Voir un front de périurbanisation (et – ne pas voir – l’artificialisation de la forêt)

(Ou plutôt : « Ne pas voir un front de déforestation : voir erratum en fin d’article).

Article original : On peut définir la périurbanisation par « la construction de nouveaux bâtiments, notamment des logements, à l’extérieur des villes. La construction de lotissements pavillonnaires est caractéristique de l’espace périurbain et les périurbains sont les personnes qui vont habiter à l’extérieur de la ville tout en continuant d’y travailler » (source Bouron/Georges). C’est l’espace du logement individuel, de l’automobile et de la vie de famille (on peut voir la présence d’une école au centre, sur la bordure nord de la photo).

Ces aménagements planifiés peuvent comme ici prendre la forme d’une excroissance très dense en marge du territoire communal et grignoter les espaces forestiers traditionnellement en périphérie du finage. A la manière d’un front de déforestation, on peut ici penser que la dynamique périurbaine, dans son extension, forme un front de périurbanisation. Certes la proximité de la forêt constitue une aménité environnementale pour ces résidents en quête d’un meilleur cadre de vie. Mais cet exemple montre que l’enjeu central autour de la périurbanisation est celui de l’artificialisation des surfaces (changement d’occupation d’un sol qui perd ses qualités de milieu). En France, se sont ainsi 295.000 hectares de milieux « naturels » qui ont été artificialisés entre 2006 et 2010 (source).

Forêt domaniale de Haye – Villers-les-Nancy – Meurthe-et-Moselle – Coordonnées géographiques : 48.65273 , 6.111403 – Source : Géoportail (tous droits réservés)

ERRATUM

Grâce à la résonance de cette photo sur les réseaux sociaux, un lecteur attentif a relevé une erreur importante qui avait échappé à notre vigilance, et qui mérite une rectification. Par honnêteté nous avons laissé le billet dans sa version originale. Voici sa remarque :

La forme singulière de l’aménagement de cette zone pavillonnaire avait attiré notre attention, tant elle laissait penser à une opération planifiée d’étalement urbain de la commune de Villers, sur des terres défrichées au cœur de la forêt de Haye. Or, il s’agit en fait d’anciens terrains agricoles, et au contraire le périmètre forestier est demeuré parfaitement inchangé. Si la dynamique de périurbanisation reste la même, il ne faut donc pas parler de déforestation, mais plutôt d’artificialisation de terres cultivées ; le défrichage étant bien antérieur à la construction des pavillons. D’ailleurs, le toponyme aurait dû attirer notre attention : « Clairlieu » indique en effet l’idée de « lieu défriché » (Clarus Locus) ; et une recherche rapide (Wikipédia) nous apprend que ces terres labourées ont été défrichées par des moines cisterciens qui y avaient installé dès le 12ème siècle une abbaye. Cette dernière a été rasée à la révolution, mais les terrains ont été rattachés à la commune de Villers, et les terres sont restées cultivées jusqu’à l’aménagement du lotissement au début des années 1970.

La série de photographies aériennes qui suit, illustre cela (photos tirées de l’application Remonter le temps). On voit en 1946 l’emprise des terres cultivées, tandis que dès 1971 les aménagements du lotissement (mise en lot) apparaissent. En 1972 les premiers pavillons sont construits, et les photographies aériennes de 1976 et 1979 (en couleur) permettent de visualiser l’emprise définitive du bâti pavillonnaire. Comme le remarquait l’internaute, il est alors étonnant de remarquer l’extraordinaire maintien de la lisière de la forêt, qui est restée stable face aux dynamiques de défrichement agricole dans un premier temps, et de la périurbanisation dans un second temps. Se faisant, notre exemple est donc devenu un contre-exemple…

1946

1971

1972

1976

1979