte militaire. Y avait-il des soldates à la bataille de Waterloo ? à moins qu’elle ne représente une cantinière… Difficile au premier coup d’œil d’identifier les étranges zouaves costumés qui la suivent : un jeune homme arbore un chapeau en forme de tête de lion, un autre, flanqué d’une épée, porte une couronne sertie de bijoux de pacotille. Ils sont tous chaussés de bottes argentées ou dorées qui semblent sorties d’une collection Jean-Paul Gaultier. Un autre point commun est leur pendentif en forme de chope, ce sont probablement des membres de la confrérie Tchantchès. Je reconnais d’ailleurs parmi eux le faux évêque qui s’envoyait plusieurs bières de bon matin. Il affiche désormais la mine solennelle de rigueur.

Le patchwork de costumes colorés du défilé est à l’image de la mosaïque de cultures qui habitent l’Outremeuse. Ici, l’esprit de clocher se nourrit de l’attachement aux anciens corps de métiers : les tanneurs à Saint Pholien et les tisserands à Saint Nicolas. A quelques mètres des porteuses du Saint Nicolas de la paroisse du même nom, les Marcatchous, foulard rouge au cou, caquette noir en satin, marchent en sautillant, l’air guilleret. Cette confrérie a été créée au cœur de la Commune Libre de Saint-Pholien-de-Prés en l’honneur de Jean Quintin, un pêcheur à la ligne, surnommé Marcatchou que Sarah Bernhardt avait souhaité rencontrer lors de son passage à Liège en juillet 1880.[1]

Soudain, portée par les scouts, la voilà, la Vierge Noire, prétexte à faire ripailles pendant 4 jours. Le moment est venu de la vénérer et peut-être nous accordera-t-elle bonnes grâces et santé. Le temps de la messe wallonne, on délaisse les stands de pékèts, bouquettes et boulets (boulettes de bœuf typiquement liégeoises) alentours. Les évêques arrivés en renfort ne sont pas de trop et je suis impressionnée par la foule compacte qui avance en rangs serrés pour communier. Invités montmartrois, grands-mères endimanchées, clochards célestes, étudiants hype ayant fait le déplacement pour s’encanailler, touristes néerlandais… Même si elles retiennent un caractère profondément wallon, les fêtes d’Outremeuse brassent des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées ailleurs.


[1] André Secrétin, Si les marcatchous m’étaient contés, Liège : Editions Dricot, 2003.

Vierge Noire.

L’après-midi, ils sont tous là pour le grand défilé des géants. Les soldats napoléoniens précèdent les orchestres aux tuniques hippy qui entonnent « Let the sunshine. » Princes et princesses en costume d’apparat avancent au petit trot. Derrière eux, des pères, mères et enfants portant un casque de mineur. Les gamins du défilé de la saint-Måcrâwesont rejoints par d’autres groupes que l’on n’arrive pas tous à identifier. Les amateurs de rugby paradent avec fierté leur géant. Des arrêts sont organisés tout le long du chemin : il faut parfois deux à trois hommes pour transporter un géant : Un type à côté de moi m’apprend que Charlemagne mesure 4m15 pour 80kg. Les pauses rafraichissements sont donc salutaires.

Tchantchès et sa compagne Nanesse ouvrent la marche.

L’ambiance devient électrique quand les sorcières de la confrérie des Macrales se mettent à poursuivre d’innocentes spectatrices pour les asperger de farine avec leur pompe en forme de pénis.

Macrales.

En Outremeuse, sacrilège et sacré sont les revers d’une même médaille. On exorcise ses peurs en se frottant aux sorcières. On devient quelqu’un d’autre pour exprimer sa violence, sa malice… Le cortège est bientôt fini, il sera bientôt l’heure d’aller chercher les petits pains bénis. Mais, soudain, le sentiment de joie ressenti depuis près de trois jours de célébrations fait place au malaise, un véritable malaise, pas juste la crainte d’être recouverte de farine. Un homme grimé et costumé en chef africain trône sur un ultime char. Peau de léopard, coiffure afro et black face, rien ne manque à l’ignoble caricature… si, peut-être une pose de sauvage. Il est entouré de femmes et d’enfants, eux aussi déguisés en africains. Peut-on se déguiser en « noirs » comme on le fait en sorcière, évêque ou pirate ? Et si ce char n’est que l’expression, comme nous l’entendrons plus tard dans la soirée, de la multiethnicité des habitants d’Outremeuse, pourquoi alors aucun belge issu de l’immigration ne défile avec des éléments vestimentaires ou de décor qu’il aurait lui-même choisis ? Pourquoi revient-il à un blanc de mettre en scène le fantasme d’une « race africaine » comme au temps des minstrels nord-américains ? L’homme noir y était dépeint « au mieux » tel un bon sauvage un peu arriéré mais inoffensif, au pire, tel une dangereuse bête féroce enchaînée.

