Ville et développement durable à Nairobi

Le Parc National de Nairobi. A l'arrière, la skyline du CBD. Photographie Le Monde / Phil Moore

Le Parc National de Nairobi. A l’arrière, la skyline du CBD. Photographie Phil Moore / Le Monde

 

 

Un récent article d’Audrey Garric, paru dans Le Monde, offre un bon exemple de conflit d’usage pour un espace protégé. Il s’inscrit au cœur des problématiques étudiées en histoire-géographie en classe de 2nde. Un conflit d’usage est, en géographie, une tension entre plusieurs acteurs spatiaux qui cherchent à utiliser la même ressource ou le même espace, ces utilisations étant contradictoires. Ici, l’existence d’un Parc National protégé aux portes d’une ville, est fragilisée à la fois par les pollutions d’origine urbaine et par la pression urbaine. L’habitat informel, l’autre nom des bidonvilles (slums en anglais), autoconstruit et par définition illégal, tend à se développer dans les interstices et les marges urbaines. La progression de l’habitat informel ne touche pas le parc, mais réduit l’espace disponible autour de la ville : la zone protégée est de plus en plus considérée comme une réserve foncière. Les autorités kényanes ont déjà autorisé la construction d’infrastructures routières et ferroviaires à l’intérieur des limites du parc.

L’article d’Audrey Garric illustre les enjeux du développement durable dans les villes du Sud. La rapidité de l’urbanisation (Nairobi, 3 millions d’habitants en 2009, a été fondée en 1899) entraîne une forte artificialisation des surfaces agricoles (ici plutôt pastorales) et naturelles. Il s’agit aussi d’une urbanisation de très faible densité à l’exception du CBD (dont la disposition conforme ici au modèle théorique de la ville africaine tel qu’on l’enseignait il y a dix ans, ci-dessous).

Nathan 2006 skyline ville africaine

Le modèle de la ville africaine, Manuel de géographie de Seconde, Nathan, 2006

La périurbanisation s’étend presque à l’infini autour de Nairobi, et même l’espace rural, pastoral et parcouru par les itinéraires migratoires des grands mammifères, est mité par l’habitat. Ce mitage pose problème aux circulations animales, qu’il s’agisse des troupeaux des bergers Massaïs ou de la faune sauvage. La présence de cette faune sauvage n’est pas seulement un enjeu écologique mais aussi économique : elle attire des flux touristiques nombreux, en particulier si près d’une si grande métropole africaine. Lorsque le tourisme dépend de la nature, la disneylandisation de cette dernière n’est jamais loin. Ce mot de Sylvie Brunel décrit la mise en tourisme d’un espace s’appuyant sur une mise en scène destinée à offrir au public les images qu’il a en tête et qui correspondent au cliché, ou au folklore, plutôt qu’à la réalité. Les problèmes d’eau sont aussi à noter à cette latitude où la saison sèche est longue : de nombreuses piscines privées sont visibles dans la banlieue aisée sur les vues aériennes. Les questions environnementales et économiques sont profondément imbriquées aux problèmes sociaux. La présence d’un habitat informel, dont les autorités tiennent compte face au fait accompli, rappelle que 46% des Kényans vivent sous le seuil de pauvreté, et que la prévalence du SIDA chez les 15-49 ans y est de 7,8%, d’après l’UNICEF.

J’ai eu envie après lecture de cet article de réaliser une carte de synthèse présentant la situation à Nairobi. L’idée est de réutiliser le vocabulaire appris en classe de 6e (bidonville ou habitat informel, CBD, périurbanisation) en développant les problématiques des programmes du lycée : pression urbaine, densité du bâti, explosion urbaine des villes du Sud et difficulté à mettre en œuvre, sinon une ville intelligente, au moins une ville durable.

Nairobi

A lire : Audrey Garric, « Au Kenya, le parc national de Nairobi au bord de l’asphyxie », Le Monde, 07/02/2015, cliquez ici.

Cartes du site de la Confluence à Lyon

ConfluenceConfluence en 1914Ces deux cartes, réalisées à la demande d’un professeur de collège, pourront par exemple dépanner des enseignants souhaitant travailler avec leurs élèves sur le site de la Confluence à Lyon.

