Etonnantes superficies

Il est difficile de trouver un titre accrocheur pour une image portant sur la superficie de quelques circonscriptions administratives. Et pourtant, ces faits peuvent surprendre. On sait souvent qu’Arles est la plus grande commune de France métropolitaine, parce qu’elle comprend une grande partie de la Camargue, mais on oublie parfois que c’est Maripasoula qui détient le record absolu du territoire français. Cette commune de Guyane comprend une grande partie du principal massif forestier français : la Forêt amazonienne. Ses 7500 habitants lui donnent une densité exceptionnellement faible de 0,41 habitants par kilomètre carré. Si Arles est plus grand qu’un petit département comme le Territoire de Belfort, Maripasoula est plus grande qu’une région française comme la Corse ou le Limousin. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles cette dernière est vouée à la disparition, ou plutôt à la fusion, dans le courant de l’année 2015. Cette comparaison a aussi une vocation pédagogique : elle permet de se représenter plus facilement les superficies. On sait que les héros des romans de Zola ou Maupassant traversent Paris à pied ; les touristes d’aujourd’hui savent qu’il faut de bonnes chaussures : 10 kilomètres séparent la Porte Maillot et la Porte de Vincennes. Pour sillonner Arles, il est préférable de chevaucher l’un de ces chevaux blancs qui font la renommée du pays. C’est d’ailleurs le cheval qui a servi d’étalon (pardon) pour déterminer la taille des départements français. Ils ont été pensés, selon la vulgate, pour permettre aux citoyens d’accéder au chef-lieu depuis n’importe quelle localité en une journée de cheval. Cette règle a été peu ou prou respectée malgré quelques exceptions, et cela place aujourd’hui la préfecture à un peu plus d’une heure d’automobile des points les plus éloignés du département. Pour circuler à Maripasoula en revanche, la voiture ne sera que peu d’utilité puisqu’il n’y a pas d’autre voie terrestre pour s’y rendre que la piste qui la relie à sa voisine Papaichton (source Wikipédia). La commune est dotée d’un aérodrome et des liaisons sont assurées par Air Guyane vers Cayenne, Saint Laurent du Maroni, Grand Santi et Saül. La pirogue en revanche peut s’avérer utile pour circuler sur la Lawa, un affluent du Maroni, et même se rendre sur l’autre rive, au Suriname. Finalement, on peut rêver d’aventures, de frontières lointaines et de forêts luxuriantes, à partir d’une comparaison des superficies de quelques circonscriptions administratives.

Comparaison des superficies de plusieurs circonscriptions administratives : Maripasoula, le Limousin, l'Aube, Arles et Paris.

Comparaison des superficies de plusieurs circonscriptions administratives : Maripasoula, le Limousin, l’Aube, Arles et Paris.

PS : les suiveurs de la Géothèque sur Facebook avaient eu un avant goût de cette image, elle a été mise à jour depuis.

Les territoires ultra-marins français : ressources pour la classe

Mise à jour des planisphères de l’Outre-Mer français.

planisphère des territoires ultra-marins français

planisphère des territoires ultra-marins français (outre-mer) noir et blanc

planisphère des territoires ultra-marins français (outre-mer) muet

Après la fin des DOM TOM, des statuts juridiques variés et complexes.

D’un point de vue européen, ces territoires sont des RUP (Régions Ultra-Périphériques) ou des PTOM (Pays et Territoires d’Outre Mer). Mais la République Française, après des siècles de colonialisme et de centralisme, a tardivement cédé à ses territoires ultramarins l’autonomie relative qu’ils ont aujourd’hui. Le demi-siècle de décolonisation qui vient de s’achever a maintenu sous souveraineté française de nombreux territoires caractérisés par une très grande variétés de situation et de rapport à la métropole, et donc une variété de statuts juridiques. Trois voies se distinguent : certains territoires obtiennent plus d’intégration au sein de la République, tout en bénéficiant de la décentralisation des compétences de L’État vers les Collectivités : ce sont les DROM (Départements et Régions d’Outre-Mer). Mayotte en est un exemple puisque après avoir refusé de suivre les Comores vers l’indépendance, elle a obtenu la départementalisation. D’autres collectivités ont obtenu une large autonomie, et sans être souveraines, elles peuvent appliquer la coutume locale dans certains domaine au lieu du droit français. Il s’agit des COM (Collectivités d’Outre-Mer) par exemple de la Polynésie Française. Enfin, la troisième voie, qui est celle de l’hésitation entre l’autonomie et l’indépendance, est incarnée par la Nouvelle Calédonie. Le processus d’indépendance, en cours, est entre les mains de sa population.

