Le Haut Atlas marocain, du terrain au dessin

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Croquis de la vallée par un élève de CM2

Nous vous avions déjà présenté le travail de Stéphane Bouron, fortuitement homonyme de l’auteur de ces lignes, dans cet article sur le Haut atlas marocain. Cet instituteur en poste à l’école André Malraux de Rabat est retourné sur les lieux au printemps pour étudier plus longuement l’organisation spatiale de cette vallée montagnarde dont le thalweg dépasse les 2000 m d’altitude.

C’est l’occasion pour lui de faire de la « vraie » géographie avec des enfants de CM2, comme le montre le bloc-diagramme réalisé par l’un d’eux, ci-dessus, qui pourrait utilement inspirer bien des étudiants… A sa demande, j’ai réalisé à partir des croquis réalisés par Stéphane et sa classe le bloc-diagramme ci-dessous, en couleurs et en noir et blanc.

Oukaimeden2 Oukaimeden-NBLaissons la parole à ces élèves qui sont aujourd’hui en Sixième, Lire la suite

Une carte de la Tasmanie

tasmanie carteLa carte générale de la Tasmanie, qui a servi de support à la première géodevinette de La Géothèque sur les réseaux sociaux, est une entreprise artistique. Évidemment, le mot est très prétentieux, dans la mesure où prétendre faire de l’art équivaut à revendiquer le statut d’artiste. Je n’en suis pas là du tout. Mais il s’agirait d’art dans la mesure où cette carte est inutile, et ne sert qu’à procurer du plaisir à son auteur et à ses lecteurs ou spectateurs (une carte se lit-elle avant tout, ou se regarde-t-elle plutôt, d’ailleurs ?). Elle est inutile, parce que personne n’a besoin de moi pour se procurer une carte de la Tasmanie, à l’heure de Google Maps. Toutefois, elle met en lumière ce territoire : ce n’est pas parce qu’on peut obtenir la carte de la Tasmanie à tout moment qu’on le fait. J’ai donc voulu forcer à regarder cette carte, à regarder cette Tasmanie. L’idée vient d’un article du Monde.fr qui m’a forcé à jeter un œil sur cette terre méconnue.(1) Tout est fait pour attirer le regard, à commencer par la taille des caractères. Ça a quelque chose de la carte murale, faite pour pénétrer les têtes des enfants de toponymes qu’ils ne devront plus oublier. (Paris, Lille, Haute-Volta, Tananarive). A l’échelle de la Tasmanie, une ville aussi insignifiante que Launceston peut étaler fièrement ses dix lettres. L’autre méthode, un peu violente, pour accrocher le regard, est l’inversion des couleurs. Comme le logo de la Géothèque, le rouge proclame une géographie différente, une géographie qui n’est pas bleue et verte. Le but est aussi de questionner un code bien ancré de la cartographie : les terres sont vertes ou brunes comme la terre ou la végétation qui la recouvre, et les mers en bleu (cyan 15% en CMJN, pour la plupart de mes cartes). Mais la terre n’est pas que verte, brune et bleue, pas plus que les rivières de la réalité ne sont cyan. Puisque le choix des couleurs est un parti pris, pourquoi ne pas pousser jusqu’au bout en choisissant une autre gamme chromatique ? La Tasmanie, avec sa forme de toison pubienne, comme manifeste d’une géographie charnelle, une géographie « près du corps » ?

La carte ne dit rien d’autre. Elle n’apprend rien sur la Tasmanie, sauf la localisation de quelques lieux habités, des routes et des lacs. Le cartouche permet aussi de la situer par rapport au mainland australien et au port de Melbourne. Comme Rostand le fait dire à Cyrano : « C’est bien plus beau lorsque c’est inutile. »

(1) Je ne retrouve plus le lien. Tant pis, vous pouvez toujours lire ça.

Cartes plastiques

La carte est un merveilleux support pour l’imaginaire. C’est aussi un objet de lien, entre les hommes et leur espace, entre les lieux, entre les activités, entre les possibles… et l’imaginaire. C’est une expérience artistique qui vient nous le démontrer avec enthousiasme.

D’abord, il faut de la curiosité, de la créativité et une imagination débordante. Ensuite, lorsque la curiosité déborde sur un tas de vieilles cartes routières et topo, la créativité entend leur donner une seconde vie artistique, plastique, auprès d’un public d’élèves de CP-CE1. Les cartes vont devenir, le temps d’une séance d’art plastique, leur support.

Mais comment faire le lien entre des enfants de 6-7 ans, un pot de peinture et un tas de cartes, monde d’abstraction, de symboles incompréhensibles, de réduction ? En dépassant l’abstraction par l’imagination. En donnant vie aux traits colorés, aux tâches vertes, aux fils bleus, aux zones blanches et aux points noirs.

– Que voyez-vous sur vos cartes ?
– …. des routes !
– Oui, des routes, et puis ?
– Des voitures !

Et à ce moment précis, libérés par leur professeur d’art plastique, l’imagination se débride, les enfants s’approprient cet objet abstrait qui est aussi leur toile… et sortent de la route…

– Des poissons !
– Oui des poissons, il y a sans aucun doute des poissons dans l’eau.
– Des montagnes ! Des maisons ! Du soleil ! Des avions ! De l’herbe et des oiseaux ! Des gens ! Et moi !