La juxtaposition avec la carte de 1914 montre bien le basculement qui s’est opéré en un siècle (un pas de temps un peu long pour l’analyse des faits urbains mais j’ai été un peu contraint par la documentation). La Confluence de 1914 est l’espace de la relégation urbaine, on peut parler d’exurbanisation pour ce phénomène consistant à reléguer sur les marges urbaines les structures consommatrices d’espaces (gare, arsenal) ou productrices de nuisances (prison, usine à gaz), et souvent les deux. C’est aussi bien sûr l’espace de la relégation sociale (prolétaires, détenus), et pour beaucoup le quartier de Perrache évoque encore aujourd’hui une prostitution mal cachée. En 2014 à l’inverse la dynamique est celle de la création d’une nouvelle centralité et ce terme revient souvent dans les documents produits par les acteurs publics et privés. La séparation nette des usages a fait son temps et l’enjeu n’est plus de produire de l’urbain mais de créer de la ville, c’est à dire un espace de mixité et de densité. Le vert étant à l’ordre du jour, cela ne va pas sans la création de nombreux parcs urbains. On voit en effet que la confluence n’est plus une marge urbaine, le bâti a gagné du terrain partout autour. Enfin, le siècle écoulé a été celui d’une transition économique entre une France vouée à l’industrie, et aujourd’hui le rôle prépondérant accordé aux fonctions commerciales, culturelles et de loisirs.

Le développement durable, en tant qu’objectif, est également présent sur la carte de 2014, avec ses trois piliers (social, environnemental et économique), mais également dans une dimension plus actuelle intégrant un quatrième pilier culturel.

Voici les versions Noir et Blanc pour photocopies :

Confluence1914-NBConfluence-NB

La démocratie participative en une image

democratie participative

Résultat du vote sur le budget participatif de Paris publié sur Facebook par Anne Hidalgo, saisie d’écran, septembre 2014.

Les programmes d’histoire-géographie et d’éducation civique incitent à s’intéresser à la démocratie locale et à ses nouvelles formes d’expression. Les documents proposés par les manuels scolaires sont parfois peu satisfaisants. Cette image m’a intéressé car elle montre deux aspects de la démocratie participative, emboîtés : la participation directe des citoyens à la prise de décision, et la communication directe des élus par les réseaux sociaux.

Le document montre la participation des citoyens, via internet, à une partie de la prise de décision à l’échelle locale. L’initiative porte le nom de « Budget participatif » et le logo de la Mairie de Paris. Le contenu des proposition vise clairement les jeunes, considérés comme des utilisateurs massif d’internet mais dépolitisés et absentionnistes. La charte graphique vivement colorée confirme cette cible. Le contenu des proposition reflète aussi les préoccupations des urbains de centre-ville, en particulier les étudiants et les jeunes actifs avec enfants. (catégorie très imparfaitement recouverte par le galvaudé « bobo »). On peut nuancer l’aspect participatif en comparant les initiatives au budget total (2 millions d’euros représentent 0,03% des dépenses annuelles de la ville qui dépassent les 6 milliards), et en comparant la participation (40 000) à la population électorale parisienne (1,3 million d’électeurs inscrits) soit 3% de participation…

Le deuxième aspect est la communication directe des élus avec leurs administrés, via les réseaux sociaux. Il s’agit ici d’Anne Hidalgo, élue socialiste ayant remporté les municipales de 2014. La saisie d’écran permet de se référer à l’univers, familier pour les élèves, d’un célèbre réseau social. Le nombre de personne qui jaiment* et le nombre de partages ont une signification pour eux (et peut de nouveau être rapporté à la population parisienne, 2 millions d’habitants). De même, ils peuvent s’interroger sur la réelle portée du message : les électeurs de droite sont-ils amis avec Anne Hidalgo sur les réseaux sociaux ? Et les électeurs dépolitisés ? On peut supposer que ce sont d’abord les sympathisants qui seront touchés par le message.

Ce document permet donc d’apporter un regard critique sur la démocratie participative, c’est-à-dire d’en souligner les points positifs, tout en relevant les limites.

*Le verbe jaimer se conjugue à tous les temps et modes : Il se félicitait que tant d’internautes jaimassent la page de son idole.

 

 

 

A l’Est, des villes américaines contrastées

Publiée à l’origine dans l’article consacré à Charlotte et au travail d’animation vidéo de Rob Carter, nous isolons ici, pour un usage libre, une version décontextualisée de la carte sur le dynamisme démographique des villes de l’Est des États-Unis. Pour rappel, nous nous étions intéressés à l’échelle des municipalités pour coller au plus près du sujet des fonctions métropolitaines traité dans le cas de Charlotte. Le périmètre de la population communale reste donc le cadre statistique utilisé ici, en y ajoutant une représentation de la population des aires métropolitaines ; façon d’appréhender rapidement le poids de la suburbanization dans les régions métropolitaines américaines (voir notamment Miami).