Voir aussi notre carte de l’Europe et ses RUP

La démocratie participative en une image

democratie participative

Résultat du vote sur le budget participatif de Paris publié sur Facebook par Anne Hidalgo, saisie d’écran, septembre 2014.

Les programmes d’histoire-géographie et d’éducation civique incitent à s’intéresser à la démocratie locale et à ses nouvelles formes d’expression. Les documents proposés par les manuels scolaires sont parfois peu satisfaisants. Cette image m’a intéressé car elle montre deux aspects de la démocratie participative, emboîtés : la participation directe des citoyens à la prise de décision, et la communication directe des élus par les réseaux sociaux. Lire la suite

Les collectivités territoriales à l’heure des réformes

NB : Le sujet étant complexe et l’erreur étant humaine, si vous êtes un(e) spécialiste et que vous repérez une erreur ou une imprécision, n’hésitez pas à nous contacter pour nous le faire savoir !

Pendant des décennies, enseigner les collectivités territoriales hexagonales était simple : l’État jacobin concédait des compétences territoriales selon trois échelles allant du local au régional : trente-six mille communes, quatre-vingt-seize départements, et vingt-deux régions. Mais en réalité, les complications ne sont pas nouvelles. Les départements révolutionnaires ont été redécoupés (par exemple, le Rhône et Loire). Certains ont été ajoutés (le Territoire de Belfort…). En 1964, au mépris de la numérotation et au grand dam de nos grands-mères-qui-avaient-appris-leurs-départements, la Seine et la Seine-et-Oise ont été charcutées pour donner naissance aux célèbres 75, 78, 91, 92, 93, 94 et 95. Les régions, créées sous la IVe République, ont donné lieu à des découpages variés avant que la loi Defferre les érigeât en collectivités à part entière en 1982. (On se souvient du référendum sur la décentralisation en 1969, dont le rejet aboutit à la démission de De Gaulle et retarda la réforme.) A la même date, la Corse obtint un statut particulier qui la dota d’une assemblée élue au suffrage universel. Les 22 régions sont aujourd’hui jugées trop petites, pas par rapport à leurs homologues allemands comme on le dit parfois (certains länder sont minuscules) mais par rapport à une moyenne européenne. Il est prévu d’en faire fusionner certaines pour aboutir au chiffre de 13 régions, toujours en métropole. Lire la suite

France : carte électorale 2002-2008

Typologie électorale des régions françaises 2002-2008

COMMENTAIRE

Méthode

Il ne s’agit pas d’une carte statistique résultat d’un traitement automatique des données électorales. Cette carte est le fruit d’un travail empirique à partir des résultats de plusieurs élections, de 2002 à 2008. L’objectif était de dégager des grandes régions se distinguant par un profi électoral particulier. Les extrêmes sont accentués : dans le type méditerranéen, l’extrême droite n’obtient évidemment pas autant de voix que la droite de gouvernement. Mais dans la mesure où c’est là qu’elle obtient ses meilleurs scores, l’attention est portée à ce type de vote. La carte montre un véritable basculement politique des territoires français au début du XXIe siècle : l’Ouest, bastion traditionnel du conservatisme, ont basculé vers un vote progressif voire contestataire (Calvados), tandis que dans d’anciens bastions de la gauche, notamment du Parti Communiste, les électeurs se sont reportés sur l’extrême droite (Nord). La typologie est classée selon deux critères : d’une part l’éventail politique est décliné de gauche à droite, d’autre part les régions de l’Ouest sont à gauche (à l’exception de la Vendée), celles du centre au centre et celles de l’Est à droite.

