La Champagne viticole

Poursuivant notre exploration des appellations d’origine contrôlée1voir aussi l’article sur les nouvelles régions et les fromages, nous publions une simple carte de localisation des vignobles de Champagne, dont l’organisation permet de mettre en évidence la diffusion d’un modèle agro-industriel à toute une région viticole. L’image du Champagne, produit mondialisé et concurrencé2dont on parle par exemple des imitations californiennes dans le débat actuel sur le Tafta, reste historiquement associée à la montagne de Reims dont le site permettait d’articuler un bassin d’approvisionnement formé par les coteaux historiques, avec des unités de production implantées dans des caves souterraines, et des espaces de commercialisation en ville incarnés par les célèbres « maisons de Champagne ». Devenu un patrimoine remarquable reconnu par la labellisation récente de l’UNESCO3en 2015, la Champagne viticole est en réalité beaucoup plus étendue. Vignoble Champagne Géothèque-01

 

Les 14 sites reconnus par la dénomination « Coteaux, maisons et caves de Champagne » retenue par l’UNESCO permettent en effet de mettre en valeur un paysage agro-industriel spécifique construit autour de « la méthode d’élaboration des vins effervescents, grâce à la seconde fermentation en bouteille, depuis ses débuts au XVIIe siècle jusqu’à son industrialisation précoce au XIXe siècle »4voir le site l’Unesco. Mais de fait, ce « bien culturel » illustre le passage d’une production vers une entreprise agro-industrielle, dont l’emprise spatiale a depuis largement débordé sur les départements voisins.

De la seule Marne originelle, se sont aujourd’hui 6 départements qui sont concernés par l’Appellation d’Origine Contrôlée créée en 1974 (devenue AOP). Mais ce périmètre législatif illustre mal l’emprise des 35.000 hectares de vigne de la région. La surface plantée en vigne (dont l’encépagement témoigne de l’assemblage nécessaire à la fabrication du précieux nectar5le pinot noir, le pinot meunier et le chardonnay sont les 3 principaux cépages utilisés), est concentrée sur les talus et les versants des vallées. En effet, situé à la limite septentrionale de la culture de la vigne, la pente et l’orientation des coteaux viticoles joue ici tout son rôle6notamment Est et Sud-Est pour éviter les gelées printanières.

Enfin, on peut noter que la Champagne ne produit pas seulement du vin de Champagne, car on y trouve aussi des vins plus classiques comme le rosé des Riceys, ou des vins rouges, rosés et blancs, rassemblés sous l’appellation contrôlée des vins des « coteaux-champenois ». Mais face au monstre commercial constitué par le précieux vin effervescent, l’exploitation de la vigne à d’autres finalités productives reste marginale (les 550 hectolitres de coteaux-champenois produits chaque année sont à mettre en perspective avec les 2.680.000 hectolitres de Champagne effervescent fabriqués – et bus ! – chaque année7soit un rapport de 1 litre de vin pour 5000 litres d’effervescents).

Dès lors, si le message promotionnel porté par l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco peut s’avérer bénéfique à la protection et à la valorisation d’un patrimoine agro-industriel remarquable et de son paysage culturel, la champagne viticole ne se limite pas à cela. L’image d’un terroir unique et remarquable que cette labellisation renvoie n’est en fait que le miroir d’une vaste région viticole dont cette carte permet de rendre compte.

Notes   [ + ]

1. voir aussi l’article sur les nouvelles régions et les fromages
2. dont on parle par exemple des imitations californiennes dans le débat actuel sur le Tafta
3. en 2015
4. voir le site l’Unesco
5. le pinot noir, le pinot meunier et le chardonnay sont les 3 principaux cépages utilisés
6. notamment Est et Sud-Est pour éviter les gelées printanières
7. soit un rapport de 1 litre de vin pour 5000 litres d’effervescents