Je ne souhaite pas que la fête, et l’immense générosité des confréries, soient ternies par cet ultime bégaiement de l’histoire. Après tout, peut-être est-ce le moyen trouvé par certains belges pour exorciser leur passé colonial ? La ville garde les traces de l’empire belge : certaines façades d’édifices en piteux état, mais autrefois cossus, arborent encore des colosses noirs aux lèvres lippues et au nez épaté.

Liège, 40 rue Léopold.

La résurgence d’un black face au milieu d’un défilé caractérisé par de nombreux mash-up ou collages (le géant Mario Li houyeû, effigie d’un mineur italien avance aux côtés du géant représentant le Prince-Evêque Notger) n’est-il pas la preuve que le passé, tant qu’il n’est pas digéré, ne cesse de nous hanter ? Au moment de quitter Liège, je repense aux différentes célébrations de la république d’Outremeuse, et je reste persuadée que les joyeux lurons des différentes communes libres, comme d’autres Belges, peut-être aidés d’associations telle les Bruxelles Panthères qui militent contre les discriminations raciales, sauront réfléchir ensemble pour que la fête, tout en faisant mémoire du passé, soit encore plus belle pour les générations futures.

Géant Mineur aux côtés du géant Charlemagne.

[1] Voir Georges Simenon, Le Pendu de Saint-Pholien, Fayard, 1931.

[2] Jean Pierre Ducastelle, Laurent Dubuisson, La Ducasse d’Ath, passé & présent, La Maison des Géants, Ath, 2014.

*Actuellement professeur d’anglais à Paris, Nausica Zaballos a publié deux ouvrages sous forme de carnets de route. Le premier, Mythes et Gastronomie de l’ouest américain, a été publié aux éditions Le Square en 2014. Le deuxième, Contes navajos du grand-père Benally (Goater, 2017), est une balade contée dans la réserve navajo à destination des adolescents. Elle a par ailleurs soutenu une thèse sur les Navajos à l’université Paris IV Sorbonne en 2007.

La sortie de la Géothèque 2020: le Beaujolais vert et doré !

Ce 4 juillet, de bon matin, les géothécaires du jour (Hélène, Pierre, Mathieu, Roland, Léa, Louise, Mathias, Guillaume, Camille et Stephan) se sont retrouvés au château de Châtillon d’Azergues pour découvrir ce village des « Pierres dorées », une zone du Beaujolais caractéristique de par son bâti en « calcaire à entroques » teinté par des oxydes de fer, lui donnant un magnifique aspect brillant orangé.

Clocher et château médiévaux de Chatillon d’Azergues

Autre caractéristique de ces villages : situés entre 30 min et 1h de Lyon ils subissent une pression foncière conséquente et un peuplement par les CSP+ qui viennent y chercher luxe, calme et volupté proches de la métropole, avec des aménités rurales manifestes.

Un lotissement de type Gated Communities à standard élevé à Chatillon d’Azergues
Un village dynamique et le marché du samedi matin

Un tour dans les ruelles et au marché nous permet d’observer l’ancien pressoir banal et les sculptures de raisin sur certaines façades attestant de l’activité viticole ancienne de la région. Une fois les emplettes réalisées notamment auprès d’un chevrier local, direction les carrières de Glay dont provenaient une partie de ces fameuses Pierres Dorées.

Paysage viticole sur la route entre Châtillon et Glay
Vue du village de Châtillon d’Azergues au milieu des bois et des vignes de ce « Beaujolais Doré »

Arrivés aux carrières de Glay (aussi appelées carrières d’Oncin) nos compères profitent d’une petite lecture du paysage donnant sur les vallées du Soanan et de l’Azergue.

Puis nous empruntons le circuit géologique du Geopark mis en place par la communauté de communes pour valoriser le patrimoine de ce lieu au passé industriel et au présent riche en biodiversité.

Nous y rencontrons une bénévole qui fait partie de l’association Les Carrières de Glay qui nous explique toute l’histoire du lieu et de sa valorisation par la réhabilitation des savoir-faire locaux des piérieurs ayant exercés pendant cinq siècles (du XVè au XXè) jusqu’à la concurrence du ciment. L’arrivée du phylloxéra en chasse aussi beaucoup de la région où ils cultivaient également la vigne. Le site accueille aujourd’hui de rares espèces de chauve-souris et d’orchidées et l’association y mène de nombreuses activités de valorisation et d’animation.