Typologie détaillée

Deux départements Normands, le Calvados et la Seine-Maritime, présente un profil électoral comparable aux contreforts septentrionaux du Massif Central. Ce type surnommé Centre et Normandie donne une majorité à gauche et présente une percée de l’extrême gauche légèrement supérieure aux autres régions. Il s’agit d’un département industriel (la Seine Maritime) et de plusieurs départements ruraux. Si la percée de la gauche dans le Calvados, fief de la droite conservatrice, est récente, le Berry ou la Nièvre sont le théâtre d’affrontements entre élus locaux communistes et conservateurs depuis plus d’un siècle.

Un vaste composé de deux régions, Midi-Pyrénées et Limousin, et de plusieurs départements d’Aquitaine forme le type Sud-Ouest. Autrefois fief des radicaux de gauche où le gaullisme s’était bien implanté, ces régions ont montré à plusieurs occasions électorales qu’elles avaient franchement basculé à gauche depuis le changement de siècle. Il s’agit de régions faiblement industrialisées, de tradition prostante et anticléricale, et où le niveau d’études moyen est plus élevé qu’ailleurs. (Les plus forts taux de bacheliers pour une classe d’âge se trouvent, hors Ile de France, dans le Sud-Ouest).

Le type Béarno-Landais est très proche du précédent, avec une petite différence : en raison de ce que Michel Bussi appelle « l’effet d’amitié locale », François Bayrou y réalise ses meilleurs scores. La démocratie chrétienne tient donc ici une place importante derrière la gauche de gouvernement. En outre l’influence du catholicisme a peut-être moins reculé ici que dans les régions voisines.

Le type Centre-Ouest est à la fois le plus équilibré et le plus complexe à définir, sauf par l’absence des extrêmes. On y trouve à la fois des fiefs de la gauche (Ségolène Royal dans les Deux-Sèvres) et de la droite (François Fillon dans la Sarthe). Les principales villes sont partagés entre gauche, centre et droite. La droite y régresse cependant par un mouvement comparable à celui observé dans le Sud-Ouest, mais elle est relayée ici par un attachement aux partis du centre, qui bénéficie notamment au Modem.

Le « modèle breton » est assez proche du précédent. Cette région traditionnellement conservatrice et catholique a évolué depuis une certain temps vers un progressisme rural dans lequel la religion joue un certain rôle. La gauche s’y est bien implantée, et la démocratie chrétienne y obtient de bons scores. Cependant, plusieurs bastions du gaullisme s’y maintiennent autour de personnalités fortes. L’extrême gauche y obtient en outre des scores relativement élevés.

La capitale et plusieurs communes limitrophes sont regroupées dans le type Parisien : la gauche de gouvernement est majoritaire et les extrêmes y obtiennent des scores très faibles. A l’inverse, le vote écologiste y bat des records se traduisant par l’élection, à plusieurs reprises, de députés écologistes dans certaines circonscriptions (et d’une maire écologiste à Montreuil en 2008, Dominique Voynet).

Les départements occidentaux de l’Ile de France forment un bastion imprenable de la droite de gouvernement. Le programme de Nicolas Sarkozy a été reçu ici mieux que partout ailleurs ; en ajoutant à cela l’effet d’amitié locale, le maire de Neuilly a obtenu ici ses meilleurs scores à l’élection présidentielle. Le centre-droit et les écologistes y obtiennent de bons scores, le Parti Socialiste étant le grand perdant dans cette région.

L’Est de l’Ile de France a un profil plus proche du reste du Bassin Parisien, où, contrairement aux régions de l’Ouest, le vote gaulliste s’est maintenu vers la droite de gouvernement. La percée du FN y a été sensible en 2002, mais les électeurs sont revenus à la droite de gouvernement en 2007 (Présidentielles). Les élections législatives et municipales confirment cette mainmise (on peut citer le député-maire de Meaux, J-François Copé à Meaux ou Yves Jégo dans la troisième circonscription). Les verts y réalisent, comme dans toute l’Ile de France, un bon score, ce qui peut s’expliquer en partie par les préoccupations environnementales de citadins proches de la capitale.

Le Bassin Parisien et la Basse-Normandie ont des comportements électoraux comparables et, à ce titre, ont été rassemblés. André Sigfried n’aurait pas manqué de voir le rôle déterministe du relief dans cette grande vague bleue recouvrant le Bassin Parisien. En réalité, il est probable que les campagnes céréalières de la Champagne à la Beauce, ont un profil socio-économique comparable. Ces campagnes fidèles au gaullisme ont connu une percée du vote FN en 2002. Deux départements ruraux bas-normands, l’Orne et la Manche, ont le même profil. La Manche notamment, département conservateur depuis que les élections existent, continue de donner à la droite de gouvernement ses scores les plus élevés à presque chaque élection.

