Voir une mer de vigne (et les mutations du paysage languedocien)

La vigne occupe traditionnellement une place importante dans la trilogie méditerranéenne (avec le blé et l’olivier). Mais dans la plaine sédimentaire du Languedoc, la viticulture a fait l’objet d’une véritable spécialisation au cours du XIXe siècle, qui a transformé le paysage de jardins en une véritable « mer de vigne » – on retrouve notamment cette expression dans les écrits du géographe Maximilien Sorre en 1907. Regroupés en coopératives (toujours visibles sur les cartes topographiques), les vignerons languedociens expédiaient alors leur production dans toute la France grâce au déploiement du chemin de fer.

Pendant longtemps, cette monoculture intensive (couplée à la production d’un vin de faible qualité) a occasionné plusieurs crises de surproduction, qui ont provoqué des effondrements des cours et de violentes révoltes. Les acteurs du vignoble languedocien ont alors restructuré leurs activités selon deux axes. Le premier consiste à produire moins dans une optique de diversification des productions : les vignes sont arrachées au profit d’autres cultures dans un modèle de type huerta (céréales et cultures fruitières et maraichères). Par endroit, les surfaces en vignes ont ainsi été divisées par deux entre 1945 et 2010 (Legouy 2014), occasionnant de profondes restructurations paysagères (Arnal 2013). La seconde option consistait à opérer un virage qualitatif en s’engageant dans une labellisation de la production : les producteurs se sont individualisés et ont cherché à obtenir des appellations (aujourd’hui, 85 % de la production languedocienne est sous AOP). Se faisant, malgré de profondes mutations, le vignoble languedocien donne aujourd’hui des signes de stabilisation, avec le maintien par endroit de ce paysage particulier qui illustre la mise en place d’un système productif agricole spécialisé.

Plaine du Languedoc – Hérault – Coordonnées géographiques : 43.499196 , 3.20509 – Source : Géoportail (tous droits réservés)