Nous repartons ensuite pour réaliser une lecture de paysage depuis le hameau du Nové sur la commune de Saint Loup qui surplombe l’A89. On y voit bien l’autoroute, les exploitations d’arboriculture (certaines avec bâches anti-grêle), les prés, les immeubles de Pontcharra, la vallée de Turbine, les vignes et l’élevage, ainsi que la pression pavillonnaire liée à Tarare.

Lecture de paysage à Saint Loup

Direction ensuite le Beaujolais vert, on change de paysage au Col des Sauvages à Amplepuis : plus aucune pierre dorée ni de vignes mais de la forêt de résineux et de l’élevage. Nous déjeunons au Lac des sapins, un lac créé en 1979 pour développer le « tourisme vert » justement dans la région. Ce jour là c’est un pari qui nous semble être un franc succès étant donné la fréquentation des berges et des embarcations sur le lac !

Nous découvrons ensuite le Quartier Métisseur, un tiers-lieu associatif à Lamure-sur-Azergues, créé en 2016 par des habitants soucieux de recréer du lien social et d’offrir des possibilités d’installation à des artisans.

Nous ne sommes pas là par hasard…. Il y a un salon des vins nature et une bénévole nous fait visiter tout le lieu et notamment la toute nouvelle brasserie (les bons produits ne restent jamais loin d’un.e bon.ne géothécaire 😉 )

Nous rentrons ensuite chacun.e dans nos pénates, pleins de ces nouvelles observations et moments passés ensemble pour épanouir et cultiver toujours plus notre curiosité géographique !

Quand les cartes deviennent des œuvres d’art: les fictions cartographiques de Kobri.

Introduction: Dans cet article, l’artiste Kobri, cartographe de l’imaginaire, nous présente quelques unes ses œuvres et l’influence de la géographie dans son travail. Vous pouvez trouver d’autres cartes sur son site internet : https://katokobri.worpress.com. Bonne exploration !

Avertissement : le travail présenté ci-dessous n’est pas un travail scientifique; toute ressemblance avec des fleuves ou montagnes existants serait purement fortuite.

Il y a quelques années, j’ai commencé à dessiner mes propres cartes, et à m’en servir comme supports pour formaliser des lectures du monde. Je suis parti de l’idée qu’une carte peut raconter une infinité de choses vues, vécues, racontées, comprises et surtout peut-être, incomprises. Elles tentent d’exposer des faits, de développer des histoires, de fixer des mémoires, en détournant les lignes, les contours, les toponymies. Elles parlent aussi bien de la crise des réfugiés en Syrie, que du sentiment de procrastination, de la généalogie d’un club de foot ou encore des tubes des années 80.

Je réalise ces cartes à la main (crayons de couleur, feutre, plus généralement à l’aquarelle), et elles sont donc par nature fausses, géométriquement suspectes. Elles obéissent à quatre exigence ou besoins impérieux (dessiner, fouiller, inventer, raconter) que je placerai sous la bienveillance tutélaire de quelques personnages fameux.

« La géographie, ça sert d’abord à faire du coloriage »

  • Ainsi s’exprimait Yves Lowcost en 1976 dans son retentissant « Taille-crayon et Géolocalisation ». Il y a d’abord le plaisir de s’emparer du crayon, du feutre ou du pinceau pour redessiner les contours du monde, sans se formaliser de l’exactitude absolue qui par bonheur n’existe pas en cartographie, mais au moins trouver le bon dégradé pour signaler un canyon ou le passage du désert à la savane. La plupart de mes cartes sont des cartes du relief et/ou du couvert végétal, pour des raisons esthétiques et pour le plaisir de suivre au pinceau un trait de côte, de former une chaîne de montagne et le creusement d’une vallée… Le travail à la main, avec toutes ses imprécisions, ses tremblements, ses ratures minuscules, permet de s’approprier ces espaces, planisphères, régions d’Afrique centrale et autres fjord du Groenland, dont je peux ensuite faire ce que je veux.

« Un autre monde est probable »

  • Suivant l’intuition du Sous-Commandant Al-Idrisi, mes cartes me servent à fouiller un sujet, d’actualité ou personnel (souvent les deux, car cette actualité touche nos vies, en l’effleurant seulement, la bousculant parfois). Comment se répartissent les tueries de masse sur le territoire des États-Unis, et quels critères d’explication trouver ? À quoi ressemblera le Groenland dans un siècle, après une fonte totale de l’inlandsis ? À quoi ressemble ma Californie, c’est à dire un territoire où je n’ai jamais mis les pieds mais que mes lectures romanesques ont peuplées d’images, d’histoires et de personnages ? L’idée part toujours du dessin, de la couleur d’un territoire dans lequel s’absorber, en orbite satellite autour d’un atlas.