D’un profil très comparable au précédent, le type Auvergnat n’a cependant pas connu de percée du vote d’extrême droite en 2002. L’Auvergne reste une terre conservatrice, avec des bastions catholiques ruraux comme en Haute-Loire. L’Auvergne a donné à la France deux présidents de droite sous la Ve République (Pompidou et Giscard).

Le type Bourgnignon et Rhône-Alpin : Si les grandes villes sont acquises à la gauche (Dijon, Lyon, Saint-Etienne), la droite et le centre-droit sont ici bien implantés. Les Verts réalisent cependant un score légèrement supérieur à leur moyenne nationale. Comme dans la plupart des régions de l’Est, le FN y a fait une percée en 2002.

Les régions méditerranéennes sont depuis deux siècles des territoires complexes et contrastés au niveau politique. Le bonapartisme y a été plus massif qu’ailleurs. La provence catholique a jadis soutenu le royalisme, mais les montagnes protestantes sont longtemps restés des fiefs républicains. Le socialisme y a connu un succès durable. Aujourd’hui encore la fédération des Bouches-du-Rhône est l’une des principales du PS, sans parler du fief de l’indéboulonnable Georges Frêche à Montpellier. La Corse, enfin, est l’un des derniers bastions des radicaux de gauche (Emile Zuccarelli à Bastia par ex.). Toutefois, la région semble depuis plus d’une décennie avoir pour de bon basculé à droite. On se souvient des quatres municipalités ayant élu des maires d’extrême droite : Marignane, Orange, Toulon, Vitrolles, et du score impressionnant de l’extrême droite aux dernières élections. Dans cette région enfin, les pratiques électorales y sont parfois contestable, en raison d’un certain clientélisme, arrivant parfois à des extrémités comme à Perpignan en 2008 au profit de l’UMP.

L’Alsace et la Franche Comté présentent un profil électoral original. On y sent une influence européenne, dans les bons résultats de la démocratie chrétienne et des Verts, ce qui rapproche la région du fonctionnement électoral de l’Allemagne par exemple. Comme dans les autres régions de l’Est, l’extrême droite y réalise de bons scores. En Franche Comté on peut y voir un vote rural contestaire, alors en Alsace il s’agirait plutôt d’un vote identitaire, mais dans les deux cas cela dénote la xénophobie d’une partie de l’électorat. La droite de gouvernement reste solidement majoritaire dans ce type de région : l’Alsace est, avec la Corse, la seule région restée à droite aux régionales de 2004.

La Vendée offre un profil unique en France. Dans aucune autre région l’influence du catholicisme sur le comportement électoral ne reste si marquée. La démocratie chrétienne y obtient de bons scores, et il s’agit du bastion de l’extrême droite catholique, incarnée par le MPF de Philippe de Villiers. Il s’agit à la fois d’un effet d’amitié locale et d’une tradition électorale ancienne, remontant au moins à la Révolution Française.

Les régions du Nord-Est forment un vaste ensemble marqué par le vote contestataire. Les difficultés économiques, l’effondrement du modèle communiste, le repli identitaire, ont ouvert un boulevard aux idéologies les plus extrêmes. Le FN a été le principal bénéficiaire de ce retournement, mais l’extrême gauche y réalise aussi de bons scores. Les socialistes y gardent une solide implantation locale et quelques fiefs (Martine Aubry à Lille), de même que les héritiers du gaullisme en Lorraine.

Carte des régimes politiques dans le monde

COMMENTAIRE

Sources de la carte

Cette carte a été réalisée à partir d’une grande variété de sources dont les principales sont les suivantes. Aventure du Bout du monde est une association proposant un tourisme compatible avec le développement durable. Son site internet propose une liste des pays classés par ordre décroissant de respect de la démocratie et des droits de l’homme, à partir de plusieurs indicateurs. Revoltes.org publie une liste des pays appliquant encore la peine de mort et ceux qui l’ont abolie, notamment à partir des rapports d’Amnesty International. The Economist a proposé un indice de démocratie, en fonction duquel les pays sont classés ; ce classement est repris sur une page de l’encyclopédie en ligne Wikipedia.fr.