Faudrait pas froisser Charlotte

Pour ceux qui comme moi ont d’abord connu Charlotte par son équipe de basket, et feu le petit frelon bleu des Charlotte-Hornets, force est de constater qu’aujourd’hui encore ça bourdonne pas mal dans la plus grande ville de Caroline du Nord [1]: la croissance démographique y est de manière continue l’une des plus forte des États-Unis (réf. United States Census Bureau [2]) et son développement urbain semble frénétique. C’est cet aspect urbanistique que le travail d’animation-vidéo de Rob Carter traite de manière pédagogique et engagée. En permettant au spectateur de suivre en 9 minutes une histoire abrégée de la ville (à travers un processus de narration original mettant en mouvement des images aériennes de la ville), l’artiste fait revivre les strates de l’histoire urbaine de Charlotte, pour recréer le paysage de l’expansion d’une métropole américaine, jusqu’à son dénouement apocalyptique.

Lien Vidéo. Metropolis by Rob Carter – Last 3 minutes from Rob Carter on Vimeo.

L’intégralité de la vidéo est consultable sur le site internet de l’artiste.

http://www.robcarter.net/Vid_Metropolis.html

Tectonique des plaques urbaines à Charlotte

Vue dans le cadre de l’exposition « Rêves d’Icare » au centre Pompidou-Metz, qui traitait de l’influence de la vue aérienne sur la perception que les artistes ont du monde [3], l’animation de Rob Carter fait commencer l’histoire de la ville à partir des années 1750, sur un chemin forestier du territoire des indiens de Catawba [4] où l’on assiste à la construction de la première maison de colons (ce que ne renieraient pas les fans de Civilization…). De là, nous voyons la ville se développer avec dans un premier temps la prospérité de la ruée vers l’or, puis l’émergence d’une multitude d’églises (ce qui a rendu la ville célèbre), et enfin la naissance des infrastructures d’une ville moderne. Le film s’attarde alors tout particulièrement sur les effets du boom économique des 20 dernières années sur l’architecture urbaine, avant d’envisager sa chute.

Une dynamique qui fait exception à l’échelle de l’Est Américain

Avant de s’attarder sur cette aventure urbanistique qui suscite de nombreuses interrogations sur les modalités sociales et environnementales du développement d’une métropole, il faut noter que le cas de Charlotte retenu par Rob Carter fait exception à l’échelle américaine. La ville est située à la limite Nord-Est de la fameuse Sun-Belt américaine (notion dont on a déjà discuté ici), dans un territoire que les prospectivistes américains [5] nomment la “megaregion“ de “Piedmont Atlantic“ (pour former une espèce de grande conurbation avec la ville d’Atlanta) dans le cadre du programme « America 2050″, outil de planification régionale, qui publie cette carte de l’organisation de l’espace américain en 2050. Mais dans cette dynamique métropolitaine, Charlotte connait un destin particulier, qui fait d’elle l’une des villes les plus dynamiques des États-Unis aujourd’hui ; et ce principalement en raison de l’afflux continu d’établissements bancaires (« Bank of America », la deuxième banque des États-Unis, y a notamment installé son siège social). Devenue un centre névralgique de la finance américaine, au point d’être considérée comme le centre bancaire le plus important derrière New York City, Charlotte, carrefour commercial du Centre-Est américain, attire continuellement de nouvelles populations, au point que l’on observe un retour des habitants qui partaient s’installer en Floride [6] – parfois désabusés par les risques climatiques de la péninsule floridienne [7]).

En dépit du climat économique actuel, Charlotte connait ainsi une expansion urbanistique et démographique exceptionnellement rapide que l’artiste a entreprit de représenter en se focalisant sur les transformations du centre-ville.  C’est pourquoi notre attention s’est ici portée sur la population des municipalités plutôt que sur les aires métropolitaines (metropolitan area) : dans le cas de Charlotte, son aire métropolitaine englobe une population de 2.296.000 habitants. Ce choix a alors tendance à minorer la place de certaines agglomérations comme Miami par exemple (5.565.000 habitants à l’échelle métropolitaine contre 399.000 à l’échelle de la municipalité), mais il permet de coller au plus près des dynamiques spatiales observées par Rob Carter avec l’émergence de nouvelles fonctions urbaines métropolitaines dans les centres-villes.