« Le croissant fertile se trouve entre l’Égypte et la Maison Pothamy »

  • (Naïm C., 2015). L’imaginaire de mes cartes doit énormément aux élèves du collège Aimé C. dont les inventions toponymiques construisent des mondes parallèles; elles s’alimentent aussi  des lapsus quotidiens, des approximations journalistiques, sans parler du champ immense de la dyslexicologie. Dans un monde où tout va de plus en plus vite, même le trivial poursuit, le Cap d’Agde devient vite la capitale de l’Irak. Les noms de lieux qui nous entourent, tous nos toponymes, ont une durée de vie; beaucoup n’avaient aucun sens il y a une centaine d’années et n’en auront probablement plus dans dans le même laps de temps en direction du futur; ces noms se mélangent se confondent, dans le flot de l’actualité et de notre géographie personnelle du monde. Au printemps 2019, Notre Dame de Paris est en feu, tandis que plusieurs cyclones frappent les populations du Mozambique et on peut retrouver ces deux événement sur une même carte de compassion – et d’absence de compassion.
  • « On peut cartographier de tout, mais pas avec n’importe qui. » (Galileo Galilei, 1615). Si des analphabètes en armure ont décidé de nommer des pays entiers au XVIème siècle, rien ne nous interdit d’envisager de les changer, transformer, travestir. De faire coexister sur de  nouvelles cartes, des lieux, des informations, des souvenirs, des associations d’idées et des inventions, au gré des événements planétaires ou des souvenirs intimes; fixer des faits avec une volonté encyclopédique, mais aussi des mémoires que le temps emporte inexorablement; fabriquer ses propres cartes du monde et de proposer des clés de lecture, pour être moins dépendant de celles qui s’imposent à nous quotidiennement.

Les cartes présentées ici font partie d’une série en cours (modèles 20X20 cm, aquarelle, toponymie à la main puis sous Inkscape, échelle 1/5 000 0000 ou 1/6 000 000). L’objectif est de représenter un territoire et son relief, support de fouille d’une thématique d’actualité, d’un imaginaire associé, d’un impératif mémoriel. L’ambition serait d’en faire un atlas, où chaque territoire est associé à un thème différent. D’autres séries et types de cartes sont visibles sur mon site https://katokobri.worpress.com .

« Combien de réfugiés français dans les pays voisins ? », mars 2018.
Pour cette carte réalisée au moment de l’offensive du régime syrien sur la Ghouta orientale, j’ai imaginé le nombre de réfugiés que provoquerait un conflit tel que celui qui dure depuis 9 ans en Syrie pour un pays comme la France (au prorata de la population déplacée dans les pays voisins).


« Dysrak », mars 2018.
Une carte dyslexique de l’Irak, initiée par les lapsus, associations d’idées, dyslexies quotidiennes.  


« Notre Dame du Mozambique « , avril 2019.
Plusieurs cyclones ravagent le Mozambique et provoquent des centaines de milliers de sans-abris. En France, une vieille église brûle.


« Groenland 2119 », mai 2019.
Une carte qui extrapole, imagine un Groenland après la fonte de l’inlandsis.


« Californie Fictions », juin 2019.
Une carte de la Californie des romans. C’est un choix personnel, sans volonté d’exhaustivité mais qui a construit ma vision de ce territoire où je ne suis jamais allé.


« Egypte, une carte géolexicale de poche », janvier 2020.
Il y a longtemps, j’ai passé deux ans à enseigner en Egypte; cette carte expérimentale a pour objectif principal de fixer le vocabulaire plus ou moins utile de mon quotidien: nombre de mots évidemment contraints par la taille de la carte.

Depuis le début du confinement je me suis lancé le pari de faire une carte par jour, en format 10X25, relatant mon rapport à cette situation et les échos de l’actualité qui nous parvient. Il y en a 20, 20 versions différentes de ces jours immobiles; j’ai fini par arriver au bout de mon papier aquarelle 10X25. Je continue maintenant sur des formats A4, en essayant de constituer un atlas transconfinental, improvisé et évolutif.

A voir sur https://katokobri.worpress.com !

Des fiches pratiques pour aborder les parcours des réfugiés et des déplacés avec les élèves.

Avec l’aide de la géographe Bénédicte Tratnjek, la Géothèque vous propose deux fiches pratiques sur le thème des migrations et plus spécifiquement le cas des déplacés et des réfugiés.

  • La première fiche concerne les territoires de l’accueil et peut être utile pour aider les élèves à aborder les migrations sous l’angle des parcours individuels.
  • La deuxième propose une mise au point de ces notions à travers le cas de la ville d’Abéché au Tchad.

Ces fiches peuvent être utiles notamment dans le cadre du programme de 4e.