Explication de la typologie

Les démocraties fonctionnant normalement sont celles dans lesquelles tous les principes démocratiques sont respectés, où la peine de mort est abolie, et qui sont classées dans les 15 premières places du classement de The Economist.

Le second figuré (vert clair) concerne les pays pour lesquels il n’y aucun doute sur la nature du régime : il s’agit de démocraties. Cependant, ces pays doivent améliorer certains points pour correspondre parfaitement à la démocratie telle qu’elle a été définie par les philosophes et les théoriciens de la politique. Ces limites peuvent être la remise en cause des libertés individuelles et le maintien (ou retour) de la peine de mort (Etats-Unis), le manque d’alternance (Japon), la concentration des médias et leur collusion avec le pouvoir (Italie, France). De nombreux pays du Sud ont été classés dans cette catégorie alors que la démocratie peut y connaître des dysfonctionnements plus importants, avec un contexte violent pouvant parfois peser sur les élections (Inde, Colombie).

Les régimes démocratiques présentant de fortes irrégularités sont ceux dans lesquels le déroulement de la vie démocratique ne permet pas d’affirmer que les dirigeants sont réellement l’émanation de la souveraineté populaire. Le cas le plus fréquent est celui d’intimidation voire d’élimination des opposants au régime (Russie), ou de corruption généralisée entraînant un fort clientélisme. Dans des Etats comme le Vénézuela ou Madagascar, la dérive du pouvoir personnel est telle qu’on peut difficilement parler de démocratie. En Turquie et au Pakistan, la montée du fanatisme religieux n’est endiguée que par un très fort contrôle de l’armée sur le pouvoir (ce contrôle étant constitutionnel dans un pays laïc comme la Turquie)

Dans les Etats figurés en orange clair les élections ont lieu régulièrement, mais dans un contexte tel qu’il est impossible de parler d’un réel débat démocratique. Les électeurs subissent de fortes pressions, les bureaux de vote sont contrôlés par les armes dans certaines régions. Ce sont les « démocraties ratées » du Moyen-Orient (Irak, Afghanistan), dans lesquels les élections occasionnent une recrudescence de la violence. Le clientélisme et la corruption sont très forts également. On trouve dans cette catégorie des pays africains en proie à de violents troubles internes (Nigeria, Ethiopie …)

De nombreuses dictatures entretiennent un simulacre de démocratie. Des élections ont lieu mais le pouvoir contrôle leur déroulement au point que le résultat est sans surprise. Les libertés individuelles ne sont pas respectées et l’opinion politique d’un individu peut être une cause d’emprisonnement. Il s’agit d’Etats comme l’Algérie, l’Iran ou le Kazakhstan. Le président de la Biélorussie, Loukachenko, avoue franchement au quotidien russe Izvestia qu’il a lui même abaissé le résultat de son élection triomphante, trop élevé pour être crédible (Libération, 29/08/09).

Enfin, il reste encore dans le monde de nombreuses dictatures, où la répression est violente et les droits de l’homme continuellement bafoués. Régimes communistes (Chine, Corée du Nord), ou contrôlés par un ou plusieurs militaires (Birmanie/Myanmar, Libye), il en existe une version plus folklorique, les monarchies absolues. Certaines sont moins répressives que d’autres (Maroc, Thaïlande), la monarchie wahhabite (Arabie Saoudite) et les émirats du Golfe Persique appliquent la loi islamique avec intransigeance.

La violence religieuse dans le monde

COMMENTAIRE

Les religions, facteurs de conflits

Cette carte a été inspirée par la lecture de l’essai de Christopher Hitchens, Dieu n’est pas grand, comment la religion empoisonne tout. Il ne s’agit en aucun cas ici de remettre en cause les croyances ou les systèmes de pensée de telle ou telle communauté, mais de cartographier quelques conséquences du fanatisme en tant que fait de société. Cette carte répond à un enjeu proprement contemporain, dont on peut saisir toute l’acuité en lisant la presse quotidienne. Le fanatisme, motif principal ou secondaire de nombreux conflits, apparaît également comme l’un des principaux obstacles au progrès et aux droits de l’homme.