D’une problématique d’expansion urbaine à une critique de l’économie urbaine

Ainsi, Rob Carter ne traite pas dans son travail d’une problématique d’expansion urbaine, bien connue dans le cas de la ville de Las Vegas par exemple [8], avec son Gif animé [9] qui a fait le tour des réseaux sociaux (voir notre site facebook), ses images aériennes de lotissements, ou celles d’Alex MacLean et notamment ce parcours de Golf en plein désert du Nevada. Ces images spectaculaires illustrent et attirent l’attention sur l’impact de l’urbanisation dans un contexte de pénurie d’eau décrit dans de nombreux articles [10]. Ces problématiques existent aussi à Charlotte (même si les images d’expansion sur le gif de notre fabrication sont moins probantes qu’à Las Vegas…), et là aussi l’enjeu est à la maitrise de ses zones périphériques devenues l’espace préférentiel d’installation des nouvelles populations [11]. Cependant Rob Carter traite principalement dans sa vidéo des changements qui affectent le centre-ville d’une cité qui assume pleinement son épanouissement capitalistique [12].

Une critique de la métropolisation financière

Rob Carter montre en effet l’apparition successive des fonctions dites « métropolitaines » dans l’espace urbain de Charlotte. L’animation représente ainsi l’émergence de ce nouveau centre-ville de « Metropolis » soumis aux caprices du marché international et à l’intérêt des grandes entreprises qui choisissent d’y faire des affaires. Mais sa réalisation à partir d’images imprimées sur papier suggère la fragilité de ce rêve urbanistique, à travers une vision déshumanisée et mercantile d’un centre-ville devenu une allégorie de « Sim-city ». Cela n’est pas sans nous interpeler, car si l’on peut lire que Charlotte est une « ville à vivre » [13], la première approche que l’on peut en avoir est celle d’une énième métropole mondiale avec ses attributs à promouvoir comme dans tout bon exercice de marketing territorial (tels qu’ils apparaissent avec une recherche image sur Wikipedia Communs) : une sky-line d’immeubles d’affaire, une rue déshumanisée et sécuritaire, une université reconnue et attractive, un équipement de loisirs pour divertir la population, un musée d’art contemporain pour ne pas rater le tournant de l’économie culturelle…

La mondialisation des images urbaines

Cette vision marketing de l’urbanité et finalement arrogante du développement urbain n’échappe pas au regard critique de l’artiste qui finit sa vidéo dans un futur imaginé où les gratte-ciels et les centres sportifs finissent par étouffer la ville… On retiendra donc que mieux qu’un gif animé, l’animation artistique des images aériennes permet de nous interroger sur la place du développement durable et humain dans le cadre de la métropolisation frénétique d’un centre-ville.  D’où ma question : après avoir détourné les lolcats pour faire des .gif de la croissance urbaine, le géographe va-t-il bientôt intégrer l’animation-vidéo-papier à sa palette d’outils… ? A suivre…

 


[1] Et non pas capitale, puisque c’est Raleigh le pôle administratif de cet État.

[4] voir l’histoire de la ville ici : http://www.cmhpf.org/educhargrowth.htm

[5] The emerging megaregions : 11 mégalopoles, nommées « megaregions » se dessinent sur plusieurs États et relient en réseau les régions métropolitaines. Une des ambitions de cette étude est de pousser à la construction d’infrastructures ferroviaires à grande vitesse à l’intérieur des mégalopoles. http://www.america2050.org/content/megaregions.html

[6] Also contributing to the area’s growth is the « half-back » phenomenon. North Carolina receives a large number of former Northerners who first retire to Florida, but later decide to leave the state”. Source : http://plancharlotte.org/story/urban-growth-rural-population-loss-nc-sc-2011

[7] « They get hit by their second or third hurricane and they move halfway back to their old homes »  said Morgan”. Source : http://plancharlotte.org/story/urban-growth-rural-population-loss-nc-sc-2011

[8] 580.000 habitants dans une aire métropolitaine de 2 millions d’habitants qui a connu une croissance démographique similaire à Charlotte entre 1990 et 2010 (+120%).

[13] http://www.villes.co/etats-unis/ville_charlotte_28201.html

 

Zabriskie Point : la périurbanisation à Los Angeles en 1970

L’invité de la Géothèque : Benjamin Fauré, du site La Kinopithèque, qui traite régulièrement des relations en la géographie et le cinéma.

