La filière pomme de terre en France

Une image, pour teaser (pardon, il faut dire aguicher, pour respecter les recommandations officielles de la Commission de terminologie et de néologie)(1) la parution prochaine d’un ouvrage publié par deux membres de la Géothèque(2). Une carte des patates, pour faire court.

Production pommes de terre France

La pomme de terre est restée inconnue des Européens jusqu’à la découverte du continent américain et son exploration à partir du XVIe siècle. Sa rusticité, son rendement élevé et sa capacité à se développer dans des conditions climatiques et édaphiques extrêmes en avaient fait la base de l’alimentation des peuples andins. La pomme de terre fut rapidement adoptée par les habitants du vieux continents pour lesquels elle représentait une arme efficace contre les famines récurrentes. Elle devint pratiquement le légume national de l’Irlande, et les Français, quoique fort réticents jusqu’aux manœuvres astucieuses du baron Parmentier, finirent par chercher tous les moyens de l’accommoder. Ils lui choisirent un autre nom que celui de patate (en espagnol, italien, anglais, etc.) et la baptisèrent « pomme de terre », « pomme » signifiant « fruit ». La pomme de terre reste encore la base de l’alimentation dans de nombreux pays du monde et l’ONU a déclaré l’année 2008 année internationale de la pomme de terre en raisons des services rendus par ce tubercule.

Ceux qui préfèrent souligner les succès hexagonaux plutôt, et qui sont en quête d’arguments pour lutter contre le déclinisme, peuvent lire l’article de Mathilde Damgé sur les secteurs dans lesquels la France est en tête(3). Si la vigne est mentionnée, ce n’est pas le cas de la pomme de terre. La France est pourtant la première exportatrice mondiale de ce tubercule (source UNPT, Agreste), dont elle n’est que la 10e productrice. Cela signifie que la production française de patates est fortement intégrée à l’économie mondiale, car plus tournée vers l’exportation que dans les autres pays producteurs. La France produit plus de 6 millions de tonnes de pommes de terre par an, soit 63 kg par habitant (UNPT), sachant que les Français en mangent en moyenne 30 kg par an (Planetoscope). Le reste est exporté. La filière est fortement industrialisée : le marché est concentré entre les mains de quelques groupes, dont certains sont encore de dimension familiale, comme Altho, dont la marque de chips Bret’s rappelle l’origine bretonne. Solanum tuberosum, dont on peut voir un exemplaire sur la carte, peut pousser dans tout l’hexagone, mais c’est une culture peu rémunératrice, qui ne peut être rentable qu’à condition d’une mécanisation poussée. C’est pourquoi le relief est déterminant dans la spécialisation d’une région dans la production du tubercule, beaucoup plus que le climat. Les sols légers et peu calcaires lui sont favorables.

Et si vous voulez encore plus de patates, vous pouvez suivre l’actualité en patates, dessinée par le talentueux Martin Vidberg (géographe de formation, d’ailleurs !).

(1) Teasing dans Wikipédia
(2) J-B Bouron et P-M Georges, Les territoires ruraux en France, Géographie des ruralités contemporaines, Paris : éditions Ellipses. 450 p. parution prévue 8 septembre 2015.
(3) Mathilde Damgé, « Dix classements dans lesquels la France arrive en tête », LeMonde.fr, le 3 mars 2015.