Il y a tout cela sur la carte et bien plus encore. Et chacun peut se l’approprier, donner vie à cet objet inerte qui contient pourtant une vie trépidante que l’imagination libre des enfants nous donne ici à voir. Voici quelques photographies de l’exposition du travail des élèves de CP-CE1 des écoles de Crest (26) accompagnés par leur enseignante d’art plastique, Claudine DORON, plasticien.

Légende des illustrations :
Route, soleil, montagnes et espadon sur fond de carte routière d’Espagne.
Soleil, nuages, prairie, oiseau, immeuble sur fond de carte routière d’Espagne.
Avion, mer, soleil, poissons, voitures sur fond de carte routière de France.

Des cartes plastiques qui invitent à déborder, à dépasser les limites, à donner du sens. Une expérience réjouissante et libératoire pour les géographes amateurs de cartes et pour ceux qui n’y entendent rien.

De belles photographies de « ville moche »

Après plusieurs mois de suspense haletant, nous tenons le grand gagnant de notre concours « photographier la France moche » ! Le vainqueur et seul participant a réussi un double pari : montrer les facettes les plus subjectivement « moches » d’une ville réputée pour la beauté de son architecture, d’une part, et d’autre part faire de belles photographies de ces quartiers moches. Cette attitude est très géographique : le photographe dijonnais a d’emblée situé son travail dans la périphérie de Dijon, dans tous les sens du terme. C’est une périphérie spatiale, banlieue ou espace périurbain, mais également une périphérie fonctionnelle, un espace dépendant du centre et dominé par lui. Il s’agit enfin d’une périphérie vécue, d’espaces déconsidérés dans les mentalités dijonnaises. Ils sont à l’opposé de l’image que la ville véhicule dans l’inconscient collectif (une recherche sur Google images peut offrir un aperçu relativement pertinent de cette image.) En montrant que ces espaces marginaux, oubliés volontairement et inconsciemment, peuvent posséder une esthétique propre, le photographe rappelle (si besoin était) que l’esthétique de l’habitat reste absolument subjective, et qu’un quartier périphérique désigné comme « moche » par les habitants du centre-ville peut être considéré comme beau par une partie de ses propres habitants. Les travaux effectués dans l’enseignement secondaire sur la perception par les adolescents de leur quartier montrent que l’attachement sentimental à celui-ci l’emporte souvent sur les codes habituels de l’esthétique urbaine(1).


© Yoman 2010

Les photographies 1 à 5 présentent plusieurs points communs. Elles représentent des espaces très faiblement appropriés. Personne n’habite sur ces bretelles d’accès ni dans ces zones commerciales. Ce sont des espaces fortement marqués par la mobilité et par les temporalités. Leur appropriation passe par des temps forts (la fin d’après-midi, le samedi) et des « temps faibles », où ils sont peu fréquentés ou entièrement déserts (la nuit, le dimanche). Ce sont les espaces du nouveau nomadisme contemporain. Les photographies les montrent à chaque fois sous un angle inhabituel : de nuit et en hiver. Ce parti pris leur donne un aspect particulier. D’un côté, les indices de la présence de l’homme sont omniprésents à travers les revêtements, l’éclairage artificiel, les constructions, et jusqu’au peu de végétation entièrement reconstituée (pelouses sur les bordures de la chaussée). D’un autre côté, les humains sont absents de tous les clichés : la nuit et la neige recouvrent le paysage, et on n’observe aucun passant, ni même une automobile. Seul la photographie n°2 laisse deviner la circulation, réduite à de fantomatiques lignes lumineuses.

La photographie n°6 est différente. Il s’agit cette fois d’un paysage, pris depuis un point de vue offert par un promontoire situé sur la commune de Talant. On voit au premier plan le lac artificiel du Chanoine Kir, retenue d’eau sur le cours de l’Ouche, espace de loisirs pour les Dijonnais. Au second plan s’étale un quartier de grands ensembles, situé sur le territoire communal de Fontaine d’Ouche. L’architecture du quartier est familière, ainsi que sa localisation sur un site enclavé entre le canal et le lac au Nord-Est, et un talus dont le commandement représente une quarantaine de mètres au Sud-Ouest (Le commandement est l’altitude du talus). On retrouve une disposition comparable à La Duchère à Lyon par exemple. L’arrière-plan laisse apparaître le front du talus, sur lequel se déploie un quartier pavillonnaire bien visible sur la photographie aérienne verticale. Le procédé photographique du panorama, ainsi que l’heure de la prise de vue (le crépuscule), rappelle les cartes postales de paysages naturels ou urbains renommés. Le photographe crée ici un décalage entre le sujet (un quartier de grands ensembles) et son traitement. On peut donc montrer les quartiers sensibles autrement que par une photographie des immeubles en contre-plongée, traitement habituel dans la presse et qui renforce leur aspect impressionnant, voire inquiétant. Ici, l’image est dominée par les lignes de force horizontale, ce qui contribue à la rendre apaisante. Sur cette image, la France présupposée « moche » ressemble beaucoup aux quartiers résidentiels aisés de la Côte d’Azur (Le quartier de La Californie sur les hauts de Canne par exemple).

Crédits des photographies :
© Yoman 2010

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lien flickr : http://www.flickr.com/photos/yomanphoto/

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Notes
(1) Je suis vivement intéressé par toute personne possédant des éléments bibliographiques pour compléter ce postulat