Dans Zabriskie Point, que Michelangelo Antonioni réalise en 1970, L.A. apparaît comme une métropole moderne, industrielle et ultra-sécuritaire (froideur des lignes urbaines, présence policière, agents de sécurité et caméras de surveillance). A travers ces thèmes, il est difficile de ne pas penser au célèbre essai de Mike Davis, City of Quartz (1990). Avec force détails, le sociologue urbain consacre tout un chapitre, « La forteresse L. A. », à l’inflation sécuritaire qui renforce selon lui les ségrégations raciale, sociale et spatiale. Le rapport que Zabriskie Point entretient avec City of Quartzest d’autant plus évident quand Antonioni étend sa critique à la consommation de masse qui génère tout l’artifice des paysages urbains (les panneaux publicitaires géants qui, de leurs sourires peints et de leurs slogans colorés, écrasent la rue et les passants), ou davantage encore quand il installe les promoteurs immobiliers, ceux que Davis nomment « la nouvelle pieuvre », à la tête de l’économie de la ville.

Dans le film, Rod Taylor est entrepreneur dans l’immobilier. Du haut de ses bureaux en plein Downtown, il supervise le développement urbain et les extensions périphériques de la métropole californienne : il s’agit de construire et d’aménager surtout pour les familles modèles des classes moyennes blanches et à cette fin de vendre du rêve au milieu du désert (« Pourquoi respirer l’air pollué de la ville quand vous pouvez enchanter votre vie avec « Les dunes ensoleillées Relax ». Jouer au tennis sur l’herbe couleur émeraude… »). Antonioni saisit cet affairiste en contre-plongée et n’oublie pas de placer dans quelques plans significatifs une bannière étoilée au-dessus de son épaule. Par ailleurs, à travers les dialogues, une série de plans et de cartes quadrillant le territoire, quelques images de la ville ouvrant l’horizon sur une extension infinie des suburbs, le film retranscrit bien la fièvre économique et immobilière que connaît L. A. à l’époque.

A travers l’urbanisation monstre de Los Angeles, Antonioni critique ainsi toute la société américaine des années 1960-1970, sa violence et sa démesure. Mais, en dehors de ces aspects géographiques et sociaux, le film s’intéresse aussi au mythe américain qui a un temps attiré le réalisateur italien. A ce propos, une comparaison est faite avec Paris, Texas de Wim Wenders (1984) qui explore à son tour le mythe, quoique dans un contexte différent : même fascination pour les grands espaces, pour le rapport entretenu par les hommes avec le territoire… Pourtant, alors que l’histoire racontée par Wenders n’est qu’intimité, Antonioni, lui, s’intéresse à la société en son entier, à son devenir et à la possibilité réelle ou imaginaire de la fuir.

Article à lire dans sa version complète sur La Kinopithèque :

http://www.kinopitheque.net/zabriskie-point/

l’arbre de la géographie française

arbre de la geographie

Cliquez pour accéder à la version géante

Cet arbre est le fruit d’un travail réalisé par François Arnal avec ses élèves de CPGE, et d’un joyeux remue-méninges à partir de cette base, le tout mis en forme par votre serviteur. Il s’agit de représenter de façon synthétique et aussi didactique que possible le foisonnement de la géographie francophone depuis un siècle. La taille de l’image est volontairement grande pour permettre au lecteur d’adopter une lecture arboricole, et de sauter de branche en branche. Il s’agit d’une version non-définitive, probablement appelée à être modifiée. Vous trouverez certainement des imperfections, vous aurez envie de scier quelques branches, ou de multiplier les greffons : nous avons fait au mieux pour ne pas trop alourdir le feuillage et pour sélectionner avec attention chaque branche et chaque feuille. Si vous trouvez des erreurs flagrantes… Écrivez-nous !

La Kinopithèque, du cinéma et de la géographie

Blog invité
SPRAWL
VAMPIRIQUE ET BANLIEUE PAVILLONNAIRE A LAS VEGAS


David Hockney, A lawn being sprinkled, 1967, Collection privée, Los Angeles.

