Remonter la Marne

Je ne sais pas s’il mérite d’intégrer le Dictionnaire des géographes, je laisse la responsabilité de cette décision aux experts de La géothèque, mais il est certain que Jean-Paul Kauffmann écrit des récits géographiques. Journaliste français né en 1944, Jean-Paul Kauffmann a été enlevé à Beyrouth en 1985 et a subi trois ans de captivité avant d’être libéré. Il a publié une dizaine d’ouvrages, très souvent des récits dont les titres mêmes évoquent la thématique majeure de son oeuvre : le voyage et la liberté (les deux n’étant pas nécessairement synonymes bien sûr) : La Chambre noire de Longwood : le voyage à Sainte-Hélène (sur les dernières années de Napoléon et l’île de Sainte-Hélène aujourd’hui), L’arche des Kerguelen : voyages aux îles de la désolationCourlande (un territoire situé en Lettonie). Jean-Paul Kauffmann est aussi un grand amateur (et spécialiste) de vin, notamment de Bordeaux et de Champagne, et a écrit plusieurs ouvrages sur la question. Or quoi de plus géographique finalement que le vin, boisson issue d’un terroir, d’un paysage, de particularités géologiques et météorologiques ?

Dans son dernier ouvrage, Remonter la Marne, il narre son voyage à pied de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), où la Marne se jette dans la Seine, au plateau de Langres (source de la Marne). Il a suivi pendant quelques semaines les méandres de la Marne. Il écrit magistralement sur la rivière (qui selon Kauffmann mériterait le titre de fleuve étant plus longue que la Seine, même si – pour les géographes – le terme fleuve revient au cours d’eau qui se jette dans la mer) et les paysages qui la bordent. La géographie du fleuve épouse aussi l’histoire et la littérature quand Jean-Paul Kauffmann raconte la bataille de la Marne, les liens de la Marne avec les vins de Champagne ou les illustres écrivains qui ont habité au bord de la rivière (Bossuet à Meaux, Jean de la Fontaine à Château-Thierry, André Breton à Saint-Dizier…) ou qui ont écrit sur la Marne (Simenon par exemple). Le style est précis, subtil, raffiné (sans ostentation). Comme souvent, les récits de voyage à pied sont les plus adaptés pour comprendre le fonctionnement d’un paysage, cerner les anfractuosités d’un territoire, observer les détails et les points de rupture.

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Le vent souffle, en Ar(t)izona…

À défaut d’aller zoner dans un état d’Amérique avec Harry, une carte « décoiffante » permet de visualiser en direct les courants éoliens au-dessus des États-Unis en saisissant les « entrelacs délicats des vents ».

Si la cartographie des phénomènes météorologiques est très largement standardisée dans les médias classiques, et constitue (il faut bien le reconnaitre) l’un des contacts les plus universel avec l’outil cartographique, l’exercice prend ici une dimension esthétique salutaire, qui permet de s’affranchir de nos codes sémiologiques classiques, pour amener à « ressentir » l’intensité et la direction des vents grâce à un figuré en forme de comète, tel des lignes blanches mouvantes.

Ce travail est l’œuvre de la collaboration entre Fernanda Viégas et Martin Wattenberg (voir leur site collaboratif), deux spécialistes dans les techniques de visualisation de données. Issus de la recherche académique (l’une est titulaire d’un Ph.D de design et de conception graphique, l’autre d’un Ph.D de mathématique), ils ont uni leurs compétences dans un groupe de recherche à Cambridge dans l’idée d’explorer « les possibilités de visualisation comme un outil pour poser des questions scientifiques, sociales et artistiques ».

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La carte musicale du Métal

Capture d’écran du site Map Of Metal – novembre 2012

La cartographie recouvre toutes les représentations graphiques de l’espace, et cet espace est parfois un espace imaginé, inventé, artistique. Elle est particulièrement pertinente pour les organisations complexes, en réseau, organisé autour de centres principaux et secondaires, lesquels peuvent être regroupés au sein d’ensembles parfois qualifiés de « territoires » : il y aurait ici des « territoires » musicaux. L’exemple ci-dessus concerne la musique métal, dont la carte est disponible sur ce site :

http://www.mapofmetal.com

Merci à Benjamin Fauré pour l’envoi de ce lien.

Cartes plastiques

La carte est un merveilleux support pour l’imaginaire. C’est aussi un objet de lien, entre les hommes et leur espace, entre les lieux, entre les activités, entre les possibles… et l’imaginaire. C’est une expérience artistique qui vient nous le démontrer avec enthousiasme.

D’abord, il faut de la curiosité, de la créativité et une imagination débordante. Ensuite, lorsque la curiosité déborde sur un tas de vieilles cartes routières et topo, la créativité entend leur donner une seconde vie artistique, plastique, auprès d’un public d’élèves de CP-CE1. Les cartes vont devenir, le temps d’une séance d’art plastique, leur support.

Mais comment faire le lien entre des enfants de 6-7 ans, un pot de peinture et un tas de cartes, monde d’abstraction, de symboles incompréhensibles, de réduction ? En dépassant l’abstraction par l’imagination. En donnant vie aux traits colorés, aux tâches vertes, aux fils bleus, aux zones blanches et aux points noirs.

– Que voyez-vous sur vos cartes ?
– …. des routes !
– Oui, des routes, et puis ?
– Des voitures !

Et à ce moment précis, libérés par leur professeur d’art plastique, l’imagination se débride, les enfants s’approprient cet objet abstrait qui est aussi leur toile… et sortent de la route…

– Des poissons !
– Oui des poissons, il y a sans aucun doute des poissons dans l’eau.
– Des montagnes ! Des maisons ! Du soleil ! Des avions ! De l’herbe et des oiseaux ! Des gens ! Et moi !

Il y a tout cela sur la carte et bien plus encore. Et chacun peut se l’approprier, donner vie à cet objet inerte qui contient pourtant une vie trépidante que l’imagination libre des enfants nous donne ici à voir. Voici quelques photographies de l’exposition du travail des élèves de CP-CE1 des écoles de Crest (26) accompagnés par leur enseignante d’art plastique, Claudine DORON, plasticien.

Légende des illustrations :
Route, soleil, montagnes et espadon sur fond de carte routière d’Espagne.
Soleil, nuages, prairie, oiseau, immeuble sur fond de carte routière d’Espagne.
Avion, mer, soleil, poissons, voitures sur fond de carte routière de France.

Des cartes plastiques qui invitent à déborder, à dépasser les limites, à donner du sens. Une expérience réjouissante et libératoire pour les géographes amateurs de cartes et pour ceux qui n’y entendent rien.