Carte : l’habitation coloniale Bois-Debout en Guadeloupe

L’illustration ci-dessous est la version couleurs d’une image publiée dans JB Bouron, PM Georges, Les territoires ruraux en France, Ellipses, 2015, à paraître le 8 septembre 2015.
L'habitation Bois-Debout à Capesterre (Guadeloupe)

L’habitation coloniale n’est pas seulement le bâtiment hérité de la période coloniale, mais aussi et surtout une exploitation agricole fondée sur l’esclavage. Elle est donc à la fois une forme de bâti, un système agraire esclavagiste, et aujourd’hui une structure d’exploitation héritée. La maison des maîtres est généralement placée sur une petite hauteur en retrait du littoral de manière à éviter les tempêtes littorales, à profiter d’un air plus frais, et sert probablement à garder un point de vue panoramique sur des cultures atteignant une certaine hauteur comme la canne à sucre. La canne, en de nombreuses parties des Antilles, a aujourd’hui laissé la place à la banane. Mais de plus en plus souvent, elle est réintroduite en rotation, tant on sait que le bananier est une culture fragilisante pour l’équilibre des sols, notamment en monoculture intensive.

L’habitation Bois Debout, située sur la côte sous-le-vent de la Basse-Terre en Guadeloupe, est connue pour avoir été habitée par le poète Alexis Léger, plus célèbre sous le nom de Saint John Perse, ce qui lui vaut peut-être d’avoir été bien préservée, et de pouvoir se visiter aujourd’hui.

La carte le montre, l’habitation reste une structure agraire majeure dans le paysage. Le treillage des routes (route littorale et route de pénétration vers l’intérieur) et des chemins d’exploitation est probablement proche de celui qu’il fut à l’origine du système de l’habitation. J’ignore le sens du toponyme « Les mineurs », mais il est possible que ce lieu-dit fasse référence à l’une des tâches relevant de la main d’œuvre esclave exploitée par les colons blancs. Sous le couvert de l’ignoble Code noir, qui prétendait limiter les abus tout en laissant les pouvoirs absolus des maîtres sur les esclaves, ces derniers moururent en grand nombre, ce dont témoigne l’existence d’un cimetière. Aujourd’hui, ces lieux de recueillement peuvent faire l’objet d’un tourisme mémoriel.

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, il faut signaler l’excellent site Manioc.org qui recèle un très grand nombre de documents sourcés, légendés et commentés, et souvent libres de droit.