La peinture A lawn being sprinkled de David Hockney inspire un contrôle parfait de l’espace. La pelouse, la villa, la palissade sont des rectangles de différentes tailles distribués comme sur une œuvre de Mondrian. Ni cascade, ni flaque, l’eau expulsée du système d’arrosage automatique est un élément maîtrisé. Hockney peint ces jets d’eau sous la forme de huit triangles isocèles, pointe en bas, qui régulièrement répartis sur un plan-pelouse créent la profondeur. Malgré le ciel bleu et l’arrosage, le tableau peine à donner une impression d’humidité ou de fraîcheur. Les seuls éléments « naturels » sont deux plantes et deux arbres [3] aux formes complémentaires qui ont été placées au fond de la composition. Ainsi proportionnés et répartis, ces pauvres végétaux paraissent fragiles au milieu de la structure géométrique qui s’impose, les accule (contre la maison) ou les coupe (derrière la palissade). Pas d’horizon, rien d’immense, l’espace circonscrit est à taille humaine comme une maison avec jardin. L’impression de contrôle de l’espace est accentué par le cadre de la toile, un carré qui enferme l’ensemble, ciel y compris. Les couleurs utilisées sont attendues : vert-pelouse, bleu-ciel, gris-béton. Tout est familier. Rien qui n’échappe à celui qui observe le paysage, ni qui puisse le perturber. Pas une mauvaise herbe, pas un nuage, pas un intrus. Tout est donc sous contrôle, rassure et place le spectateur en sécurité. Cette sécurité n’implique cependant pas pour autant le confort. Le lieu (peut-être la cellule privative d’une gated community), aussi propre et sécurisé soit-il, ne donne pas nécessairement envie de s’y installer.

(… Lire la suite sur : http://www.kinopitheque.net)

Géographie urbaine

Centre historique : Espace compris à l’intérieur des anciens remparts.

1 : Les remparts ont été détruits pour construire un boulevard périphérique.

Faubourgs industriels : Extension de la ville à l’époque industrielle, avec le développement des chemins de fer.

2 : Cimetières construits à l’extérieur du centre historique par manque de place. Ancienne usine (1ere industrialisation), désaffectée, ou affectée à un nouvel usage (musée par exemple).

Banlieues : Extension de la ville depuis l’époque industrielle, jusqu’aux périphéries actuelles plus lointaines. La densité du bâti diminue progressivement vers l’extérieur.

3 : Quartier d’affaires. Immeubles de bureaux.

4 : Grands ensembles. Habitat collectif construit après la 2nde guerre mondiale pour reloger la population. Quartiers parfois en crise sociale et économique suite au départ des classes moyennes.

5 : Habitat pavillonnaire. Le plus important en superficie, il s’est surtout développé après 1960, avec le rêve de la propriété individuelle pour les classes moyennes.

6 : Zone d’activité. Entreprises industrielles et de services de l’époque post-industrielle, installées à proximité de l’autoroute (en France, le camion a remplacé le train pour le fret au XXe siècle). Très grands centres commerciaux en périphérie lointaine.

Espace périurbain : Transition entre l’espace urbain et l’espace rural, c’est une campagne en cours d’urbanisation.

: Village. Parfois, l’urbanisation absorbe ces anciens centres de peuplement.

8 : Nouveau lotissement. Construction de maisons individuelles. Lotir signifie partager une parcelle en plusieurs lots constructibles, vendus séparément.

: Mitage. L’espace rural est parsemé de construction nouvelles.

Espace rural : Inclut l’ensemble des communes non urbaines.

10 : L’agriculture et l’élevage sont l’une des activités de l’espace rural, mais pas seulement : certaines campagnes sont industrielles, touristiques, résidentielles …

 

Carte des espaces densément peuplés dans le monde

Outils cartographiques destinés aux enseignants et à leurs élèves, pour la classe de sixième (Où sont les Hommes sur la Terre) et les repères spatiaux du DNB (brevet).

Localisation des régions très densément peuplées, des foyers de population principaux et secondaires, et des dix mégapoles les plus peuplées du monde en 2010. Un diaporama à projeter en classe permet d’accompagner le travail des élèves.

NB : Les programmes officiels identifient comme une capacité à acquérir le fait de « localiser sur un planisphère les dix plus grandes métropoles mondiales. » Ici, le parti-pris de l’auteur est de localiser les mégapoles les plus peuplées. En effet, la partie étant consacrée au peuplement, de façon quantitative, il semble compliqué d’introduire la notion de métropole, qui est liée aux fonctions urbaines plus qu’à la population. Les principales métropoles mondiales pourront être localisées dans le chapitre consacré au fait urbain.

(Cartes libres de droits pour un usage en classe uniquement. Pour obtenir ces cartes sous un autre format, me contacter.)