Je tiens à préciser que je ne prétends pas à l’exhaustivité, ni même à l’exactitude, aussi je suis particulièrement interessé par quiconque souhaiterait formuler une critique, ou une précision, par rapport à cette carte.

Explication de la légende

La première partie de la légende reprend largement la carte parue dans l’Atlas du XXIe siècle dirigé par Yves Lacoste, Nathan 2008. Il s’agit de la répartion, simplifiée et lissée, des principales religions. Le mode de représentation par applat de couleurs pose évidemment le problème des lignes de transition. Dans plusieurs cas, il aurait fallu une transition moins marquée entre deux sphères religieuses.

La seconde partie de la légende correspond à une compilation d’informations de provenance très diverses (presse, sites internet, ouvrages). Une typologie rapide présente les différents degrés de violence religieuse par Etat. Le plus haut niveau correspond aux Etats appliquant strictement la loi islamique (reposant sur une interprétation fondamentaliste et largement erronée du Coran), dans lesquelles les libertés individuelles élementaires ne sont pas garanties, le droit des femmes inexistant, et le blasphème puni de mort.

Le second degré rassemble des Etats assez différents où la religion joue un rôle important, et où règne une intolérance marquée à l’égard des minorités religieuses. Le retour à une orthodoxie obtuse dans la Russie de Poutine explique qu’elle appartienne à ce groupe. On y trouve également l’Inde, dont plusieurs Etats sont le théâtre d’affrontements religieux violents (entre Indous extrêmistes, musulmans, chrétiens …).

Enfin, un groupe plus vaste comprend les pays dans lesquels la religion pèse encore de tout son poids sur la société. Elle peut mettre en danger l’enseignement (Etats centraux des Etats-Unis) ou la santé des individus (c’est le cas avec le rôle actif de l’Eglise catholique dans la diffusion de l’épidémie de SIDA en Afrique). Elle peut également peser dans la décision politique pour ralentir le progrès des libertés individuelles (avortement en Irlande, homosexualité en Pologne ou au Maroc)

La troisième colonne reprend des exemples isolés de conflits ou d’actes violents perpétrés au nom de la religion. La plupart du temps, la religion n’est qu’une composante d’une tension internationale ou d’une guerre civile (par exemple en Ex-Yougoslavie dans les années 1990). Il demeure que le 11 septembre 2001 a révélé au monde l’émergence des fanatismes et leur capacité à frapper partout dans le monde. Enfin, il faut impérativement souligner que le fanatisme n’est pas le seul fait de l’Islam, mais concerne toutes les grandes religions, ainsi que de nombreuses sectes de taille plus réduite. Il serait intéressant de cartographier les suicides collectifs commis par ces sectes.

La ségrégation spatiale, en France aussi.

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La géographie s’est beaucoup intéressée à la pauvreté. L’étude des inégalités sociales est même une branche à part entière appelée géographie sociale ou radicale, dont Pierre George, David Harvey, ou Michel Philipponneau sont d’éminents représentants. Toutefois, les géographes peuvent également, à l’instar du couple de sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, se préoccuper du sort des riches.

 

Nous nous sommes intéressés, dans notre note précédente, aux banlieues riches de Los Angeles, mais le territoire français possède aussi des « Canoga Park » (ou des « Whisteria Lane » pour les téléphages). L’un d’eux se situe à la sortie de l’autoroute A13 reliant Paris à Rouen (ou si vous préférez, Auteuil à Deauville), dans le département des Hauts-de-Seine. Selon Wikipedia.fr, jamais avare d’informations factuelles, cette coquette commune est la moins peuplée et la moins dense du département (1743 habitants, 490 hab./km² (1)). Selon le ministère des finances, la commune bat un autre record, celui du revenu par habitant (81 746 € par an (2)). Comme souvent, il ne s’agit qu’une terne moyenne, qui masque probablement des écarts considérables puisque certains habitants de la commune comptent parmi les plus riches de France. Pour mieux connaître les préoccupations de ces habitants, on peut consulter la page « Sécurité » du site officiel de la municipalité (3), qui offre de précieux conseils pour les vacances :

 

« Que faire en cas d’absence durable ?

