Voir la ségrégation socio-spatiale autour d’un lotissement particulier

La périurbanisation prend souvent la forme de lotissements pavillonnaires denses, où la taille du terrain (on dit que la parcelle est lotie : divisée en plusieurs « lots ») reflète généralement son coût. Le lotissement est en effet une forme d’aménagement planifié, où chaque lot est viabilisé par un accès à l’eau, à l’électricité et à la route, puis vendu pour être construit. Jusqu’à récemment, les principes de mixité sociales ont rarement prévalu à l’aménagement des lotissements, et on peut au contraire avancer que les lotissements ont alimenté les mécanismes de ségrégation socio-spatiale (séparation des classes sociales dans l’espace). On observe par exemple souvent que l’installation des classes moyennes est postérieure à celle des classes aisées arrivées plus tôt dans les campagnes les plus proches des villes, créant ainsi des couronnes périurbaines socialement très différenciées. Mais l’historique du peuplement et l’éloignement n’expliquent pas à eux seuls le fort différentiel de prix d’accès au foncier des lotissements. Car la ségrégation est aussi le résultat d’une politique consciente et de stratégies résidentielles individuelles.

C’est notamment le cas sur cette photographie aérienne d’une partie du lotissement du Lys à proximité de la forêt de Chantilly. Il s’agit du plus ancien lotissement de l’Oise, dont l’aménagement a été planifié en 1924. Par son ampleur (1500 propriétaires sur 760 ha et 45 km de voies) et son aspect précurseur, le « Domaine du Lys-Chantilly » fait déjà figure d’exception ; mais c’est surtout par ses caractéristiques sociales que ce lotissement est « remarquable ». Certes, sa proximité avec Paris (36 km) explique en partie qu’il soit principalement occupé par des couples aisés issus des premiers mouvements d’installation en périphérie des villes, mais c’est surtout par son mode de gestion, proche des principes d’une gated community que ce lotissement illustre les inégalités sociales périurbaines.

S’il ne s’agit pas à proprement parlé d’une résidence fermée (son accès demeure libre), le domaine est surveillé en permanence par un service privé, financé par un mode d’administration particulier (une association des propriétaires qui a un statut d’établissement public administratif) permettant la « privatisation par un collectif » de cette large portion de forêt. Ses défenseurs louent la qualité environnementale du projet qui a, du fait de sa faible densité, limité l’impact de l’artificialisation sur le paysage. Mais avec des parcelles de 50 ares en moyenne, ce mode de vie à un prix que peu de personnes peuvent d’offrir.

Lamorlaye – Oise – Coordonnées géographiques : 49.158183 , 2.41652 – Source : Géoportail (tous droits réservés)