– Avisez vos voisins ou le gardien de la résidence.

– Signalez votre absence au commissariat de police: dans le cadre des opérations  » Tranquillité vacances « , une tournée de surveillance sera alors mise en place.

[…]

– Votre domicile doit paraître habité : demandez que l’on ouvre régulièrement vos volets.

[…]

– Placez vos bijoux et valeurs en lieux sûrs (les piles de linge sont les cachettes les plus connues). »

 

marneslacoquette_domainemarcheLa photo 1 (ci-contre, cliquez dessus pour agrandir) permet de découvrir le nom de cette fameuse commune  – mais peut-être l’aviez-vous deviné ? Les panneaux routiers (Suresnes, Garches) indiquent que nous sommes bien dans l’Ouest de la région parisienne. Au premier coup d’œil, la maison semble indiquer une banlieue pavillonnaire banale, aisée sans doute mais pas nécessairement huppée. Le nom du quartier « Domaine de la Marche », assurément pompeux, peut aussi bien être un leurre comme tant de dénominations locales cachant seulement un désir de reconnaissance (« Résidence les Lilas », « Villa Bellevue »). Cela dit, deux indications nous montrent qu’il s’agit d’une petite gated community, d’un quartier résidentiel fermé. D’une part, la barrière, ici levée (modeste comparée aux grilles d’entrées de certains quartiers), et d’autre part le panneau à droite « Domaine privé – voie sans issue » qui indique qu’il s’agit d’une voie privée et que le quartier n’a qu’une entrée. La photographie aérienne 2a (tout en haut) permet de corroborer ces suppositions. On repère l’angle de vue en rouge sur la photographie aérienne.

 

marneslacoquette_portailLes plus riches résidents de la commune (Johnny Hallyday, Hugues Auffray, Jacques Séguéla, l’émir du Qatar… cf article du Canard Enchaîné ci-après) préfèrent se replier derrière un parc arboré entouré d’un haut mur dont le portail est solidement surveillé comme sur la deuxième photographie (ci-contre). Géoportail permet là encore de s’introduire impudiquement dans l’intimité douillette de cette modeste masure.  On la retrouve sur la photographie aérienne 2b (tout en haut) qui dévoile une habitation de taille enviable entourée d’un parc non moins vaste. Les amateurs de croustillant se plairont à imaginer que c’est ici que réside l’une des personnalités citées plus haut.

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L’article du Canard Enchaîné (4) qui nous a donné l’idée de cette note offre un excellent exemple des difficultés rencontrées par les autorités pour mettre en œuvre une vraie politique de mixité sociale. La loi dite Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), promulguée en 2000 par le gouvernement de Lionel Jospin, impose un quota de 20% de logement social dans chaque commune, dans le but de favoriser la mixité sociale intra-communale. On sait les limites de cette loi qui permettait aux communes en infraction de payer une lourde amende, ce que se sont empressées de faire les plus riches d’entre elles comme Neuilly-sur-Seine, dirigée alors par qui-vous-savez.

 

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D’après l’article du Canard Enchaîné (ci-dessus) Marnes-la-Coquette a trouvé une idée plus originale : construire les logements sociaux dans un petit espace disponible, compris entre l’autoroute et une voie ferrée.  En élargissant le cadre (photo aérienne ci-contre) on remarque à l’Ouest de cet espace entouré en rouge le musée des Applications de la Recherche de l’Institut Pasteur (5). L’article révèle un exemple intéressant des enjeux de la ségrégation socio-spatiale dans  la gestion communale, qui donne à penser sur les limites de l’unité républicaine, lorsqu’elle devrait s’appliquer notamment aux plus riches.

 

 

Rédaction : Jean-Benoît Bouron, photographies : Lucie Diondet

 

Notes et Sources :

(1) source : INSEE 2006

(2) source : www.Bakchich.info, 30 janvier 2008

(3) source : http://www.marnes-la-coquette.fr/marnes_la_coquette/menu_haut/vivre_a_marnes/securite

(4) source : Le Canard Enchaîné, mercredi 19 août 2009, p.5

(5) merci à Jocelyn Massot pour avoir identifié ce bâtiment et m’avoir fait parvenir ses conclusions.

Les photographies aériennes sont tirées du site de l’IGN, Geoportail.fr